J'ai visité plusieurs fois Montségur
riant» un ami, jeune poète, antiquaire distingué, enthousiaste des sites, des souvenirs et des gloires de notre vieille terre romane. — Tu seras, lui répon- ^ dis-je, l'acolyte exigé par le Christ et parla discipline duParaclet. — Une femme oserait-elle vous accompagner? nous demanda discrètement une sœur inaperçue qui nous écoutait en silence. — • Une femme, répondîmes-nous, est de droit dans un pèlerinage au sanctuaire de la Pureté et de la Consolation^ et son devoir est de nous suivre au sépulcre de la patrie romane qui fit de ses châtelaines des reines des cours d'amour et des prêtresses du Paraclet. C'est ainsi qu'avant d'écrire le martyrologe des Albigeois, nous allâmes chercher Tinspiration hi&» torique sur leur montagne sainte» dans les nuées. Nous accomplîmes à notre insu ce pèlerinage au temps de la Manisola^ la fête du Consolateur, qui tombait vers l'équinoxe d'automne, solennité mélancolique où les populations méridionales se rendaient en foule sur le Thabor pyrénéen.
Nos apprêts furent faits dans la nuit, et, dès Taube du j,our, nous primes le phemin d Escosse* Nous refaisions en. sens inverse la route parcourue 400 ans auparavant par l'historien Fsoissard et la chevalier fispanh du Lion. Ils venaient de Pamiers, et nous allions vers cette ville, dont nous aperçûmes bientôt les clochers et les tours. Descendus des hauteurs abruptes du Gabalblanc, nous traver* sâmes l'Ariége dontles eaux singulièrement claires, rapides, murmurantes, mêlent la rumeur de leurs flots, qui embrassent son enceinte, au tumulte assourdissant des moulins et des fourneaux métal-
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largiques. Une ruelle tortueuse et montante nous conduisit au Castellar. Nous y entrâmes par une porte féodale, dernier vestige des fortifications abattues par Richelieu. Richelieu, ce dernier et ter* rible exécuteur des hautes œuvres de la monarchie, qui décapitait les villes comme les hommes, n'a pas laissé vestige du Castellar *. On y monte par une . magnifique allée en spirale de gigantes(|ïies marronniers d'Inde. Ils conduisent à une plateforme ombragée de massifs de xoses, de cytises et d'acacias. Ces bosquets occupent l'emplacement du château. Un cAne de verdure les domine, c'était le donjon. De ce point culminant, on découvre â ses pieds, déployée en éventail, du nord au midi» la ville aux toits confus, irréguliers, sombres, entremêlés de ruines de couvents, de clochers massifs, de lugubres cyprès : on dirait une ville espagnole. Sa vétusté gothique contraste étrangement avec la poétique beauté des ombrages du castellar. Ce lieu est charmant, dit notre compagne. Il est encore plus illustre, ajouta notre antiquaire. Il est parfiamé d'héroïsme et de mrartyre. Une mémoire gracieuse et funèbr^ habite ces bocages. C'est ici que se retira, dans son veuvage, la grande Esolarmonde de Foix, vicomtesse de Gimoez ; c'est ici qu'elle' adopta la vie parfaite des cathates , qu'elle enseigna la théologie johannite, qu'elle défia les docteurs, et les légats romains, et que sa victoire provoqua la croisade, dernier et tragique
1. C'est Jacques de LorJat, seigneur de Castagnàc, qui démolit le Castellar, par ordre du prince de Condé (16.^).
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argument de Rome. C'est ici qu'elle résolut la coqstraction de Montségur pour y recueillir le sacerdoce albigeois. C'est d'ici qu'elle partit devant la tempête, c'est ici qu'elle revint après la victoire, et qu'elle assista à la mort triomphante de son grand frère, le comte Ramon-Roger. C'est d'ici enfin qu'elle s'éloigna une dernière fois et pour toujours et qu'elle remonta pour s'évanouir sur les cimes du Thabor et dans les nuées. Le castellar et Montségur sont les deux trônes d'Esclarmonde.
Le castellar était le palais féodal des comtes : l'hôtel d'Esclarmonde, avec ses ouvroirs, ses écoles, 6es hospices, occupait tout le plateau culminant, et ses jardins descendaient sur l'escarpement méridional. La France s'empara de la montagne cathare. Le castellar reçut les deux parlements de Montfort et de Louis VIII. Les rois réunirent sur ce sommet tous les instruments de la conquête, la forteresse, ^l'évêché, l'inquisition, l'ordre dominicain, et la cathédrale, dont la tour, en signe de son origine capétieime, semble surmontée d'une couronne royale et légèrement fleurdeliséd. Une forte muraille, percée de trois portes à l'ouest, au nori et au levant, protégeait, de son hémicycle crénelé, ce Capitole de la croisade, contre les frémis-* seînents de la cité patriote, dénM)crate et albigeoise. L'inquisition mit plus de trois cents ans à dompter et à dévorer son indépendance vivaoe dont le calvinisme fut la dernière convulsion chevaleresque et populaire. JLe castellar albigeois renaquit protestant sous l'énergique baron d'Audou, châtelain de Montségur, et ne redevint catholique