‹ Histoire des Albigeois (volume 5)Chapitre 304 sur 323 · Les Dominicains. Les nuages · texte numérisé non relu

Les Dominicains. Les nuages

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claire ; vous n'aurez point d'orage I » Nous prîmes un guide, et après quelques heures de repos, nous montâmes aux ruines. Quelques jeunes pâtres eussent Youlu nous mener aux fameux Gourgs du Thabor (Gurgites), urnes sauyages de l'Ers. L'instituteur assura que lorsqu'on y jetait des pierres, il en sortait des orages et des tonnerres. Nous n'étions pas venus, cette fois, pour consulter les gouffres de la nature, mais pour interroger les gouffres de l'histoire, et leurs lacs de larmes et de sang.

La forteresse albigeoise se voit à peine du hameau ; elle se présente latéralement sur son sommet : on dirait d'en bas une petite ruine cyclopéenne. Nous remontions le col d où nous étions descendus le matin; nous repassâmes devant les ruches de nos murmurantes amies, les abeilles du cimetière et devant la tombe de Ferrocas. Qui était ce Ferrocas (Ferre-chiens)? Un vieillard sceptique, nous dit notre guide, un philosophe des bois. On ne le voyait jamais à la messe, jamais au confessionnal. Il prétendait que la religion du prêtre était autre que la religion du Christ, et que la religion de Dieu. Le curé l'admonesta plusieurs fois; il le dénonça publiquement du haut de la chaire ; il le menaça de l'enfer. Rien ne put ébranler le vieillard. Il ne voulut pas voir de prêtre à son lit de mort. Le curé résolut de faire un grand exemple, et défendit qu'on portât son corps à l'Église ni au cimetière. Il le fit enterrer sur la voie publique comme un chien. On lui creusa sa fosse ici sous une grande aubépine. Ce fut son monument funèbre. —

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Nous donnâmes en passant un soupir à ce pauvre Lazare de Montségur *.

Après que notre guide nous eut raconté ce petit épisode inquLsitorial, nous Tinterrogeàmes sur les origines de la forteresse. « Voyez- vous, nous ditil, cette montagne que le col sépare de la monta* gne du château? On l'appelle Tittrf de rEspagnof. Eh bien, ajouta-t-il sans sourciller, les maçons se tendaient d'une cime à l'autre la truelle et le marteau.» La distance est au moins de deux kilomètres à vol d'oiseau. Telle est la stature que la légende suppose à ces prodigieux constructeurs qui font ressouvenir de Babel. Mais, qu'est-ce que ce géant espagnol qui pétrissait le ciment et taillait les blocs, et de son chantier les lançait aux ouvriers qui bâtissaient sur le plateau de Montségur T Ne serait-ce pas une personnification de la race ibère, quelque Géryon cantabre qui de cette cime avancée défendait contre les invasions de l'Hercule gaulois, les pommes merveilleuses des Hespérides, c'est-à-dire l'Espagne elle-même qui a la forme d'une grenade, à récorce de marbre et aux pépins d'or ?

Laissons les géants de la Fable et passons aux géants de l'histoire. Les Romains ont donnéson nom à Montségur. Et pour qu'il justifiât ce nom significatif, ils durent construire sur cette cime un Castellum^ avant-poste militaire destiné à maintenir la

1. C'était sous les Bourbons. Ce curé fut tué par son cheval. Son successeur fit couper Taubépine pour mettre à sa place une grande croix de fer, sur son piédestal de pierre, qui marque aujourd'hui la tombe de Ferrocas.

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