‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 482 sur 506 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

événement avait conduit la veille même et comme pour mourir à Montségur. Rappelons-nous le fils d*Alzeu, prieur de Saint-Paulet, consacré par sa mère au Consolateur. Ce pauvre orphelin était devenu parfait et sous-diacre du Paraclet. JoKannis était le compagnon du diacre Pons de Santa-Fé. Les deux cathares furent pris avec quelques autres dans la maison et le bois de Pons des Monts*, entre Lantar et Caraman. Johannis s'échappa avec un certain David, et vint vers Aura, au mail de Pons Rastel, frère d'un des captifs. « Pons, lui dit-il, allez vite vers Cargodas chez Bertran Alaman, notre ami; qu'il porte cette tablette de cire à Pons de Santa-Fé, et que ce diacre y inscrive lui-même avant de mourir le nom de son successeur. > Alaman, sur cet avis, court après les captifs qu'on menait brûler à Pamiers.Il les joint à Bonnac, s'introduit, sous prétexte de les convertir, dans la prison, et présente la tablette à Pons de Santa-Fé. Le nom que le diacre inscrit dans la cire est celui de son fidèle Johannis. Johannis, joyeux de ce choix, pour recevoir sa consécration, se rend à Montségur, est pris dans la nuit même avec tous ses défenseurs, et va monter avec eux sur le bûcher. Les femmes étaient nombreuses dans cette chaîne de martyrs : Corba de Perelha, Esclarmonda, sa fille, et sa mère Marquesia de Lantar ; Foméria, mère d'Arnauld- Roger de Mirepois et sa belle-mère Braïda du Peyrat; Ramona de Cuc, sœur de Bérenger de

1. Pons était le parent d'an capitoul qui avait partagé la captivité du comte du Toulouse au Louvre.

Lavelanet ; Floris, mère de Ramon de Marcilhan ; Guilhelma, femme d'Âmiel Aicard; Ermengarda d'Ussat; India de l'Ile et sa vieille mère Francisca, Arsendis de Narbonne ; et la piease mère du tendre et héroïque Johannis; et plusieurs autres sous leur doyenne vénérable Rissenda du Telh ^

L'évêque Bertran d'Ën Marti , la corde au cou, suivi de cette longue chaîne de condamnés, garrottés comme lui, descendit lentement la longue et sinueuse rampe du château, semblable à un roi qui va triompher avec son peuple. On contourna la montagne à l'ouest, dans la direction de Lavelanet ; on gagna, par la gorge du Tremblement, la tête septentrionale de l'Abès ; esplanade arrondie, entourée de rochers et de bois, et la seule qui fût assez spacieuse pour cet immense sacrifice. On fit halte, et comme quelques-uns des captifs s'étaient évadés, dans le tumulte, on les parqua, comme un troupeau, dans une enceinte de ramée fortifiéede pieux, et l'on allacouper des tiges de buis, de sapin, d'arbres résineux dans la forêt. Pendant les apprêts lugubres du supplice, Tarchevêque de Narbonne et l'évêque d'Albi, par des tentatives importunes de conversion, troublèrent leurs méditations et leurs cantiques. Pierre-Roger de Mirepois n'intervint ni pour rompre ces fers, ni pour prévenir ce trépas, ni pour en partager la gloire. C'était un homme d'audace, incapable de comprendre la gloire incomparable du martyre. On aime à croire aussi que l'intrépide chef fut réservé par ses

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