‹ Histoire des Albigeois (volume 4)Chapitre 66 sur 506 · LIVRE PRE&IIKR 4S · texte numérisé non relu

LIVRE PRE&IIKR 4S

Lonis VIII, et fit briller à ses yeux la conquête romane, comme le fruit de l'arbre de vie pour la maison de France, merveilleuse pomme d'or dont farrachement tragique ferait d'elle une déesse et de ses descendants une dynastie de dieux. Dès lors, l'impulsion gouvernementale, on le sent, part du légat. A la politique lente, prudente, sagement et fortement calculée de Philippe-Auguste, succède ime politique aventureuse, violente, passionnée, inhumaine et d'un mélange à la fois féminin et sacerdotal. L'esprit français est farouchement déformé par la fusion du caractère italien et du tempérament espagnol. Cest Romain om, d'accord avec Blanche, exige impérieusementl'abdication d'Amauri et la substitution de Louis VIII, pgusse à son corps défendant le roi sur le Midi, lui fournit le subside impie des décimes ecclésiastiques; et lui-même, tel qu'un autre Arnauld-Amalric, dictateur sacerdotal, marche à la tête de la croisade, à côté du prince qu'il dirige et qu'il tient, en quelque sorte, à la solde du pontife souverain. Après la mort du monarque, c'est Romain qui ramène à Paris son cercueil, patronne la régente étrangère, &it sacrer l'orphelin délaissé, menace une noblesse agressive, et protège le trône de cet enfant, des foudres pontificales. Romain de Saint- Ange fut le tuteur sacerdotal du jeune Louis IX, ce futur saint de la réaction catholique triomphante, cet héritier innocent et candide des crimes de la croisade, né dans l'année même du concile de Latran qui donnait à la France le Midi vaincu (1215). Romain fut plus encore : mais comment dirons-

iS6 LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION

nous? L'histoire peut-elle recueillir les rumeurs populaires, les indiscrétions des moines et des poètes contemporains, les graves et graveleux chuchotements des vieux sièclesT Oui, sans doute, quand ces murmures expliquent l'inexplicable mystère du martyre des peuples et du scandaleux triomphe des rois. Louis VIII, prince délicat, mais pacifique, et de tempérament aphrodisj|ique, se mourait en Auvergne. Les médecins déclarèrent qu'il succombait à sa trop longue privation dés tendresses de la reine. Archambaud de Bourbon s'imagina qu'une pucelle d'élite pouYdi.it dans cette extrémité req|DlacersalutairementBlanchedeGastilIe. L'officieux comte fit chercher une jeune fille vierge et noble de ces montagnes, et, pendant son sommeil, l'introduisit furtivement dans la chambre à coucher du roi. Louis à son réveil vit, avec étounement, la belle vassale venue, dit-elle, non par aiguillon de volupté, mais par dévouement féodal et, selon l'avis des médecins, pour soulager et sauver le roi. « Damoiselle, répondit le prince, il n'en sera point ainsi : je ne pécherai mortellement; » et il mourut victime de sa chasteté *. Nous reconnaissons à cette pureté le père de saint Louis ; mais sa veuve n'eut pas, assure-t-on, les mêmes scrupules religieux. Le même peuple qui a roulé autour du pâle front de Louis VIII, ce nimbe de pudeur, a jeté des ombres sur la vertu de Blanche; et c'est sur un nuage fuyant de galanterie chevaleresque et sacerdotale que nous apparaît, dans les profondeurs

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