‹ Histoire des Albigeois (volume 5)Chapitre 3 sur 323 · Doat, XXII, XXIV · texte numérisé non relu

Doat, XXII, XXIV

10 * LES ALBIGEOIS ET LllfQUlSlTION

pour nourritare le pain de la dooleur, et pour breuvage Teau de la tribulation ; de façon que la mort seule te sache vivant dans ton sépulcre et que ton trépas lent et douloureux t'acquière la vie étemelle. Âmen ^ I » Amauld-Roger de Mirepois et Bérenger de Lavelanet, coupables du même crime, et frappés de la même condamnation» partagèrent sans doute, dans la mort comme dans la vie, le sort du seigneur de Montségur*

De la tour de Tlnquisition où fut prononcé le jugement, les trois chevaliers furent conduits, pour y subir leur peine, dans les basses-fosses de la Mura. Cette tour, récemment construite par le roi de France, recevait son nom sinistre de ce que les captifs jetés dans son souterrain y étaient miif^, comme dans un tombeau. Et c'était en effet un sépulcre de vivants. Une seule lucarne intérieure, étroite, profonde, et qui ne laissait même pas pénétrer un rayon] du jour, permettait au gardien de transmettre aux prisonniers le pain de h daukur et Feau de la tribulaiion. Encore oubliait-on souvent de leur donner cette nourriture insuffisante pour la vie et pour la mort. Alors les immurà expiraient dévorés par la faim, la vermine qui mangeait les vivants, les vers qui rongeaient les morts, les reptiles qui s'engendratônt dans ce cloaque, les miasmes impurs, et toutes les horreurs de cet enfer. Sans doute les trois chevaliers, déjà

i. Doat, t. XXVII : Goodamuation da moine Rioord. Cette formule parait un développement de celle-ci :

c Adeo ut ait illia vita aupplioium et mora aolatium. >

Loi d'ArcadiuB et dHonoriaa. Pand. Juatia. 8 vol. in-folio.

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yieux, n'attendirent pas longtemps la mort. La mort, qui setUe les savait vivante^ senle aussi les sut morts, et n'en révéla rien au monde. Leur trépas datait de leur descente dans ce sépulcre. La tour de la Mura n'existe plus , elle s'est é(»^ulée à une époque inconnue, sous le flot des larmes amères et des angoisses sans espoir qui rongeaient sa basê, et sous le poids des malédictions des proscrits pyrénéens accumulées sur sa cime comme un orage. Mais ses racines enfoncées dans l'escarpement du glacis occidental sont le tombeau des trois héros infortunés de Montségur *•

Après Ramon de Peretha, on condamna son fils Jordan, Bertrand son frère, Guiraudde Rabat, son gendre, et ses deux filles Alpais et Philippa. Après Amauld- Roger de Mirepoia, on condamna sa femme Gécilia, et sa fille Alpaïs, sa sœur Aladais de Massabrac, ses deux fils Alzeu et Othon, leur sœur Fais, et son mari, Guilhem de Planha. Après Bérenger de Lavelanet, on condamna le petit Olivier son fils, ses filles Bernarda et Lombarda, son gendre Imbert de Salas, et son écuyer Guilhem Bonan de Lavelanet. Puis encore Oalhard del Congost, Pierre de Léra, les Gavarret, les Arvigna, chevaliers, écuyers, serviteurs, compagnons de Ramon de Perelha,- ce patriarche de la captivité comme naguère du désert cathare de Montségur. Les condamnations varièrent évidemment selon l'âge, le sexe, la condition, la culpabilité» la renommée redoutable des fsd* dits. On dut frapper sévèrement les meurtriers des

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