ÉPILOGUE 4i
que sous la main sanglante de Richelieu* encore restîb-t-il janséniste sous l'évêque Caulet et les Dusson. Aujourd'hui il est plus que romain et Pamiers rappelle involontairement l'Espagne*. D'origine cenobitique, on dirait un monastère agrandi et sécularisé. De là, dans la plus riche plaine du monde, cet aspect claustral et triste à la noble cité déchue, et à sa population d'un si beau type,. d'un regard si intelligent, d'un langage si mélodieux, cet invincible instinct de séquestration et d'obscurité cellulaire. Les cloches mêmes y sont au cachot dans les airs. Partout ailleurs elles s'égaient dans des clochers découpés à jour et inondés de soleil. Ici elles sont incarcérées dans leurs massives et sombres tours. Elles gémissent comme des captives ou se démènent comme des possédées dans leurs ténébreux donjons, symboles des âmes aveugles jusque dans la lumière, esclaves jusque dans le ciel.
Dix heures sonnaient à l'horloge duMercadaL Nous nous levâmes de nos sièges de pierre ; nous admirâmes encore le splendide horizon, les cimes neigeuses d'Andorre d'où descend l'Ariége, les croupes brunes du Thabc»* où se dirigeaient nos pas, et derrière les collines du Lauragais, l'ombre de la Montagne-Noire vers l'orient. Puis après quelqties instants d'un muet ravissement, nous redescendions pour gagner la porte de l'Qlmet. L'étroit chemin tournant du château qui circule,»
1. N'est-ce pas à l'évoque de Pamiers que Pîe IX a naguère adressé le Syllabus, glorification de la th'éocratie et conséquemment de la croisade qui dévora le Midi?
sur la pente du sud, à travers les jardins d'Esclarmonde alors tout parfumés de pampres et de grenades, nous fut barré par le dieu des mouches et des ordures, Béelzébut. Son trône est sur la cime du donjon, car les bohèmes de la croisade n'ont trouvé rien de mieux que de transformer la montagne de pureté, 'd'héroïsme et de martyre, le diarmant historique et poétique* de Pamiers, en un stercoraire public.
Un véhicule nous attendait. Nous laissâmes à droite le Mas-Saint-Antonin, qui a remplacé l'abbaye première cause de la guerre, et le bourg des Allemands, garnison germanique, chargée de défendre les moines contre le patriotisme méridional. La route file au sud-est, droite, poudreuse, interminable, entre deux grands souvenirs historiques : à droite, le château de Foix, berceau des comtes, séjour de tout héroïsme chevaleresque, dérobé par les montagnes; â gauche, le monastère de Bolbone, sépulture de œs princes, et de la chevalerie pyrénéenne. La nécropole patriotique s'élevait in nemore botbonensi : elle offrait le refuge de ses tombes â toutes les cendres poursuivies par l'inquisition; ces proscrits de la mort reposaient â l'ombre et sous le murmure de la forêt funèbre. Ma-, zères était le village du couvent, et Montant S son château féodal qui, de son monticule, gardait le • bocage monastique. Les poules pulvérisent dans les tombes de Bolbone disparu, et les oiseaux de nuit habitent les trois tours phocéennes du donjon de
i. MoiiB-SaUas.