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CHAPITRE IV

Apparition de Nicétas et de Valdo. — Besoin d'une réformation. — Mœurs de rA<juitaine.*— Troubadours, chevaliers, bourgeois, prêtres. — LanoUeaae puse à TÉglise du Paraclet.

C'est en 1 167, Tannée même du bùcluT de Vezelai et du meurtre de Béziers, qu'apparaissent simultaoémenl Nicétas et VMo comme deux consolatours envoyés de Dien. Le barde des Alpes et l'épiscope des Balkans 'se rencontrèrent-ils? C'est probable, mais rien ne l'indiqae. Il est à croire qae Nicétas fat curieux de voir à son passage les colonies évangéliques des Vaudois. Il pat retrouver Valdo sar les bords da Rhône; et malgré leur dissentiment radical, ils devaient s'unir contre Rome. Que vit-il dans les vallées du Vésulus? Des clans agrestes et, comme des tribus hébraïques obéissant à la Bible. Et dans Valdo? Une sorte de sage alpestre, untils de Sirachde l'Occident. Nicétas descendit par les sources de la Drôme et de la Durance. L'épiscope platonicien dat étr& ômeryeUlé de cet Eden de la Provence, car Platon en était le Christ. Le Grec dut être enchanté de cette civilisation presque hellénique, il en admira les élé*

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gances chevaleresques; jmais ces grâces môme mêlées d'ombres et de souillures nécessitaient une réformation.

Nicétas y retrouva des mœurs homériques et des poètes qui rappelaient les aèdes de l'Iliade. Aussi bien était-ce une Hellade qui bordait cette mer des ruines de ses cités, Nice, Olbia, Massalie, Ârelatev Rhodanuse. Les troubadours chantaient à la Panagia le pervigilium veneris. [Ils invoquaient Marie pour leurs voluptés , comme une nouvelle Vénus*. D*Aniel, leur grand maître, faisait brûler des cierges et dire des messes pour posséder dona Bonavillaria. Sermonda dont l'histoire est si touchante, atteste saint Jean, l'apôtre de Tamour. Alphonse le Chaste honore les deux amants infortunés comme deux martyrs et punit l'époux outragé peutêtre» mais trop cruel. Les peuples de la Catalogne et du Roussillon s'associèrent à cette glorification de l'adultère moral par leur roi. L'Église probablement s'unit au monarque et ouvrit la basilique de Saint- Jean le Vieux aux martyrs d'amour et aux pèlerinages séculaires des ûns amoureux.

Die est une petite ville de montagne dans une corbeille de veràure et de rocher?, arrosée par la DrOme. Nicétas put y voir Iscarda^ la Sapho des Alpes» qui finit en bacchante, en chantant sur sa harpe que sa félicité consisterait à serrer dans ses bras son Rf mbaud adoré, le vicomte d'Orange. La

!• QuiUiim à» Gapettang.

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yicoml668e était couaine de la reine Éléonore, et les

mômes mœurs régnaient à lacoar de Poitiers. Richard Cœur de Lion, pour s'attacher Bertran de Born, favorisait ses amours auprès de sa sœur dona Laïfia (lléléua), que le troubadour eut rendue l'héroïne de l'Aquitaine. Le dauphin d'Auvergne secon- • dait la passion du charmant Peyrol pour sa sœur Sâïl, femme d'ûzii de Mercor. Boniface marquis de Montferrat, honora et enrichit l'amant de sa sœar Béatrix, Fhéroïne de Rambaald de Vaqnièras qu'il arracha du cœur de la Belle Chevalière , bien digne de conquérir avec eux l'empire d*Orient. Nicétas put voir Die, Vaquieras berceau des Peyrols et Orange, fief de cet infidèle vicomte que ne purent retenir le cœur le plus coustaut, el la plus tendre harpe des Alpes ^.^

