Ibid, Benedlcite, Pater l — Deus vos benedicat
LES ALBIGEOIS ET LINQUL^ITIO.V
ait dans la roche où il vivait comme un Esprit; et le peuple par l'étroit vestibule regagnait la bouche de la caverne. Les torches s'éteignaient, et toute cette foule s'évanouissait dans l'ombre avant que l'aube blanchît les cimes de Tarascon. Certainement, ce vieil évêque, ce chevalier et ces pâtres qui, lorsque la terre était muette de terreur, s'enfonçaient dans ses entrailles pour confesser que la parole était la lumière et la vie du monde, sont les martyrs du genre humain. IJïous verrons bientôt qu'une catastrophe mystérieuse fit de la grotte d'Ornolac une immense nécropole.
Pendant que le catharisme expirait dans les antres des montagnes, la papauté montait sanglante sur les nuées du ciel. Mais elle n'a sauvé son trône olympien, que par les plus tragiques efforts, et par le farouche génie d'Innocent IV, son Sylla sacerdotal. Elle a écrasé la maison de Souabe, dévoré la dynastie de Toulouse, exterminé les Albigeois, terrorisé l'Occident. Dans l'ivresse de son triomphe, pour justifier ses barbaries, et fausser la conscience do l'avenir, elle veut s'arroger l'infaillibilité, et poser au sommet de sa hiérarchie un pontife-Dieu. On produisit des titres apocryphes; l'impudent faussaire prétendit maladroitement les avoir reçus des Grecs; quelle apparence qu'ils fussent émanés du peuple le plus aatithéocratique de lunivers? Cette fiction vint au jour sous Clément IV, et fut tout d'abord patronnée par Thomas d'Aquin. Elle sortait évidemment de l'ofiicine dominicaine dont ce docteur était l'oracle. Or, c'est cet œuf de couleuvre amoureusement couvé pendant six cents
ans que nous voyons éolore de nos jours ; c'est ce mensonge qui va se transfigurer en dogme au concile du Vatican * .
1. Le P. Gratry, Deuxiètne lettre à l'archevêque de MalineSj p. 4 et 26. L'abbé Gratry compte deux grandes impostures romaines. La première est celle des fausses décrétales; (ix* siècle) la seconde est celle de Vinfaillibilité (xiii* siècle). C'est cette dernière que Lacordaire appelait la plus grande insolence qui se soit encore autorisée du nom de Jèsus-Christ. (Testament du Père Lacordaire, publié par le comte de Montalembert.)
AMALRIC II