Froissait, Chron
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rois, de ducs, de princes, de comtes et de hautes dames; mais je ne fus oncques en nulle qui mieux me plut, et ne yis aucunes qui fussent sur le fait d'armes réjouies plus que celle où le comte de Foiz était. On voyait en la salle, en la «chambre, en la cour, cheyaliers et écuyers d'honneur aller et marcher, et les oyait^n parler d'armes et d'amour. Tout honneur était là dedans trouvé ; toute nouvelle, de quelque pays et de quelque royaume que ce fût, là dedans on y apprenait ; car de tout pays pour la vaillance du Seigneur elles y venaient *. » Le comte Phébus mourut à la chasse de l'ours sur les Pyrénées. Il ne manque à ce prince qu'une chose, la gloire de son aïeul Ramon-Roger, la gloire souveraine de vivre et de mourir pour une cause immortelle, une idée éternelle du genre humain. La seconde race de Foix, passée par les femmes dans les maisons de Buch et d'Âlbret, ces princes des Landes, n'égala jamais la splendeur de la première, bien que brillante encore, et même devenue royale, avant de s'engloutir, comme Toulouse, dans cette dévorante dynastie capétienne.
Vers ce temps-là, maître Jehan Froissart, le chevalier errant de la chronique française, descendant du Nord par la vallée du Rhône, et se rendant à la cour du comte Gaston-Phébus, traversa Garcas^ sonne, fumante du dernier bûcher albigeois. De Carcassonne à Pamiers, il parcourut le pays cathare» Montréal, Fanjaus, Laurac, Belpech, Mazères. De Pamiers, il gravit les rudes collines d'Es-
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cosse et de Larmissa, se dirigeant par Artigat, le Caria, Daumazan, Montesquieu, vers le Commenges et le Bigorre. Mais ni les tours de Garcàssonne, niTabbaye de Bolbone, nileCastellar de Pamiers, ni les châteaux de Montagut, de Palhers, de Durfort, de Massabrac, qu'il laissait à sa droite et à sa gauche, sur leurs monticules, ne lui rappelaient les grands souvenirs de la chevalerie cathare. Le chevalier du Lion qu'il prit à Pamiers, à l'hôtel de la Lune, et qui chevauchait à ses côtés, n'eut à raconter au chroniqueur flamand que des histoires de bandits et de sorciers qui n'étaient probablement que les derniers Albigeois étrangement déchus et entourés d'un renom sinistre et fabuleux. Espanh du Lion lui-même, favori de Gaston-Phébus, ignore ou se garde bien de dire qu'il descend de Bernard de Sô, et delà seconde Esclarmonde de Foix, protectrice, i^rès son illustre tante, de Montségur.Un siècle auparavant, l'ingénieux chevalier eût de colline en colline cadencé, au pas de leurs chevaux, les strophes de l'épopée cathare de Guilhem, l'Homère de la maison de Foix. Deux siècles auparavant, Froissart eût rencontré des troubadours montant, la harpe sur le dos, vers des châteaux hospitaliers où la poésie et la chronique eussent jouté devant la noble dame pyrénéenne. Maintenant plus de troubadours, plus de châteaux poétiques, plus de poésie romane. Foix était désert^; le Castellar de Pamiers, abandonné ; le comte tenait sa cour dans le Béarn. A la cour du comte Phébus, poëte comme ses ancêtres, Froissart trouva des ménétriers, mais plus de troubadours! Il trouva la musique, la chronique
chevaleresque venant d'Espagne et du j^ys des Maures, mais plus de poésie. L'inspiration est éteinte, et Proissart est Tflérodote de son siècle. l,a poésie, voix chantante d'un peuple, était morte avec le génie national. Phébus chantait de vieilles ballades dont il ne comprend plus le sens symbolique. « Ces montagnes qui sont si hautes m'empêchent devoir où sont mes amours. Mais leurs cimes s'abaisseront sous mes pas, et mes amours se rapprocheront! Paissez, paissez, ô brebis M » C'est vers une dame catalane ou aragonaise que Phébus, prince pastoral, envoie ce chant bucolique du haut des tours d'Orthez ou de Foix. Il ne célèbre pas, comme Cavalcanti, la, Dame de Toulouse, qui ne pouvait être réfugiée en Espagne, et qui s'éteignait même en Italie. Amour n'a plus, dans sa bouche, le sens mystique, le sens religieux, patriotique et vengeur, qu'il avait sur les lèvres de Dante. Ce n'est qu'un amour vulgaire, une profane et mondaine volupté, mais sur un mode délicat et légèrement mélancolique, que Phébus chante sur sa mandoline cantabre.
Le monde d'amour, avec sa religion, sa chevalerie, sa poésie, ses tribunaux, ses cours ; ce monde, platonique et romanesque, s'est évanoui comme un rêve. Déjà vers l'an 1300, Âmanieu des Escas chante l'art d'aimer féodal. Il est l'Ovide des châteaux^. Mentor chevaleresque, d'un ton paternel il enseigne aux jeunes damoiselles les règles de la po-