Telles étaient les mœurs des châteaux, les mœurs des villes étaient plus mauvaises encore. Les fêtes de Beaucaire offraient des scènes de Torgie du monde romain expirant. Un baron cuisait ses viandes au feu des cierges ; un autre semait son champ labouré de pièces d'or ; un troisième jetait dans un brasier' im« mense ses coursiers de guerre (1174)^ A Beaucaire encore on faisait des courses de courtisanes. L'Atalante la plus rapide obtenait Vaiguillette^ la palme et Temblènie de son infamie. Toutes ces villes du Midi, Beaucaire, Avignon, Narbonne avaient leur carréria calida (rue chaude) et leur abbaye d'amour. A Avignon l'abbesse était annuelle et la crosse confé-

1* TroubaUoui-s. Hugues de Saiat-Cyr« fU Le prieur de Vigeois.

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réepar les consals. Jeanne P% reine de Naples et comtesse de PlroTence, légiféra sar ces temples de

Vénus, bien digne elle-même d'en être la grande prêtresse. Guilhaume IX, comte de Poitiers, le môme prince qui avait voulu couduire à la croisade trente mille courtisanes, leur avait construit au retour du Saint-Sépulcre ïabbaye d'ibor. Lui-même en ûza la hiérarchie; la plos infâme fut abbessc. Poitiers nous donne les mœurs de Bordeaux, de Bajonne, de tontes les yilles de lonest sonmises au sceptre impur des Plantagenet. Toaloase enfin^ la Pa^2adienne dans l'antiquité, la MuruUne an moyen âge, Tonloase avait près de la barbacane occidentale des Crozes. la grande abbaye d'amour du Gastelvert. Ses iioijues, comme signe distinctif, portaient l'aiguiilctte; elle était d argent pour les sœurs; pour l'abbesse elle était d'or. Cette aiguillette, c'était le signe priapique^ c'était le phallus ^

Le peuple avait ses lupanars nomades que les Armides Bohèmes promenaient de forêts en forêts où lears galoubets et leurs tambours de basque ont retenti la nuit jusqu'à la grande Révolution. L'Aquitaine, en fait de mœurs, n'avait donc pas beaucoup changé depuis le iv® siècle et Nicétas la retrouvait telle à peu prés que nous l'a décrite Salvicii, i'eloqueul prêtre de Mai'seilie.

L'Ëglise chrétieoue avait peu de prise sur cette corruption antique, étant elle-même romaine et barbare. Le platonisme du siôde avait glorifié 1%

l. LttberVm.

Vierge, et le platonisme da zn* Tavait portée plos

haut encore dans le ciel. Mais en divinisant la Vierge, on avait abaissé l'épouse, avili l'état conjugal, aboli le mariage des clercs. Le concubinage avait partout remplacé le mariage clérical. Arnould de Rohes, patriarche latin de Jérusalem avait sa matriarche. Les évêqaes avait leurs évêqtiesses, les prêtres leurs commères, les moines leurs consœurs» Les monastères pallnlaient de moinillons, et le moineaOy le pins libidineux des oiseaux, était bien leur symbole érotique. Un lupanar s'appelait une abbaye. De lA dans le peuple, tous ces noms de Leclerc, Labbé, Lèmoine, Évôque, Archevêque, Cardinal et même de Pape. Saint Bernard accuse l'élégant sybaritisme des clunistes. amis des fourrures; mais il condamne aussi la grossière austérité des cirterciens au ventre plein de fèveSy à r esprit enflé d'oi^gueil usque ad rnictum. Leur orgueil venait de leur manteau lilialy symbole menteur de virginité. Ils se vantaient d'être purs de femmes, et pourtant la tradition raconte que les moines de Porteduse et les nonnes de las Salencas (TArise, se baignaient ensemble an clair de lune dans le bassin voilé de saules de Palombes^. Ils seront accusés de bien d'autres amours ces fiers cisterciens, de bien d'autres péchés, ces templiers superbes. Qui nous peint les, impuretés de saint Denis et les immondices de saint Gildas? C'est l'indulgent abbé du Paraclet^ Le môme Abailard nous retrace les palais des ôvôques

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