LIVRE neuvième
rain. Palaizi emporta son cousin dans la barbacane. Pierre de {Saint-Andréo reçut encore ce troisième martyr. Les évêques Tentourèrent. Le jeune guer* rier reprit ses sens; il ne parlait plus, mais il répondait de son regard mourant. Il s'endormit» comme un enfant, sous leur baiser de paix, pendant que la bataille rugissait au dehors. Il avait vingt ans. Palaizi, blessé peut-être aussi, quitta bientôt après, Montségur K
Vers la Toussaint tomba Guilhem Glaret. Il mourut, murmurant les oraisons, et répondant aux formules liturgiques des diacres, dans la maison de son frère Pierre Vidal. Ces deux guerriers étaient-ils fils du fameux troubadour toulousain Pierre Vidal et de sa princesse Cypriote? Dans ce cas, ils devaient avoir près de cinquante ans. Leur destinée fut plus haute que celle du grand mais extravagant ménestrel : il n'avait connu et célébré que l'amour terrestre ; il l'avait rencontré dans les plaines de Muret, sur son palefroi, et sous la figure d'un paladin au manteau de pourpre et aux bottines de saphir. Ce paladin s'était transfiguré en séraphin sur les neiges du Thabor. Ses fils combattirent et moururent pour l'amour céleste. Leur noble trépas est une strophe de l'épopée du Paraclet. Au commencement de décembre périt le valeureux Bertran de Bardenac. Il rendit le dernier soupir dans la cabane du médecin Gamier, le vieux, venu avec les Saint-Andréo. Sa mort
1. Jordan de Perella (6 des ides de mars). Pierre Vignola (ides de mars 1244).
fut tellement édifiante que le servant d'armes Pons de Narbonne implora des évoques la faveur de partager avec le chevalier expirant, le baiser de paix qui le consacrait à Dieu, et sa femme Ârsendis entra parmi les diaconesses du Paraclet*. Vers Noël tomba le pieux et intrépide Bernard de Carcassonne. Il versa noblement son sang pour la cause romane, défendue par Ramon son frère dans le Capitole de Toulouse et soutenue par le chef de sa race, le vicomte Ramon-Roger, dans l'exil de Catalogne et d'Afagon.
Les ministres cathares furent aussi fidèles que la mort aux défenseurs de Montségur. Immobiles et en silence, ils se tenaient aux barbacanes, près des calabres, derrière les combattants, et quand Tun d'eux tombait le pieux diacre s'inclinait sur le mourant avec la parole de vie et le baiser de paix. Quand la mort en laissait le temps, on emportait les blessés dans la forteresse, et de là, par la poterne septentrionale, sur la montagne sainte, dans les hospices, dans les grottes où ils expiraient entourés de diacres, des vieillards et des vierges cathares. Voici comment s'administrait ce consolamail des combats. Ramon de Sant-Marti , ancien chevalier, maintenant évêque, est le consolateur supn^me des chevaliers duThabor*. L*évêque se tenait au chevet et le diacre au pied du grabat, les assistants à l'entour, à genoux. « Homme, puisque
U Alseu de Massabrac et Olivier, fils de Bérenger de L^vilaneL
^. Doat. Cette fonnule se trouve dans Tinterrogatoire d\\!4^a de Massabrac.