‹ Histoire des Albigeois (volume 5)Chapitre 2 sur 323 · M. Gros-Malrdvittlle. Du Mège · texte numérisé non relu

M. Gros-Malrdvittlle. Du Mège

8 LBS ALBIGEOIS BT L'INQUISITION

Ferher, et Durand, dominicains, firent l'office d'inquisiteurs. Le sénéchal, et les descendants des croisés, les sires de Lévis, de Chalabre, de Limous, assistaient à ces jugements, et leurs hommes d'armes gardaient les abords de la tour de l'Inquisition, contre le frémissement éventuel de la Cité. Les deux dominicains procédèrent à l'interrogatoire avec cet art savant, profondément subtil, ces formes graves, impassibles, froidement implacables de la procédure romaine. On sent en parcourant ces réquisitoires lugubres que la science des juges de Tibère s'est transmise tout entière aux disciples de Dominique^. Aussi bien l'inquisition n'est qu'une vieille armure de Rome impériale refourbie par Rome théocratique.

Ce sacrifice humain commença par un enfant. Le 10 des calendes d'avril, comparut un enfant de dix ans, Amauld Olivier, fils de Bérenger de Lavelanet. Le 15, Philippe de Perelha, épouse de P. Roger de Mirepois, Aladaïs de Massabrac, et sa fille Fais de Planha.

Le 2 des calendes de mai, fut appelé Ramon de Perelha, le vieux chef des faidits pyrénéens. Requis de dire la vérité sur lui-mêine et sur autrui, sur les vivants et sur les morts, il répondit : Dès mon enfance j'ai fréquenté Guilhabert de Castros. J'ai assisté aux prédications de Guilhabert et des autres ministres cathares, soit à Faujaus, soit à

1. Cette science traditionnelle se retrouve chez les inquisiteurs du xvi« siècle. Voyez : Inquisitionis Hispanicœ arUs.,. A ReginMo Gonsalvio Mantano (1567).

Mirepois. C'est de mon consentement qu'ils ont tenu leurs hospices à Lavelanet. G*est pour les recueillir que j'ai fait reconstruire Montségur. J'y ai rassemblé des vivres, des armes, des machines de guerre. À lombre de nos lances, ils y ont fait leurs ordinations sur la montagne. Moi» ma femme» mes enfants, mes parents, mes compa^ gnons, nous les avons adorés. Mous avons cru être sauvés dans leur foi. J'ai mangé de leur pain, mais je n'ai pas reçu le consolament. Ainsi parla Ramon de Perelha. Le 1 0 des calendes de mai Arnauld- Roger de Mirepois fut interrogé, et le 1 1 , Bérenger de Lavelanet : Tun et l'autre imitèrent la noble et mâle fermeté du seigneur de Montségur^. Leurs compagnons jusqu'aux plus simples serviteurs, jusqu'aux plus petits enfants se montrèrent dignes de ces nobles vieillards. L'interrogatoire se prolongea pendant trois mois : ce n'est que vers la Saint-Jean que la sentence fut prononcée ; en voici la terrible formule. L'archevêque de Narbonne, aprèsla récapitulation générale du procès, s'adressant au chef des captifs : « En conséquence de ces choses, dit-il, toi Ramon de Perelha, jadis chevalier, jadis seigneur de Montségur, tu es condamné comme fauteur et protecteur des hérétiques, des faidits, ennemis de la sainte Église romaine, notre mère, et du roi de France, notre seigneur, à être immuré à perpétuité dans les basses-fosses de cette cité de Carcassonne ; tu y pleureras perpétuellement ton crime, et tu y recevras patiemment,

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