Poésies de Thibaud, comte de Ghanipagne
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la bannière blanche aux fleurs de lis d'or. A Topposite, sar la place du Parvis, s'élevait une superbe estrade demi-circulaire, semblable à un trône à la fois et à un échafaud. Entre la cathédrale et le palais, les maisons étaient pavoisées, les rues se jonchaient de verdure, et la rumeur populaire se répercutait dans le tumulte incessant des cloches qui, des cent flèches de la ville, de la cité et de l'Université, répondaient comme en chœur, par leurs bruyants carillons, aux fanfares triomphales de Notre-Dame. Or, que proclamaient ces hommes dans les rues, et ces bronzes dans les nuées? Un iDcroyable , un prodigieux événement. Le roi de France et l'Église romaine , après vingt ans de guerre, signent enfin la paix avec le comte de Toulouse. Trois cardinaux sont arrivés dans Paris, une foule d'évêques, une multitude de barons du Nord et du Midi. Le prince hérétique et rebelle, déjà Jugé par l'assemblée de Meaux, doit être solennellement dépouillé de ses États par le roi, son cousin, et publiquement battu de verges par le légat du Saint-Père à Notre-Dame. Tel est l'étonnant spectacle que la papauté et la royauté, dans leur sagesse et leur clémence, vont donner, afin qu'il s'en souvienne, au catholique peuple de Paris^ le jour où fut vendu le Christ.
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SIGIfATUAB DU TRAIIÉ DE PAII8. -^ FLAGELLATION DU COMTE DE TOULOUSE ▲ NOTRE-DAME. — CAPTIVITE DU PRINCE ET DBS BARONS MÉRIDIONAUX, AU LOUVRE.
Voilà ce qui faisait bondir le cœur des bourgeois et des cloches de Paris. L'heure attendue sonna au beffroi royal, et du sombre palais des rois capétiens , sortit à cheval, le jeune monarque adolescent, aux yeux bleus , aux cheveux blonds, au long visage gracieux, et rayonnent d'une candeur mystique. Près de lui, et dans la môme pompe souveraine, s'avançait, sur sa haquenée superbe, la majestueuse et triomphante Blanche deCastille, régente de France. A leur suite, le cardinal, Romain de Saint-Ange, légat des Gaules, le cardinal Conrad, évêque de Porto, légat d'Angleterre, le cardinal Othon, légat de Pologne, les archevêques de Sens, de Bourges, de Narbonne, les évoques de Paris, Toulouse, Arles, Nîmes, Maguelonne et une multitude de chefs d'abbaye. Puis les grands oflBciers de la couronne, le vieux Mathieu de Montmorency, connétable de France ; Thibaud, comte de Champagne, médiateur de la paix; Amauride Montfort, qui doit renouveler son abdication de l'Albigeois, et parmi une foule de barons du Nord et du Sud, le triste Ramon, héros et martyr de cette pompe d'iniquité. Saluée par les noëls du peuple qu'entrecoupaient les hardis quolibets des écoliers contre la reine
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et le légat alors eu guerre avec rUuirersité, la superbe cavalcade, serpeutaut dans les étroites et tortueuses rues de la Cité, déboucha sur le parvis Notre-Dame, splendidement pavoisé pour la cérémonie royale.
Blanche de Gastille et son fils s'assirent sur leurs trAnes : à leur droite se placèrent les prélats, à leur gauche se rangèrent les barons : assemblée mi-partie de concile et de champ de mai ; parlement mixte des divers ordres de la nation. La magnifique estrade, dont ses membres occupaient les gradins selon leur rang hiérarchique, adossée au couchant, se recourbait en croissant vers la basilique, récemment terminée par Philippe-Auguste. Ce monument aujourd'hui noirci par le temps, alors dans sa neuve et massive majesté , s'élevait comme le symbole architectural de l'indissoluble union de la monarchie française et de l'Eglise gallicane. Les rois des Francs, dont les statues décoraient la façade, depuis Clovis jusqu'à Philippe-Auguste' tenant dans sa main la pomme impériale dérobée à Charlemagne, et les évéques des Gaules, dont les figures ornaient les voussures des portails, assistaient, dans leur pompe gothique, mornes témoins de pierre, mais pas plus durs que les vivants, à cette grande scène de spoliation. On eût dit que le légat de Rome et le roi de France, pour justifier leur immense déprédation , s'étaient entourés des anciens chefs sicambreS) des vainqueurs d'Alaric et de Goaïffer, des dévastateurs de l'Aquitaine de tous les siècles. Le comte de Toulouse fut appelé : il parut dans son attitude de vaincu, suivi de ses ba-
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rons et de ses capitouls humiliés, nobles et tristes représentants de la patrie romane abattue, et de rindépendance et delà civilisation méridionales écrasées sous la force barbare et théocratique.
Sur un signe de la reine, le tabellion de la monarchie, se levant et déroulant un parchemin, lut à haute voix la charte suivante où Torgueil a l'insolence d'infliger au droit vaincu et à Théroïsme accablé un ton de suppliant. Il n'a pourtant pas osé mettre, selon l'usage de ce temps, son document spoliateur sous l'invocation de la très-sainte et tndt* visible Trinité :
« Ramon, par la grâce de Dieu, comte de Tou* louse, à tous ceux à qui ces présentes parviendront, salut dans le Seigneur ^ I
« Que tout l'univers sache qu'ayant soutenu la guerre pendant longtemps contre la sainte Église romaine et notre très-cher seigneur Louis, roi des Français, et que désirant de tout notre cœur être réconcilié à l'unité de la sainte Église romaine, et de demeurer dans la fidélité et le service du sel* gneur roi de France, nous avons fait tous nos efforts soit par nous-méme , soit par des personnes inter* posées, pour parvenir à la paix ; que, moyennant la grâce divine, elle a été conclue entre l'Église romaine et le roi des Français d'une part, et nous de l'autre, ainsi qu'il suit. »
Tel est le préambule de ce traité fameux : il étincelle de fraude et de mauvaise foi. Le comte de Toulouse a soutenu la guerre vingt ans contre