GuU. de Puil
LIVBE PREMIER 107
Ainsi succomba l'héroïque cité d'Avignon ; par la perfidie romaine, et non par les armes françaises. BUe résista trois mois à cent mille hommes. Vingt mille hommes périrent sous ses murs, par le fer, par l'épidémie, par le fleuve. Quelques jours de plus, et Fost tout entier était détruit par les eaux. La Dorance, enflée par les pluies d'automne, déborda, inonda le camp français, et le Rhône eût roulé, dans son écume, à la mer, son tombeau, toute la chevalerie de France.
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Avignon mulcté et mutilé dans son consulat, son peuple et ses murailles, Louis VIII, pour contenir la dté impériale et républicaine, acquit, sur l'autre rive du Rhône, Saint-André, village monastique qui devint un camp français. Le pont d'Avignon, la joie et l'orgueil du Rhône, le lien poétique des deux Provences qui venaient y chanter leurs ballades, ne sera désormais que le joug de pierre du fleuve humilié, et la chaîne de granit qui reliera la Tille conquise à la forteresse capétienne. Cette forteresse, qui s'éleva rapidement sur la rive rocailleuse, est aujourd'hui Villeneuve, dont les ruines
féodales sont habitées par des paysans» et hantées par des bohèmes. Le roi occupa Beaacaire,et posta dans son donjon, un sénéchal destiné à surveiller, du haut de sa roche, Avignon, Tarascon et Nîmes * . Il s'appelait Pèlerin • (ou Pellegrain) Latinier, probablement un croisé, un clerc batailleur, sans nom et sans avoir ^ qui, devenu chef de guerre, se fit ua nom de sa prêtrise, et un avoir de la croisade, qui réleva au gouvernement du Delta du Rhône •• De Beaucaire, le roi marcha sur Nîmes (Nemze) qui s'était déjà soumis par l'intermédiaire d'Arnaud, son évéque. Il mit garnison dans le château des Arènes, donjon vicomtal formé d'un cirque romain : la royauté s'installa dans les loges doB panthères. Le vicomte dépossédé était un collatéral de la maison de Carcassonne. De Nîmes, le roi descendit à Saint-Gélis, berceau de la dynastie de Toulouse, ville tragique, où naquit la croisade du cadavre du légat Pierre de Castelnau ; sur la tombe duquel avait été flagellé le comte Ramon VI, et sur laquelle ne manqua sans doute pas de s'agenouiller le dévot roi de France. L'abbé de Saint-Gélis, accouru & Paris ainsi que devant Avignon, pour lui porter la soumission des seigneurs de la Plage et des Gévennes, fut récompensé de son zèle monarchique. De là, longeant les étangs d'Aiguemortes, il se dirigea sur Maguelonne, langue de sables arides bordée de marais insalubres, siège d'un évéque, et, depuis la