‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 65 sur 506 · G. de Poil. — Gesta Lud., Vill · texte numérisé non relu

G. de Poil. — Gesta Lud., Vill

déprédations, ravageant les vignobles, et les fruits verts joignent leur vengeance aux pluies d'automne. Le roi s'éloigne effaré, è travers le montagneux Rouergue, par la strade antique et fatale où roulait naguère le char funèbre de SinKm de Montfort. Ce peuple est épuisé de sang et défailli de cœur; mais le ciel et la terre semblent lui venir en aide, dans sa guerre sainte. La terre si saine infeste ses eaux, le ciel si pur empoisonne ses rayons, et les croisés échappés aux traits de l'homme expirent sous les flèches irrésistibles du soleil. L'ostsèmesa route de débris : les chefs aussi sont frappés : l'archevêque de Reims, le comte de Namur, Bourchard de Marly, succombent. Le roi lui-même, atteint par l'invisible et funèbre archer, languit dans son armure fleurdelisée, et tombe de son palefroi de bataille. Il meurt à rage de trente-six ans, à Montpensier en Auvergne, réalisant les prévisions paternelles et les prédictions populaires. L'armée en deuil ne ramena dans Paris que son cadavre enveloppé dans une peau de bœuf*. C'est ainsi que revenaient en France, sur leur char funéraire, les triomphateurs de l'Albigeois.

Ahl pourquoi ce peuple, naguère victorieux, s'est-il ainsi montré dé&illant et abattu? Pourquoi Nîmes, Narbonne, Garcassonne, n'ont-elles pas suivi l'héroïque exemple d'Avignon? 11 est maintenant manifeste que la grande vallée qui se creuse entre la Montagne-Noire et les Corbières eût été le tombeau du lion de France.

1. C'est dans ce sac de cuir qu'en 1793, il fut retrouvé dans les caveaux de Saint-Denis.

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fRiKO moÊum m licdbht daxs tooloosi. — les chctaliers, les aoncms et le rcopLE se soulèvent contre les français. —

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Cependant les comtes de Toulouse et de Foix et leur jeune cousin le vicomte de Carcassonne s'âaient jetés dans Toulouse pour la défendre contre le roi de France. Pendant que Louis VIII, dans le Castellar de Pamiers, organisait sa conquête du Midi, les trois princes, les chevaliers et les consuls, réunis dans le Capitole de Toulouse, se liguaient de nouveau pour arracher leur patrie au monarque capétien. Cette ligue patriotique, au milieu de Tab* battement et de l'effarement universels, n'est pas sans grandeur, et rappelle Tiiéroïque conjuration des princes exilés, sur une cime de Catalogne, d'où partit la délivrance romane. Ramon VU et Roger- Bernard s'unisseoi par un traité particulier, Trencabel n'étant pas majeur, et les largesses du comte de Toulouse montrent combien il tenait à s'attacher le héros pyrénéen *. Les deux princes jurent d'oublier tons leurs griefs futurs, et de ne conclure ni paix ni trêve avec le roi de France et ses alliés, sans leur consentement mutuel. Ramon cède à

i. Mar«a. Bear., 8 , 21.

Roger-Bernard et à ses descendants, tous ses droits sur les châteaux de Palhers, Pereilhe, Al^en, Rabat, Castelverdun et Quier, dans le comté de Foix. Ramon confirme la donation qu'il a faite à Roger- Bernard, après la victoire romane, du château de Saint- Félix et d'une vingtaine de villages du Lauragais. Enfin Ramon reconnaît la validité du testament du jeune Trencabel en faveur de son tuteur le comte de Foix, et lui promet l'investiture de tous les domaines du vicomte mort sans postérité, dans les vicomtes de Garcassonne, Béziers, Âgde, Lodève, Albi et Rouergue. Les vingt-quatre consuls de Toulouse se rendirent garants de ce traité que le comte Ramon consentit â Roger-Bernard, en présence de ses barons pyrénéens : Pierre-Roger, chef des Bélissen, expulsé de Mirepois, Pierre de Fenouillet, dépossédé de sa vicomte de Fenouillèdes, Arnauld de Villemur, seigneur de Saverdun, Ramon d'Aniort, seigneur de Belvèse, Pierre de Durban, Bernard de Durfort, et son frère Pons- Adhémar |de Roudeille, Pons de Villeneuve « Sicard de Montault, et Othon de Terridas ou de l'Ile, fils d'Esclarmonde de Foix. A ces témoins, il faut évidemment ajouter les seigneurs des terres concédées, Ramon de Pereilla, Amiel de Palhers, Ramon-Sanche de Rabat, Othon-Arnauld de Castelverdun et les nombreux chevaliers de Saint-Félix et du Lauragais qui passaient sous la domination directe du comte de Foix; et enfin, r^et affaibli de son grand frère, le pieux et chevaleresque Loup de Foix, le Bayard du xiu* siècle.

