‹ Histoire des Albigeois (volume 5)Chapitre 280 sur 323 · Millot, Troubadours · texte numérisé non relu

Millot, Troubadours

aSO LES ALBIGEOIS BT L'INQUISITIOX

litesse.m professe la scolastique de la courtoisie : € Tressez vos cheveux, taillez vos ongles, brossez vos dents I » La poésie, qui deux siècles auparavant légiférait magnifiquement en amour, est descendue jusqu'à donner des leçons de propreté. De Tharmonieux Bernard de Ventadour, du tendre Âmauld de Marveil elle est tombée à l'honnête mais puéril Âmanieu. La langue classique des troubadours, la langue poétique parlée des Alpes à l'Océan, et de la Loire jusqu'à l'Ebre etleTage, s'éteint avecle'souffle môme de la poésie : le rhy thme se perd, le chant meurt. L'épopée de Guilhem, le troubadour de Foix, est traduite des vers en prose, et de la langue poétique dans le dialecte vulgaire, et bientôt chronique et poëme, tout tombe en oubli.

En 1323, sept citoyens de Toulouse, dans l'espoir de ranimer la poésie moura^te, adressèrent un appel aux chanteurs de la langue romane. « La trèssage compagnie des sept poètes de Toulouse, aux honorables seigneurs, amis et compagnons, qui possèdent la science d'où naît la joie, le plaisir, le bon sens, le mérite et la politesse, salut et vie joyeuse I Si personne ne cultivait la poésie, ce bel art mourrait et le plaisir avec lui. C'est pourquoi nous sept qui avons succédé aux poètes des temps passés, nous avons à notre disposition un jardin merveilleux et beau où nous allons tous les dimanches lire des œuvres nouvelles. Nous vous faisons savoir que, s*il plaît à Dieu, nous serons dans ce verger charmant le premier du mois de mai. L'auteur du meilleur poëme nouveau recevra, pour marque d'honneur, une violette d'or fin. Venez-y

bien pourvus de vers harmonieux, et d'un si beau sens que le siècle en devienne plus gai. Que le Dieu d'amour vous assiste 1 Donné au faubourg des Augustins, après la fête de la Toussaint, dans le verger fleuri, au pied d'un laurier *. »

Ces sept citoyens donnent à la poésie le nom de gaie adenee. Désignation symbolique, car gai signifie noble, dans leur langage patriotique et chevaleresque. La joie n'est que dans la noblesse, c'est-àdire la dignité, l'indépendance et la foi. Aussi leur siècle éj»it-il profondément triste, et leur harpe ne put égayer sa morne douleur. Dans l'origine 1^ societat des sept trobadors te Tolosa^ fondée pour maintenir la nationalité romane par la; culture du langage et l'inspiration de l'esprit, fut une espèce de conjuration littéraire contre Rome et contre la France. Mais l'inquisition la fit d'abord dévier et ne toléra la langue etla^o^iiie hérétique qM'k la condition de célébrer la Vierge et les saints, c'est-à-dire le triomphe théocratique* et la servitude méridionale. Les sept ne succédèrent donc pas aux poètes des siècles passés. La poésie vivante, populaire, chevaleresque était morte, morte sur les deux versants des Pyrénées.

Vers la fin du siècle, Joan II, roi d'Aragon, envoya des ambassadeurs au roi Charles VI pour lui demander des poètes de la province de Narbonne '.

1. Toulouse vient de consacrer une rue aux sept troubadours. Quand en consacrera-t-elle au tendre Marjévols, à l'ardent Flguéras, au magnanime Cardinal, à l'héroïque Guilhem de Tudelle, les grandes harpes du martyre ?

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