‹ Histoire des Albigeois (volume 5)Chapitre 288 sur 323 · Dama Clémença se vos plalz · texte numérisé non relu

Dama Clémença se vos plalz

. 2. J*ai ouï dire que dans les hautes cimes (à Rabat), le oui et le nani français sont encore inusités. On n*emploie que le oc et le no roman.

décorée de cette flétrissure, et, dans sa dégradation, a consenti à n'être plus qu'un patoués^ c'est-à-dire le jargon des patam et des galaupianSt des serfs de , la glèbe et des bandits de la forêt. Enfin un dernier mot survivant exprime cette longue agonie de l'Aquitaine : Endura, 11 exprime le martyre voloutaire de l'Albigeois, le pain de ta tribulation^ Veau de r Angoisse^ la mort vivante, mais la fidélité à Dieu et l'espoir dans le ciel. C'est le mot douloureux que l'Albigjisme lègue à tous les opprimés de l'avenir. Le XV* siècle fut employé par le catholicisme vainqueur à élever le monument de sa victoire. C'est dans la métropole même du vaincu qu'il dressa son superbe trophée- Cet arc de triomphe, c'est Sainte-Cécile d'Albi. Le catharisme avait nié le monde, supprimé le temple de pierre, inauguré le sanctuaire de l'Esprit succédant aux sanctuaires de Garizim et de Jérusalem. Le catholicisme romain attesta sa victoire sur l'Esprit par un magnifique temple matériel. Il mit cent cinquante ans à \e construire ; il en chargea l'art italien et le génie des croisades. Sa tour carrée, massive, aux énormes contreforts, semblable à une citadelle, domine à l'ouest, la berge en précipice du Tarn. La basilique s'allonge comme une forteresse vers TOrient, elle est en brique rouge, pétrie de la cendre et du sang d'un peuple, et cuite au feu des bûchers. Toutes les Églises de la croisade sont faites avec cette fang sanglante, comme si les Pyrénées, qui refusaient de pierres pour leurs cachots, n'en voulaient point fournir non plus pour leurs homicides temples. Son épaisse carapace,, on le voit, est une armure de

guerre. Hors un superbe portique^ elèe n'a que d'étroites poternes; ses fenêtres, basses^ sombres lucarnes, simulent des meurtrières : ses hautes fenêtres seules s'ouvrent largement, et scmtillent triomphalement au soleil. D'obscurs souterrains, de sinueux corridors la rattachent à l'évêché dont les tours', les créneaux, les archer es, les larges fossés, indiquaient le puissant donjon féodal, qui veille sur la basilique, comme Simon de Montfort sur l'Église romaine. On reconnaît la demeure guerrière des Durandy des Combret, des Castanet, ces évoques batailleurs. Il constate leur lutte séculaire contre la noble cité» Le monument de leur victoire et de sa mort, c'est cette cathédrale. La porte, unique, avonsnous dit, s'ouvre du côté du sud sous son léger portique sonore, ogival, aérien, dentelé du plus gracieui feston, de la plus capricieuse eflOlorescence de marbre. Ce spécim.en révèle au dehors la merveilleuse forêt *du dedans, et invite le passant ravi. Sous le sombre porche, il s'arrête comme ébloui : il a sous les yeux comme une vision de l'Alhan^bra, du palais d'Haroun Al Raschid, de toutes les féeries de l'Orient. De l'ouest à l'est se déroulent les trois cercles du Dante, l'Enfer, le Purgatoire, le Paradis : la loi Adamique, la loi Noachique, la loi Mosaïque, en mille symboles. Les animaux de l'Éden, de l'arch^e,. de la crèche, I9 taureau, le lion, l'aigle, la colombe, les sphinx ailés errent dans la forêt céleste. Dans les ténèbres du couchant, les démons, les damnés ; le combat de Michel et de Satan. Les anges fidèles, les patriarches, les prophètes, les apôtres, les docteurs, les martyrs, les vierges, par

mille chemAis semés de lis mystiques et d'étoiles d'or, s'avancent vers la région de Taurore. Ils tiennent des palmes, des couronnes, des sceptres, des lyres, des enceDsoirs, d'où s'exhalent des parfums : ils convergent tous vers le tabernacle du Christ, et vers la reine des cieux, assise dans la splendeur du soleil éternel. Son trône flotte perpendiculairement sur l'autel, et la cour céleste sur le choeur terrestre : le tabernacle matériel imite le tabernacle aérien, et le marbre filé, tissé, tordu, par sa ductilité, sa textilité, sa fluidité vaporeuse, en réseaux, en dentelles, en arabesques, simule la nuée ; on dirait l'œuvre merveilleuse des esprits remontés dans l'azur. Les évêques, dont plusieurs furent italiens, ont fait peindre la voûte par des artistes italiens. C'est un mélange de basilique, de théâtre, et d'Olympe '• Partout le génie païen de la Renaissance, Tart sensuellemont mystique du Tasse et de Raphaël. L'architecte a voulu, dit-on, y emprisonner le soleil*. Le catholicisme a tenté plutôt d'y incarcérer l'Esprit. L'inquisition y a enterré le Christ dans un sépulcre de fleurs. Pour le patriote méridional, ces briques sont du sang, ces pierres sont de la chair et des os, Sainte-Cécile est la cristallisation merveilleuse de deux millions dje cadavres, l'immense ossuaire transfiguré des massacres de la croisade et de l'inquisition.

1. Dans une travAe du sud, les ouyriers ont sculpté le nom d*uQe cantatrice iialienae du xvi^ siècle.

2. Expression de M. Galli, architecte, conservateur de la basilique.

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DESCENDANTS ST SOUVENIRS DBS FAIDJTS ALBIGEOi?»

Au XV® siècle, les grandes races méridionales n'existent plus. Les dynasties antiques de Toulouse, de Carcassonne, de Foix, de Commenges, de Narbonne, et les maisons secondaires, mais illustres, de Perelha,de Rabat, d'Aniort, de Saissac, de Cab-Aret, de Maurand, de Castres, sont détruites. Plusieurs se survivent, abdiquent leur passé. Les Bélissen renoncent au nom de Mirepois. Oublieux de leur origine ibéro-gothique, et peut-être honteux de leur renommée cathare, ils se cherchent en Allemagne une origine incertaine et fabuleuse*. Les fils de la lune sacrifient leur glorieux écusson : le croissant et le poisson emblème du Christ. Ils prennent pour armes le bourdon et les coquilles des pèlerins : symboles de leur martyre. Par cet abaissement ils se relèvent ; ils rachètent leurs anciennes seigneuries, et, capitaines du roi, commandent .dans leurs châteaux confisqués de Roquefère, Gabrespine, Cat-Aret, devenus des forteresses royales. Alors seulement, après plus de trois cents ans de possession, les Lévis prennent le titre de marquis de Mirepois ; leurs cadets s'intitulent vicomtes de Lavelanet et seigneurs de Montségur. Ils ne

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