Les trois princes et les magnanimes conjurés atten-

daient l'attaque du roi de France. Mais il passa rapidement vers le Nord , sans regarder Toulouse. Alors, ils sortent de leurs murailles, et reconduisent Tost royal, harcelant ses derrières, voltigeant sur œs flancs, enlevant ses traînards, jusqu'aux confins extrêmes du Rouergue. Â mesure que l'armée française se retirait, la population se soulevait sur ses traces : et le soulèvement des paysans entraînait les défections patriotiques des barons. Nous avons déjà vu Fun de^ seigneurs d'Aniort siéger parmi les ooDJurés de Toulouse, ainsi que Tun des chevaliers derile-Jourdain. Les barons de Termes, de Gab-Aret, de Menerbe, tous ceux des Gorbières et de la Montagne-Noire, surpris et fascinés par les évoques, reyinrent à la cause nationale. Le roi de France ne conserva que les villes occupées par ses sénéchaux^ et par les chefs croisés gardiens de la conquête. Ainsi rinsurrection patriotique, qui déjà rugissait sur les traces de sa retraite, redoubla d'intensité quand on apprit sa maladie, et enfin sa mort en Auvergne. La mort de Louis comme celle de Simon parut un miracle, l'œuvre des puissances célestes \ Les saints grecs avaient vaincu les saints francs et romains. Exsupère, le doux pâtre cantabre, avait de sa houlette abattu le lion de France et la bête rmnaine. Ainsi parlait, ainsi chantait un peuple naïvement et poétiquement superstitieux. Mais les Cathares n'y voyaient que la victoire de l'Esprit de Dieu, le céleate Archer, et les Vaudois le triomphe du Christ et àe Jéhova.

1. Les Français et môme les Aquitains accusèrent Rome «tle légat de la mort du roi. — Figueyras. Roma, strophes.

La mort de Louis VIII jetait la monarchie dans des troubles profonds et d'incalculables hasards. La couronne tombait à un prince de douze ans ; la régence était donnée à sa mère, Blanche de Castille ; mais les grands vassaux s'indignaient d'obéir à cette étrangère : à leur tête se trouvait Pierre, duc de Bretagne, le. perspicace politique féodal, sur* nommé Mauclerc par les Français à cause de sa haine contre les Capétiens. Ainsi révolte au Nord, croisade au Midi, et tout autour rivalité de l'Âragon, hostilité de l'Angleterre, inimitié de l'Allemagne, et sur ce trône entouré de tant d'orages, un enfant. Sur la foi de Rome, on a donc aventuré le royaume, et perdu le roi. Ainsi s'est tristement réalisée l'anxiété prophétique de Philippe-Auguste mourant : mais pour sauver la France , après l'avoir jetée aux écueils, deux personnages sont au gouvernail, Blanche de Castille et Romain de Saint- Ange.

Ce nouveau légat du saint-siége est un jeune cardinal-diacre, beau, gracieux, insinuant, un diplomate italien, doublé d'un proconsul théocratique ^ Rome l'avait envoyé pour relever la croisade expirante, raviver Textermination du Sud, en investir le roi de France, et dominer ce monarque par la reine. C'était Fange tentateur entrevu par le vieux et sagace roi Philippe-Auguste. Blanche fut l'Eve de la monarchie capétienne. Le Serpent séduisit l'ambitieuse Espagnole qui déjà régnait sous le nom de

i. Agréable à Dieu comme aux hommes. Guilh. de Fui* laurens; et Gestes glorieux des Français.

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