But, du Long., pr
iOS LES ALBIGEOIS CT L'INQUISITION
Carcassonne. Le comte de Foix est dans le donjon • des Trencabel. Il leur promet de défendre ces murailles, cette roche, tombeau naguère de la croisade, et bientôt recueil du roi de France, et le salut de la patrie méridionale. Il parait que cette populace, ameutée par le tribun Ferréol, se rua sur le palais vic-omtal. Il expulsa du manoir de ses aïeux rorphelin, le fils du martyr; et le héros, le libérateur du Midi. Le comte et le jeune vicomte, qui auraient pu sabrer cette ignoble et servile tourbe dans les rues de la cité, se retirèrent la mort dans l'âme, par Tescalier couvert et crénelé qui descendait au bord de l'Aude, et remontèrent vers les montagnes, tandis que cette foule insensée de peur demandait à grands cris de passer dès ce moment, et pour toujours, sous la domination immédiate du roi de France. Pour sceller cette déchéance,ils abdiquèrent l'ancien sceau de Carcassonne, représentant sans doute le Rocher (quar), piédestal de leur ville antique,emblème de stabilité,etle ckêne (casser),emblème de force, double symbole de leur double origine ibéro-celte. Ils reprirent le sceau des Montfort, le signe de leur soumission à la France. Il représente d'un côté un champ de fleurs de lis, emblème du Midi dont le sol sanglant germe une moisson de fleurs capétiennes. Et de l'autre, un oiseau portant dans son bec souillé une feuille d'olivier ou peut-être une fleur de lis. C'est le pigeon de l'Arche qui revenait avec cette fleur de lis annoncer la fin du déluge de sang; ou le ramier du Paraclet qui, fatigué de vivre dans les bois, cueille en signe de soumission cette fleur royale, et consent à devenir, en échange
de sa liberté, un oiseau de basse-cour, un volatile du poulailler capétien * .
Le roi de France redoublait ses assauts contre Avignon ; mais la ville se défendait par ses fortes mprailles, son château escarpé, son fleuve rapide, et plus encore par le courage de ses magnanimes consuls. Les deux héroïques podestats, non-seulement repoussèrent les assauts du roi, mais encore assaillirent dans son camp le monarque croisé. On vit se renouveler le spectacle du siège de Beau- Caire, un siège dans un siège, et l'assiégeant assi^ lui-même. Seulement les rdles, cette fois, étaient intervertis : l'assiégé, c'était le roi de France, au lieu de l'infant de Toulouse ; l'assiégeant, au lieu de Montfort, c'était Ramon VU qui cernait le camp royal. Avignon était un Beaucaire patriote et plus grandiose. Le roi 'se trouvait pris entre le prince et les podestats dont les sorties et Iqs attaques semaient les abords de leur ville, et les alentours du camp, de cadavres de croisés. On Titane chose plus surprenante encore. Pendant que les villes romanes abandonnaient le comte de Toulouse, les barons français abandonnent le roi. Os avaien| des relations avec les consuls d' Avignon, et des sympathies pour les comtes de Toulouse et de Foix. Le duc de Bretagne, le comte de Champagne, les barons du Nord sentaient à la fois l'injustice de cette guerre et l'absurdité de leur victoire. Le roi vainqueur par leur épée s'élèverait sur lamine des grands vassaux. La féodalité était en
i. Mahul, cart. de Garcassonne.
iO& LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION
lutte contre la royauté. II s'agissait de savoir si la France se développerait par l'aristocratie ou la monarchie. L'aristocratie a vaincu en Angleterre, la monarchie a triomphé en France. Après leur quarantaine de service féodal, les barons regagnaient leurs châteaux du Nord. Le plus éclatant de ces magnanimes transfuges fut Thibaud de Champagne. Il partit après une violente altercation avec le roi. On dit qu'il se rendait auprè? de la reine Blanche*.
Le soleil provençal fit surgir de la putréfaction des cadavres d'hommes et de chevaux entassés sur un sol fiévreux, une nouvelle ennemie, une sombre sœur de la famine, la mortalité. Il s'élevait de ces cadavres des nuées de mouches noires qui venaient, avec un lugubre bourdonnement, jusque dans les tentes des princes, infecter les plats, empoisonner les coupes, inoculer aux vivants la peste engendrée par les morts. Deux cents barons et vingt mille croisés périrent sous les flèches acérées des Avi* gnonnais, ou les dards venimeux des insectes, ou les miasmes impurs de l'air. Le roi, constamment repoussé, résolut de tourner la ville, et de la surprendre du côté du fleuve. Un pont de bois aboutissait du rivage dans l'île du Rhône et s'y bifurquait au pont de pierre de la cité. Les Avignonnais l'avaient coupé, mais le roi le fit rétablir furtivement, et tenta une attaque nocturne contre cette tête de pont, cette porte occidentale de l'Ile. Les assaillants s'y précipitent ; les madriers, trop fai-