‹ Histoire des Albigeois (volume 5)Chapitre 310 sur 323 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

de ces ruines, et s'enfuient de ce repaire deTinquisition, comme des chasseurs de la caverne du tigre. Les murs en sont crépis à l'intérieur d'un ciment qui n'est probablement que du plâtre rose que le . temps a durci comme le granit. La teinte en est encore vive dans le donjon, mais délavée parles pluies dans la grande salle. De cette dernière pièce où nous sommes redescendus, une seconde porte extérieure, qui ne correspond pas à la porte principale et plus petite de moitié, s'ouvre à l'est sur les derrières dit château. Le rocher y forme comme un balcon inégal, raboteux, hérissé de grandes herbes, et bordé de broussailles qui se balancent sur l'escarpement abrupt, immense, vertigineux. Le vertige, en effet, me saisit; je me sentis chanceler comme un homme ivre, et me rejetant en arrière d'effroi, je m'assis tout tremblant et ébloui. Je fus quelques instants sans pouvoir ramener mes regards vers cet escarpement qui forme de ce côté le fossé du château : effroyable fossé, tranchée de géants, justement nommée l'Abés (Abyssus). Du fonds de ce val, un contre-fort de rocher monte jusqu'au sommet comme pour étayer le plateau incliné qui suspend la forteresse sur YAhyme. Ce contre-fort^ fléchissant, dirait-on, sous le poids, s'est brisé à mi-hauteur, et sa déchirure forme un éperon aigu où le pâtre s'est tracé un sentier pour descendre dans le ravin (Vallum, Bautium). Ce passage s'appelle le Pas de Christolet.Ge mot est évidemment d'origine grecque, soit que le pieux johannite descendant du manoir ne manquât jamais, arrivé là, d'invoquer son Christ, en murmurant quelque an-'

4i4 LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION

tique formule qui aurait laissé ce nom liturgique à ce roc [d'épouvante (Christé, eleison, ololal), soit que ce pilier colossal ait seul gardé un nom donné primitivement à la montagne tout entière, lorsque les évoques, prenant possession de ce Sinaï, dirai-je, ou de ce Gol gotha du catharisme, le consacrèrent solennellement au Christ vainqueur, destructeur du péché, exterminateur des ténèbres, de Satan (Christos oloéis).

Le sacerdoce albigeois sortit par la porte de Test et se répandit sur la montagne Vers les. cabanes isolées sous les grands hêtres et les vieux chênes de la forêt. Le château se referma derrière les proscrits, et ils se trouvèrent recueillis, comme dans un île de roc escarpée, inaccessible, aérienne. Assis au-dessus des nuées, adossé à un immense abîme, flanqué d'abrupts escarpements, entouré de ravins dont la profondeur varie de cinq cents à mille mètres, uniquement accessible par le talus presque vertical du sud-ouest barré par sa masse crénelée et battu par ses balistes, Montségur pouvait se croire inexpugnable à tout ennemi qui n'accourrait pas sur les vents, commelafaimet la mort. Cependant, à la défense naturelle des précipices, on avait cru ajouter quelques travaux d'art ; on avait évidemment clos le balcon oriental d'une porte, et accru, en déchirant le rocher, l'escarpement du mur méridional. Puis, deux kilomètres plus bas, on avait, à l'extrémité de la montagne, placé, comme une vedette, une tour, dont on voit encore les restes, chargée de garder la gorge de l'Ers. Enfin, on avait posé en avant de la façade

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