Dom Vaissette, VI, 1. 2C, add. p
congrégation primitive des Consolateurs ? Après la ruine de Montségur, les Amis de Dieu, dispersés aux quatre vents , se rapprochèrent du Thabor comme des aiglons et des colombes re volent plaintivement autour de leur nid dévasté. Les évêques et les diacres échappés revinrent au pays d'Olmès, leur vallée sainte, et se réunirent en synode au village de Saint-Saturnin (Saint-Cernin) sur les terres du comte de Foix. Ils voulurent élire le successeur du patriarche Bertran d'En Marti sur le sol arrosé du sang, des larmes et des cendres des martyrs du Thabor. Le sixième évêque de Toulouse fut Vivian, dont nous ignorons l'origine, mais probablement du comté de Foix*. Le comte Roger, leur ancien patron, semble encore les tolérer tacitement. Mais leur constante protectrice, c'est, à n'en point douter, la tante de ce prince, Esclarmonde, vicomtesse d'Alion, et le séjour du sacerdoce fut alors Montalion, ou plutôt Quérigut, dans la Cerdagne. Autour de ce patriarche inconnu se groupèrent Amiel Aicart, Peytavi, Calaméra, les échappés de Montségur. Quérigut est assis à la bifurcation des Pyrénées orientales, dont la branche méridionale se dirige vers Perpignan parle Canigou, et le rameau septentrional court par le Bugarach vers Narbonne. Les Albigeois suivirent la cordillère du Bugarach, et s'emparèrent du château de Quéribus , dans la vicomte de Fénolhèdes. Quéribus, recueillant les débris cathares du Carcassez , du Narbonnais et du Roussillon, fut, un instanti comme un
1, Doat.
diminutif et une ombre de Montségur. Ils s'y réunirent en synode, y firent de nouvelles ordinations, et probablement y proclamèrent le sixième évêqûe de Toulouse. Us s'y maintinrent environ dix ans; mais, après le retour du roi de la Terre sainte, Pierre d'Auteuil, sénéchal de Carcassonne, les expulsa de ce donjon (août 1255), et leur nouveau patriarche, harcelé de toutes parts, transporta le siège de son sacerdoce au delà des Alpes ^
Dans les premiers temps, les Johannites de Quéribus eurent pour défenseurs, le vicomte dépossédé de FénouïUèdes, Olivier de Termes, et ses deux beaux-frères, Ramon de Ménerbe et Ramon de Serrelongue. Mais ces grands faidits des Corbières ayant fait leur paix avec le roi, il ne resta aux Amis de Dieu que la protection d'obscurs chefs de bandes des forêts. Ces proscrits formaient comme une chevalerie du désert. Toujours à cheval, munis d'arcs ou d'arbalètes, armés d'épées, de lances, de faux ou de poignards, ils faisaient la garde autour des donjons ou des cavernes cathares, ou, la nuit à travers les bois, escortaient, comme des chiens fidèles, les Hommes de Dieu. Nous connaissons plusieurs de ces chefs plébéiens. Depuis la soumission de Bernard et d'Olivier de Penne, les insurgés de la Grésigne et de l'Aveyron paraissent avoir à leur tête, un Ramondin terrible, si Ton en juge par «on surnom sauvage, Bouche-de-Loup. Ses com* pagnons n'avaient pas de sobriquets plus rassurants : on les appelait Mornat, Amblard et Maie-