‹ Histoire des Albigeois (volume 5)Chapitre 313 sur 323 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

se fonda sur les bords de la Noguéra, derrière les Pyrénées. Après la bataille de Muret, qui mit à ses pieds tout le Midi, Montfort vint en personne assiéger Montségur qui le bravait insolemment dans les nuées. Le terrible chef de la croisade fut vaincu comme son lieutenant, et le comte de Foix put affirmer, au concile de Latran, que M6ntségur, inexpugnable dans le ciel, défiait le Vatican. Quelques mois après, de Montségur et de Castelbon, les deux champs d'asile pyrénéens, les princes proscrits descendirent impétueusement, reprirent Toulouse, tuèrent Montfort, chassèrent les croisés et ramenèrent les exilés dans leurs châteaux. Le sacerdoce albigeois quitta Montségur et, se mêlant pacifiquement aux batailles, contribua beaucoup à la délivrance et au triomphe du Midi. Mais le roi de France, héritier des Montfort, mit sa griife de lion sur les terres romanes épuisées par vingt ans de guerre, et la conquête fut irrémédiablement fixée par le traité de Paris. L'inquisition dévora les restes échappés à la croisade. Le sacerdoce cathare, à la tête des fugitifs, expulsés de nouveau de leurs manoirs, regagna une seconde fois l'asile de Montségur. Les chevaliers proscrits guerroyèrent encore près de quinze ans contre le roi de France et le pape de Rome ; ils massacrèrent les inquisiteurs à Avignonet et secondèrent l'attaque de Garcassonne par le jeune vicomte revenu d'Espagne. Le comte de Toulouse, par ordre de son vainqueur, vint faire le blocus de Montségur. Puis, le sénéchal de Garcassonne, le maréchal de Mirepois et l'archevêque de Narbonne montèrent contre la forteresse cathare

UD LESIALBIGEOtS ˥ L'INQUISITION

et'la prirent dans la âetnailie deâ Rameaux (1244), trente-cinq ans après la preniîète hégire du sacerdoce johannite sur les cimes du Thabor. Montséguf tut démantelé, ses chevaliers mis aux fei*à, ses évoques [brûlés daUë Un bùchét* colossal, et ses tnortii exhUWés et jetés àUï chiens et aui VautouM. L'Ittquisltionn'est peut-être jamais môUtée à Montsé-gur, mais il est certain que les chasseurs du ôomte [Guilhelmuê et Èeniardus vetiator^) sont Venus de LaVélanet, àtec leurs meutes, traquer la proie humaine, le gibier cathare, et Capturer les pèlerins qui venaient pleurer sur les ruines du sanctuaire pyrénéen. % — t^endant que j'ébauchais à grands traits l'histoire de Montségur, une couple de vautours sortit de la forêt de Bélestar, traversa l'Ers au-dessus de la barbacane du sud, et remontant vers le château, plana sur nous et sur les ruines, décrivant de largeâ cercles menaçants, et poussant des glapissements sinistres. Leurs ailes noires, leur Ventre blanc, leur Col nu, leur crâne chauve, leur front aplati, leur bec recourbé, leur mine basse et féroce, noua rappelèrent des inquisiteurs dominicains. On eût dit les génies farouches de ces moines de proie et de sépulcre. Puis ils se perdirent, au * couchant, vers le Montferrier, où probablement était leur nid, car le soir approchait et le soleil descendait^ lentement derrière les gouffTes fatidiques du Thabor, ces vieilles piscines héliaques.

Nous nous levâmes, et, revenus sur le balcon oriental, nous cherchâmes longtemps du regard si le mur ne conservait pas encore quelque trace d'escalade, quelque stigmate de l'attaque nocturne

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qui fit succombet la forteresse romane. Noas n'en découvrîmes pas, mais nous reconnûmes que la moitié supérieure des murailles était d'une pierre dont la teinte jaune contrastait avec la couleur plombée des fondements. Nous en conclûmes que le château démoli jusqu'à mi*corps dans la fougue et le tumulte de l'attaque fut reconstruit par leË vainqueurs tranquillement campés sur ce sommet pyrénéen d'oà ils dominaient le pays d'Olmès* Nous Remarquâmes les coulisses des barre* qui fermaient la nuit la petite porte orientale. C'est à ces barres transversales que, la veille de la reddi*tîon, furent nouées des cordes dont on lança le rouleau dans l'Abèâ, et le long desquelles s'aventu* rèrent intrépidement dans les ténèbres quatre cathares chargés par les évêques de sauver le trésor caché dans la forêt de Serrelongue et de le porter dans la grotte d'Ornoîac, puis au château de So, voisin de Quérigut, avec l'adieu des défenseurs infortunés de Montségur. C'est dans cette grande Balle sombre que les martyrs, de toute part enveloppés par Tennemi, se préparèrent à la consommation de leur sacrifice. Les chevaliers blessés, et s'appuyant sur leurs arcs rompus, tombèrent à genoux aux pieds des évêques implorant le suprême ctmsolament. Ils se firent mutuellement quelques dons funèbres, échangèrent de mélancbliques souvenirs, se rendirent le baiser du trépas, reçurent une dernière fois la bénédiction des martyrs, et consolés se relevèrent prêts pour la mort et le ciel. Enfin, c'est par la grande porte du sud-ouest que Ramon de Pérelle, campé depuis trente^inq

kb% LES ALBIGEOIS ET L'INQUISITION

ans sur cette Roche, en sortit pour la dernière fois. Il descendit tel qu'un roi sacerdotal, escorté du patriarche En-Marti, d'Agulher et-d'autres ëvêques, d'environ deux cents diacres et diaconesses, et d'une centaine de chevaliers, servants d'armes ou serviteurs de sa maison. Nous suivions religieusement de cœur le lugubre cortège ondulant jusqu'au pied de la montagne du château. Là, on enchaîna le vieux chevalier et ses compagnons, et tous les laïques réservés aux oubliettes de Carcassonne. C'est là qu'il embrassa sa femme Corba, sa fille Esclarmonde, les évêques» les ministres, les parfaits destinés à la mort. C'est là qu'eurent lieu les derniers adieux, les suprêmes larmes, et le véritable martyre de Tâme. La gorge du Tremblement fut leur Gethsénmné. Mais où donc fut allumé le feu 7 Le sol n'est ni assez nivelé, ni assez spacieux pour ce bûcher gigantesque. Évidemment on contourna la base de la montagne et l'on descendit s^r le versant septentrional. Là, la chaîne de Serrelongue se courbe en amphithéâtre autour d'une esplanade qui domine le ravin de l'Abès sous la façade orientale du château. C'est là que Marti et Agulher, et leurs deux cents compagnons, furent parqués : ils attendirent qu'on eût coupé des ifs, des buis, dea sapins sur les rochers : ils virent ces arbres résineux s'amoEceler en pyramide. Dès qu'elle fut terminée, la flamme étincela, et on les somma d'obéir au roi de France et au pape de Rome. Pour toute réponse, ils s'élancèrent dans ce brasier immense, martyrs volontaires de l'Église cathare et de la patrie romane»

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