Alzeu de Massabrac
UYRE HUITlftlIE 311
air sombre : « C'est très-bien I dit-il. Vous avez tous Totre part I Mais je n'ai pas la mienne, moi I Pérou, Adhémar , où donc est ma coupe ? — Don Âlfaro Ta broyée sous sa massue, répond Âdhémar. — Traître, s'écrie le chef furieux, vous deviez me l'apporter! J'avais juré de ne plus boire de vin que dans ce gobelet I Je voulais le garnir d'un cercle d'or I » La coupe où Pierre-Roger désirait s'enivrer délicieusement du vin de ses vengeances patriotiques, c'était le crâne du frère Amauld.
Au bois d'Antioche, les conjurés se séparèrent; Guilhem et Jordanet de S. Andréo revinrent au Mas ; Berseja et ses archers armés de haches retournèrent avec Jordan du Villar à Gajan-la-Selve ; les faidits de Montségur remontèrent, [mais par un autre chemin, vers les cimes de Thabor, avec Pierre-Roger de Mirepois *. C'était au mois de mai ; la terre était en fleur; le rossignol chantait dans les landes embaumées. L'aurore se leva pure sur la Montagne-Noire. C'était le matin de l'Ascension du Christ. Double augure de renaissance et de gloire. Les proscrits durent y voir un symbole du triomphe de la patrie romane et de l'Église du Paraclet. Elles devaient effectivement triompher, mais la première, hélas, en renaissant dans la grande patrie française son sépulcre; la seconde, en s'élevant, de son Thabor pyrénéen, comme le Christ, dans le ciel.
1. Dom Vaissette, ch. vi. p. 50. Aux deux interrogatoiresd'Ârnauld-Roger et d'Imbert de Salas, Du Mège ajoute un» autre relation extraite des manuscrits de Toulouse.
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Alfaro cependant, après avoir congédié ses compagnons, était rentré tranquillement dans Âyignonet. Mais Golalran, Boubila, Donat et les deux Richard, ses agents du meurtre, simulant la surprise et Teffarement, se mirent à crier : Aux arme$ ! aux armes î Le veilleur nocturne répète le cri d'alarmes dans le bourg endormi. Avignonet s'éveille en sursaut. Le peuple accourt au château comtal. Il trouve les inquisiteurs massacrés, « Quels sont les meurtriers? demandent les bourgeois. — Ils s'enfuient par le chemin de la Bruguière, répond le rusé Goulaïran, et vous pouvez entendre encore le galop de leurs chevaux. » La tragique nouvelle se répand de bourg en bourg avec la joie et la terreur jusqu'à Carcassonne, jusqu'à Toulouse. Le frère Ferrer, inquisiteur de Carcassonne , le même qui avait suscité les émeutes de Narbonne, ne se méprit ni ne se troubla *. Il excommunie aussitôt les meurtriers, quels qu'ils soient , et accuse indirectement du meurtre le comte de Toulouse. L'anatbème , comme un glaive prêt à tomber, pend sur la tête éperdue de Ramon VII. Le viguier de Toulouse, le