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la ligue des grands vassaux, les comtes de la Marche, de Champagne, de Boulogne et leur hardi et politique chef Pierre, duc de Bretagne. Bkinche détacha, par des concessions, Philippe Hurepel, comte de Boulogne, frère de Philippe-Auguste, et par son amour et ses menaces, Thibaud, comte de Champagne. Thibaud était cousin de Blanche de Castille et du comte de Toulouse. Prince féodal, il devait être pour Ramon; poète et amant, il se déclara pour la reine. Au lieu de rejoindre le camp des prince.^ à Thouars, Thibaud vint trouver à Tours la reine et le jeune roi. Par cette défection du comte et l'affection du peuple de Paris, Blanche triompha des grands vassaux, et résolut cette question immense encore indécise alors, si la France se développerait par la noblesse ou par la royauté : Blanche décida que ce serait par la monarchie. — Mais aux magnanimes luttes des grands barons de son royaume viennent par la plus odieuse ingratitude se joindre les mesquines tracasseries des grands barons de TEglise gallicane. Les é vaques s'avisent de trouver mauvais que Blanche employât à dompter la conjuration des princes, les décimes ecclésiastiques votés contre les Albigeois. Les chapitres de Reims, Sens, Tours, Rouen refusent l'impôt sacré. Le légat les condamne et hardiment fait saisir leurs biens par les officiers royaux (17 mai). Les évéques en appellent au pape qui, pour tout concilier, censure le légat, mais accorde les décimes à la reine, à condition que Blanche recommence la croisade. Eh I pour qui Blanche combattait-elle dans le MidiT Pour qui venait-elle de
perdre une armée et le roi? N'était-ce pas pour l'Église aussi bien que pour la royauté? Les deux causes étaient connexes, identiques, et tout en ménageant les évêques, Grégoire au fond soutient la reine (13 nov.) qui n'avait pas attendu Tordre pontifical pour envoyer des renforts au sénéchal de Carcassonne. Dans cette double lutte Blanche et Romain déployèrent une sagacité merveilleuse et une vigueur superbe * .
Fort de ce double secours, Humbert sort de Carcassonne. Il assiège Cab-Aret, trois châteaux sur des cônes de granit, formant le passage de la Montagne-Noire. Longeant cette chaîne à l'ouest, il reprend Saissac, un bourg enveloppé d'un torrent, et marche sur la Bessède, ainsi nommée de sa forêt de bouleaux. Pagan de la Bessède défendait ce bourg avec Pons de Villeneuve et Olivier de Termes. Les assiégés, du haut des murailles, virent arriver Humbert, accompagné de l'archevêque de Narbonne et de l'évêque de Toulouse. Ils saluèrent l'odieux Foulques par de longues huées. Ohé, ohél s'écrièrent-ils, évêque des diables I — Entendezvous, monseigneur? lui dirent narquoisement les chevaliers français. — Certes, ils disent vrai, répondit le jovial et sinistre prélat, car ils sont des diables, et je suis leur évoque *. La Bessède, fortement battue par les calabres, fut prise d'assaut, ses défenseurs passés au fil de l'épée, ou écrasés sous des pierres, ou mis au gibet; Gérald de la Motte,