‹ Histoire des Albigeois (volume 5)Chapitre 91 sur 323 · Dom Vaissette, t. VI, p · texte numérisé non relu

Dom Vaissette, t. VI, p

firent construire une multitude de Villas-Francas, ou Françaises, de Villes-Neuves, de Châteaux-Neufs, et de Bastides ou postes fortifiés. Us emprisonnaiont l'insurrection cathare, comme un lion blessé, dans des lignes continues de camps rustiques pour Tacheyer dans son dernier repaire.

Montségur en ruines continuait d^étre un sanctuaire mystérieux et vénéré. Le sire de Lévis, campé dans son donjon, l'entoura . d'un demi-cercle de fortifications, se déroulant à l'ouest, au nord et à l'est, Mont-Ferrier, Villeneuve-d'Olmès, Lavelanet, La Roca, Castillon, la Bastide, Belestar et Barrinau. La montagne complétait le blocus au sud. Le cours de l'Ers et la plaine de Mirepois étaient contenus par les Bastides du Peyrat, de Boussignac, de Lordat, le château de la Garde, le bourg des Allemands, campement de Teutons venus au secours de Montfort, sans compter le hameau fortifié de Saint-Félix, surnommé de Tourne-Guette, parce que la vedette royale circulait toujours autour de ses murs. Le donjon de Lévis et la ville de Mire* pois occupaient le centre de ce réseau fortifié qui se reliait â l'ouest aux châteaux de Mazères, de Saverdun et de Pamiers appartenant au comte de Foix. Le comte Roger imitait le comte Alphonse et le roi Louis. La vallée de TArize était gardée, vers sa source, par la Bastide de Séro ou de la Montagne, et vers son embouchure, par la Bastide de Bes- Plas, ou des belles plaines. C'étaient les avantpostes de l'Abbaye du Mas-d'Âzil. La vallée de la Lèze, encore aujourd'hui plaine de Crouzets^ était surveillée par la grande abbaye de Lezat, et la com-

manderie de Templiers de la Nougarède. Ces bastides, ces châteaux de la Garde et de la Oardelle, ces Villes Pratiques^ disséminées dans le pays de Foix, le Lauragais, l'Albigeois, le Toulousain^ le Rouergue, servent encore à reconstruire la géographie cathare « et signalent les cantons où se maintint le plus longtemps l'insurrection des faidits.

Le comte Alphonse fonda deux villes-franques. L'une au centre du Lauragais, l'autre dans la vallée de rAveyron en Rouergue. Villefranque de Lauragais était destinée à contenir ces anciens chefs4ieux du catharisme, Lauraci Fanjaus, le Mas-Saintes-Puelles, Avignonet, Montesquieu, Castelnaudari, Lavaur. Sa destination est encore parfaitement démontrée par son vieux clocher de briques, plat, à six baies ogivales superposées trois et trois, et flanqué de deux tours rondes et percées d'archères. Dans la noi/eval/^^ de TAveyron où pourtant il avait vingt châteaux superbes, Alphonse fît jeter les fondements de Villefranque de Rouergue. Mais cette forteresse était braquée moins contre les populations cathares des environs, que contre les évoques turbulents d'Albi et de Rhodez.

Vivien, évêque de Rhodez, troublait surtout le sommeil d'Alphonse. Gui de Sévérac nous a tracé le portrait de ce prélat; il l'a fait en langue française. Gui est le premier baron roman qui ait abandonné l'énergique et sonore dialecte de l'Aveyron pour l'aigre jargon de Paris. « Je , Guis, sire de Sévérac, fais saver à vos, sire, coms iie Poitou et de Tolose, que Veviens évêque de

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Rodeis grève vos chevaliers et vos hommes de Teveschié de Rodeis, en moût de manières*. » Et il déroule le chapelet des crimes du terrible évoque. Il le peint comme un chef de malandrins en* touré de larrons, de meurtriers et d'incendiaires. 11 n'est pas invraisemblable que ces compagnons de révêque, Pierre de Vislosas, Guillem d'Anglàrs (Anglars est la Roche de Saint-Antonin), les deux Sarget ne soient un reste du camp de la Gresigne, devenus brigands, et passés au service de Vivien, pour marauder aux dépens du roi de France, comme Rouche-de-Loup. L'évêque ne détestait pas les hérétiques. Il s'entendait tacitement avec les Albigeois. Au lieu de les brûler, il les recevait à rançon, et s'en faisait des faidits. A leur mort, il les inhumait en Terre sainte. Il avait, de tous ces rachats, tiré plus de 50,000 sols; et pour accroître son trésor il laissait l'hérésie se multiplier dans la Rouergue, Vivien guerroyait ouvertement contre le comte Alphonse *. Dès qu'il sut que le prince capétien faisait construire , pour contenir le» insurgés, Villefiranche de Rouergue, l'évêque maudit le terrain, excommunia les hommes qui en jetaient les fondements, et effraya les premiers colons dispersés par l'anathème. Un vague instinct

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2 L'évoque, Tabbô de Gon((ues, le fils du vicomte de Rhodez, et les ûls de Déodat de Canillac, frère de Gui de Se. vérac, ravagèrent les terres du Comte. Pour cette chevauchée, Tabbé dut payer 200 livres, et les chevaliers 4C0. L'évoque échappa, mais il eut à compter avec le roi, son suzerain.

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de patriotisme semble parfois reluire sous l'âpre turbulence de ses évêques dont la résistance n'est au fond que la queue convulsive de la croisade qui cherctie à se dérober à la puissante main du roi de France. 11 est curieux de voir un évêque catholique devenu chef de faidits albigeois*. Cette malédiction de Villefranche n'est que la reproduction insolente d'une scène sublime qui devait se renouveler fréquemment, lorsque à la construction de ces nombreuses bastides dont Alphonse et saint Louis emprisonnaient le Midi, un évoque albigeois sortait des foi'ets, du fond des cavernes ignorées, et lançant l'anathème sur ces pierres, sur ces hommes, sur cette forteresse d'oppression, s'écriait : Malheurt malheur t comme ce prophète qui, aux jours de Jéroboam, appela le feu du ciel sur l'autel du taureau d*or. Mais la voix des amis de Dieu qui naguère commandait aux éléments ne disposait plus de la foudre. Il est probable que le comte Alphonse répondit à Gui de Sévérac, et que le roi vengea les injures de son frère, et ses propres griefs sur le magot hérétique de l'évoque Vivien, Villefranche de Rouergue, avec ses ruelles droites, longues, en éventail, convergeant toutes vers l'Église centrale, et son large clocher, porté sur. de hautes arcades ogivales qui en forment le porche obscur , vaste tour massive , hexagonale, percée d'archères et toute semblable à une forteresse ; Villefranche, sur la rive gauche de l'Aveyron qui remplissait son fossé circulaire, dans son gracieux

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