LIVRE NEUVIÈME 3i
tu yeux te donner à Dieu» promets d'observer les règles de la perfection cathare. » Après ces promesses, révêque posait l'évangile sur la tête du chevalier. Il lisait, et le diacre répondait, et les fidèles murmuraient la parole de vie et d'immortalité.Tuis tous ensemble récitaient l'oraison dominicale, le tout en langue romane, en dialogue et avec une certaine mélopée. La liturgie funèbre se terminait par le baiser de. paix et le guerrier expirait en sentant, sur ses lèvres, se poser comme le sceau du salut, le baiser fraternel du prêtre, le baiser paternel de Dieu.
L'hiver arriva. Il règne ordinairement six mois à Montségur, et le donjon régulièrement est pendant cent jours enveloppé d'une tempête de neige. Bamon de Pérelle devait compter sur ce puissant et orageux auxiliaire. L'ouragan devait renverser la tour mobile, mal assise sur ses rochers, et en rouler les débris, avec ses soldats et leurs armures d'airain, comme des feuilles mortes dans le ravin de l'Ers ou dans la combe de l'Abès. L'hiver devait arracher les tentes catholiques, comme des herbes sèches, et livrer le sénéchal, les chefs croisés, et tout leur camp gelé sur l'Aire de l'Espagnol. Il n'en fut rien : Thiver fut une espèce de faux printemps presque sans neige; les tourbillons et les frimas trahissaient la cause romane et l'attente des Amis de Dieu. On continua donc de combattre sur cette cime à peine glacée. La mort de Ramon de Carcassonne correspond aux jours de Noël même ^.