Fauriel, Hist. de la poésie provençale , III
LIVRB DIXIBME (7
plus que le dialecte incorrect des pâtres et des bouviers. Sa voix qui, par la musique et la poésie, ravissait le monde, deviendra rustique et ne se mêlera plus qu'au mugissement des troupeaux. Reine et prêtresse de l'esprit elle est condamnée au servage de la matière. Quel est son crime? Elle a voulu répandre la lumière, divulguer les choses du ciel, révéler lés mystères de Dieu. Le comte Ramon se rendit deux fois à Lyon; il figura dans cette cour romaine, et aux solennités du concile, comme uu des grands vassaux réconciliés du Saint-Siège. L'aveugle et malheureux prince assista à l'excommunication de l'empereur, son bienfaiteur et son suzerain, et sollicita de conduire les limiers de l'inquisition, et les chasses aux cathares contre ses sujets et ses défenseurs *.
Déchaînés parle Pontife et le concile, les inquisiteurs reprennent avec fureur leur œuvre d'extermination. Ils sortent de Toulouse, de Carcassonne, d'Albi. Ils parcourent TAlbigeois; le Lauragais, le Oarcassez. Ils vont de bourg en bourg. Ils dressent :iur la place centrale leur terrible tribunal. Et d'abord apparaît le prêtre de la paroisse. Il est l'accusateur légal, le dénonciateur officiel. Il a dressé la liste de proscription : il la remet aux juges, et les juges chargent de son exécution le héraut de l'inquisition. Autour du tribunal errent, eu attendant, les non cités ^ les espions, les délateurs, la meute des traîtres au regard perçant, au flair subtil, et les piqueurs qui savent les pistes, les