‹ Histoire des Albigeois (volume 5)Chapitre 315 sur 323 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Le catharisme a disparu comme Église. Mais il existe encore comme doctrine hétérodoxe, comme philosophie religieuse, comme poésie sentimentale dans le monde laïque. Les questions colossales qu'il remuait, Dieu, l'univers, la création, la chute, le salut par le Christ, l'éternité des peines, la conversion de Satan, l'extinction de l'enfer, le purgatoire sidéral, la migration des âmes d'astre en astre, sont encore et seront éternellement pendantes. Les solutions orthodoxes, les plus sages sans doute, mais les plus vulgaires, sont bien loin d'avoir obtenu l'assentiment unanime de l'esprit humain. Cette hétérodoxie religieuse et transcendantale a même en sa faveur les plus nobles intelligences ^ Ces débris jonchent le sol, comme les ruines de Balbeck au désert, et semblent attendre un autre Origène pour rétablir les Principes éternels, un autre Augustin, pour reconstruire plus vaste et plus splendide la Cité de Dieu. C'est un fouillis de perles et de saphirs d'Orient.

Mais c'est dans les chants des poètes que reparaissent surtout les débris épars du christianisme johannite '. Le poëte ou la lyre cathare par excellence de notre époque, c'est Lamartine. Roman d'origine ^, comme son nom l'indique, et pla-

1. Lamennais : Eêquiue dune philosophie^ Paroles d'un croyant, XXVI. — Jean Reynaud, Terre et Ciel. — M. Flammarion, Pluralité des mondes.

2. M. Victor Hugo, la Bouche d Ombre. — Vigny, Eloa. — Soumet, la Divine Épopée.

3. Prat de la Martine est un nom du Lauragais; c'est le même que celui du patriarche albigeois brûlé à Montségur.

461 LES ALBIGEOIS Et LlNQUISITlON

tonîcîen de génie, comme âon œuvre le révèle, ce poète alexandrin ne vît que de végétaux, ne chante que raine, n'admet que la chute et la douleur, et ne âemblé reconnaître du mal que la captivité de l'esprit dans la matière son tombeau : système d'ûil ineffable charme et d'une intime et pénétrante mélancolie qu'il met dans la bpiiôhe légèrement ironique de Socrâte qui ûe connaissait pas cette théologie lUystîqUe deTOrient. Son poème est une sorte d'évangile platonicien scandé en strophes par le moderne Phocylide qui transforme le sage Athétliôn mourant en prophète précurseur du Christ: Lamartine et Fénelon sont deui fruits tardifs et merveilleux de l'arbre antique d'Oliva.

L'Aquitaine abandonne sa langue, mais portant son génie dans la langue française il en résulte un idiome nouveau, plus vif, plus nerveux, plus éclatant, à la fois plus oratoire et plus poétique, et une famille d'écrivains immortels : Montluc, d'Aubigné, Montaigne, François de Sales, Pascal, Fénelon, Montesquieu, J.-J. Rousseau*, de Maistre, Napoléon conquérant et législateur, aussi grand par la plume que par Tépée,* et qui dans sa correspondance, monument incomparable, se montre parfois l'Homère en même temps que l* Achille et 1* Alexandre de son épopée impériale.

Les exilés de Montségur ont marché pendant six cents ans. Us arrivent maintenant au rendez* vous

i. Rousseau est né à Genève, mais sou génie s^est formé en Savoie. Or, la Savoie, c'est l'Aquitaine. Aquitania est la traduction de Sabaudia. Rousseau d'aiUeurs est l'élève de Montaigne et de Montesquieu.

Page 1