‹ Histoire des Albigeois (volume 5)Chapitre 229 sur 323 · Spicilegr., t. IX, p. 276. — Limborcb · texte numérisé non relu

Spicilegr., t. IX, p. 276. — Limborcb

jicolyte Ramon Estèbe, franciscain de l'énergique race des consuls d'Albi. Il traverse les Corbières, le Roussillon et arrive à Perpignan. Mais la cour baléare est à Sant-Joan-Pla-del-Cos, château royal sur une cime voisine du Canigou*. Bernard s'y rend, mais, avant d'arriver, il déchire la lettre des consuls et en enfouit les morceaux dans la grève d'un torrent. Ainsi, en cas d'arrestation, nulle trace visible ne restera du complot, car évidemment il se défie du vieux roi. Délicios aborde en secret don Fernand. « Seigneur, souvenez-vous de votre serment de Nîmes. Je viens de la part des consuls et des citoyens de Carcassonne. Ils rejettent la domination du roi de France. Philippe laisse l'inquisition dévorer le Midi. Jurez de nouveau d'anéantir l'horrible tribunal, et vous serez reconnu vicomte de Carcassonne, la noble cité vassale de vos ancêtres I » Fernand accepte sans liésiter, fait seller son palefroi et va se mettre furtivement en route avec le moine pour occuper ce poétique trône des amours d'Alphonse le Chaste, des chansons de Pierre II, le martyr, et de la captivité enfantine de Jaicme I, le conquistador I Mais le vie*ux roi des Baléares a su Tarrivée de Délicios. Il l'interroge sur sa venue à Pla del-Cos. Bernard tergiverse, balbutie, garde le silence. Le roi va trouver le prince. Une violente altercation s'élève entre le roi et l'infant qui sortit tout échevelé. Mais Bernard ne revit ni don Jaicme ni don Fernand. « Quittez vite le pays, y^ lui dit le chancelier.

i. Pl44d Cos, plaine de la montagne.

Les deux moines descendirent en hâte la mon^ tagne. Comme c'était le soir, ils couchèrent a» Boulou et, à l'aube, ils reprirent la route de'Carcassonne (avril 1204).

Ainsi Carcassonne est délaissé de Perpignan comme d'Albi. Patris néanmoins ne se décourage pas. Il continue sa conj uration populaire, et Bernard reprend ses harangues contre l'inquisition. Le 3 mai il prêche à Saint-Sernin de Toulouse, Mais, à peine en chaire, il apprend que des alguazils doivent l'arrêter dans la basilique. Protégé par le peuple^ il sort de Toulouse et se retire à Albi, sa forteresse. Il prêche le jour de la Pentecôte. « Quelques fil& d'iniquité ont prétendu que je m'étais sauvé avec votre argent et vos chevaux en Catalogne; d'autres^ que j'avais été pendu avec ma corde dans quelque ville d'Espagne. Ils en ont menti, car me^ voici de retour, et certes je ne fuirai •pas. Je suis encore prêt à soutenir contre votre évêque et vos inquisiteurs qu'ils ont injustement condamné les immurés d'Albi. Je n'hésiterai pas à défendre, au péril de ma vie, votre cause devant le pape. On me menace d'une assignation, mais je ne l'ai pas encore reçue de Rome. En attendant, quittez vos maisons, vos travaux, et criez en tous lieux comme moi, de toute la puissance de vos poitrines, contre les misérables acharnés à la ruine de notre patrie*. > Cette assignation ne tarda pas, car, le 1 5 avril précédent, le Pontife avait ordonné au provincial

Page 1