Mirus-Locus, Mirabilis-Locus, Marly
LIVRK DEUXIÈME 203
découvre les hauteurs de Paris, les sépultures royales de Saint-Denis, le monastère d'Argenteuil iUustré par Héloïse, le château de Saint-Germain» résidence favorite des premiers Capétiens, et la Seine qui plie et replie son cours indécis, comme ne pouvant s'éloigner de cet incomparable berceau de la monarchie française.
De Lyon, les deux commissaires descendirent le Rhône jusqu'à Valence où ils investirent Adhémar, comte de Valentinois, du marquisat de Provence, concédé à l'Église romaine. Les Vaudois avaient leur berceau sur ce sommet des Alpes. Pierre de Brueys avait, cent ans auparavant, prêché leurs doctrines dans les vallées de la Drôme et de la Durance ^ Le Pétrobruséisme tenait du caractère de son chef, des flots du Rhône et du vent des Alpes, un génie impétueux et indompté. Bien plus que le mystique et tendre catharisme, le léonisme biblique et républicain régnait dans les villes des bords du Rhône, et c'est à lui surtout que revient la gloire de l'héroïque défense d'Avignon contre le roi de France. Probablement, c'est pour éteindre le yaldisme dans son foyer alpestre que le pape s'était fait concéder la province septentrionale et le comtat Venaissin. Pierre de Colmieu, au nom du saintâége, prit possession du poétique Comtat et de la noble cité d'Avignon. Un légat pontifical s'établit dans le château des vicomtes, sur la roche où l'on voit aujourd'hui le palais et la nécropole des papes. Mais de la montagne des Doms quel triste spectacle
i. Rèfomatêun d$la France et de f Italie, 1. 1^ p. 9.
s'offrit à ses yeux I Les ordres du cardinal de Saint- Ange n'avaient été que trop exécutés. Trois cents maisons étaient abattues, les remparts démolis, les tours rasées. La noble cité pleurait mutilée au bord du fleuve. Ses héroïques podestats étaient sans doute morts ou proscrits. Trente de ses principaux chevaliers étaient exilés en Terre sainte. Les engins de guerre qui l'avaient défendue avaient été ravis par le vainqueur. Le reste du peuple, errant comme un troupeau sur ces décombres, avait été pressuré, écrasé, par Une amende de sept mille marcs d'argent * ; mille pour l'Église catholique qui refleurissait dans ce deuil universel, et six mille pour le roi de France qui les employait à construire, sur l'autre rive du Rhône, le fort de Villeneuve, destiné à comprimer les frémissements convulsifs de l'héroïque cité mourante. Ces murailles féodales, construites sur le terrain de l'abbaye de Saint-André, et croulantes sur les ruines du monastère disparu, ne protègent même plus de leurs débris un bourg rustique hanté par des pâtres et des bohèmes.
Les deux commissaires descendirent le fleuve jusqu'à Beaucaire. Un sénéchal du roi occupait tranquillement ce château naguère si tumultueux, où rinfant de Toulouse, assiégeant à la fois et assiégé, repoussa Montfort rugissant, et lui arracha ce donjon défendu par Lambert de Croissy qui faillit en décorer les créneaux de son cadavre. On voit encore, sur son rocher, la tour en ruine d'où