Percin : Martyr, Acénionet
sans doute dressé les listes des suspects, et demain les deux héraults iront au son du cor, dans le bourg tremblant, sommer les citoyens inculpés. Les principaux seigneurs contumaces errent dans les bois ; mais l'emprisonnement et la confiscation achèveront la ruine des plus nobles races du Lauragais, des amis du comte de Toulouse. Ces exécutions furent sans doute l'entretien de leur repas du soir après lequel ils vont se coucher* et s'endorment dans ces rêves de spoliation et de sang. Tout à coup ils sont réveillés par un bruit toujours croissant de pas pressés, de voix sourdes et sinistres, d'où s'échappent les cris longs, éperdus, lamentables de leurs serviteurs massacrés dans l'escalier et dont, pour dégager l'étroite et tortueuse vis, on lance par les fenêtres les cadavres *. Bientôt les cognées dépècent en tumulte et font voler en éclats étince*» lants les portes massives et leurs fortes armatures de fer. Par cette brèche, rougie de la lueur funèbre des torches, le premier s'élance Alfaro. Le sombre Aragonais est armé d'une tige de cormier noueux. Ses compagnons, à son exemple, ne brandissent guère que des assommoirs. C'est une œuvre d'abattoir à laquelle ils ne trempent guère qu'à regret les coutelas : ces faidits semblent craindre de profaner dans le sang des inquisiteurs leurs armes chevaleresques. Alors commence le meurtre qui disparaît dans le tumulte et dont la rumeur confuse est étouffée par l'épaistseur des murailles du donjon. Amauld-Roger gardait la porte orientale du