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Mirapeira, la pierre merveilleuse

»i HISTOIRE DBS ALBIGEOIS

« Effacez par votre pénitence vos péchés passés. Employez vos armes au service de Dieu. Marchez sur les traces du comte Alphonse, votre aïeul, et conquérez une immortelle gloire en allant à son exemple combattre les infidèles en Orient! > — Ramon ne partit pas pour la terre sainte. Il ne démolit pas le château de Mirapétra. Vatican gronda de noQTean. Ce fut le premier mnrmare de tant de tonnerres^

La mort imprévue dn Cœur de Lion laissait le comte de Toulouse en guerre avec lé roi de France.

Ramon fit la paix , mais ne renouvela pas son alliance avec son cousin de Paris. Il persista dans sa politique nouvelle et s*unit plus étroitement encore avec la maison de Barcelone. Après la mort de Jeanne Plantagenet, il épousa sa cinquième femme, Éléonora» infante d'Aragon. C'était un mariage purement politique, car il prenait, dans son &ge mûr, nne .enfant dont il dut attendre quatre ou cinq ans encore la nubilité. Plus tard, il redoubla même cette union en arrêtant d'avance sa petite belle-sœur dona Sancha, poor son fils Ramonet à peine sorti du berceau. Le roi d'Aragon^ leur frère aîné, qu'on appelait en Aquitaine En Pejre, et en Espagne don Pedro II, était un grand et beau prince adolescent, alors uniquement occupé de chasse et d'amour. 11 continua, dans les fanfares de ses voluptés, l'inconséquente et sinueuse politique de son père en s'agrandissaut inconsidérément eu deçà des monts. 11 donna

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la Provence ft son frère Alphonse, s'adjoignit le Roussillon, et pour posséder tout le littoral du golfe,

convoitait Montpellier. Ces mariages enfantins et ces politiques chevaleresques étaient de peu de secours à Ramon VI qui restait seul à porter le poids des sourdes et accablantes inimitiés du roi de France'*

Montpellier avait toujours aidé Barcelone dans sa guerre contre les Maures. Une vieille alliance, une parenté nouvelle unissait les maisons de Montpellier et d'Aragon. Guilhem VIII était un des princes les plus distingués du Midi. 11 avait épousé £adoiie« fille de Manuel Gomnône» empereur d'Orient. Il n'éh tait pas allé chercher sa femme à Cionstantinople, mais la mer la lai avait apportée, comme nne épave, snr la grève de Magnelonne. Jamais mariage plus singulier et plus romanesque. Alphonse, roi d*Aragon, avait demandé la maind'Eudoxie au Cé^ar byzantin. La despœne fiancée s'embarque à la Gorned'Oret, traversant les archipels de la Grèce et de la Sicile, elle aborde sur les côtes de la Provence. Mais descendue à Maguelonne, elle apprend que ce roi troubadour, trompé par les longs silences d'une lente navigation, ou pins vraisemblablement, cédant anx fluctuations de son cœur plus inconstant que la mer, venait d*époaser dona Sancha de Oastille. La voilà délaissée comme Ariadne snr la grève de Magnelonne. Par cette indigne action, le perfide Alphonse vengeait sans le savoir pent-étre l'ontrage fait dans le même tempe à Tinforlnnée Mélissende de Tripoli,

l. Zurita, Bamou de Miraval.

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renvoyée^ igaominieaseiiient de Gonstantinople parla môme ignoble César, sur cette plage d'Asie où son tombeau attirait tous les pèlerins de Tempire d'amour. Les ambassadeurs grecs, honteux et indignés» se rendirent à la cour de GnUhem VlII. Guilhem, prince spirituel et séduisant» alla consoler sur sa plage déserte cette pauvre naufragée de l'bymen. Les diplomates bysantins offrirent leur princesse au comte de Montpellier. Le comte y consentit quoique sa laideur fût mal dérobée sous son titre impérial. 11 fallait ou retourner vierge et veuve à Gonstantinople ou rester comtesse à Montpellier pour n'être pas la fable de l'Orient grec. La porphjTOgénète s'y résigna, quelque amer qu'il lui parût de n'épouser qu'un comte au lieu d'un roi. On consola son orgueil en lui donnant le titre d'impératrice et en stipulant qu'à défaut de mâle sa fille hériterait de la prlucipaaté de Montpellier. A ces conditions, TAriadue byzantine abandonna sa main au brillant prince possesseur d'une riche comté pareille k TAttiqne par ses oliviers, ses vignobles et ses parfums» maître d*nne ville savante, l'Epîdaure derOccident^ docte lui-même, poète et ami des poètes, comme Hiéron et Pittacus, et qui s'était fait graver sur son scel, en costume de troubadour, assis sur son trône vicomtal, et jouant de la harpe ^

1. bcrtraa de Buru repruchc cette viluiae actioa au roi Alphonte:

El ne menM p«r mar marrits

La donna ela Grecs qu*e1 ac trahita.

(Sirv, 13,)

Hambaud de Vaquièrea bULme aussi 1» roi d'Aragon. (Sirv. 2.)

Sons l'impératrice Eadoxie échouée en Prafenoe) Monlpéllier deyint le refuge de tous les nanlbgée d'amonr. C'est là qu'abordèrent le tendre Arnauld

de Marveil, exilé de Carcassonne, et l'aimable Peyrols, revenu de Jérusalem, le Tibulle et le Properce du Midi ; et aussi reflfronté Folquet que Marseille, indignée, repoussait honteusement sur Toulouse, sa future proie. Mais la princesse fit elle-même bientôt après un plus irréparable naufrage. Après son premier enfant, c*était une fille, elle fut frappée de stérilité, bien qu'elle Teût appelée Marie et consacrée à la Panagia^, Le prince, désireux de perpétuer sa dynastie, répudia la Qomtesse et deshérita la petite

infante (1187).

• Il épousa Agnès, Espagnole et parente du roi d'Aragon. L'infortunée Eudoxie avait contre elle ses deux volages époux. Cependant la Catalane réparait abondamment l'infécondité de la Grecque. Elle donna au comte enchanté cinq fils et deux filles, Agnès et Azalaïs. Qailhem VIII, catholique fervent, espéra que, pour perpétuer une dynastie orthodoxe, Innocent 111 légitimerait ces enfants, et ratifierait son testament qui ôtait à Marie, pour le donner au jeune Guilhem , lliérîtage de Montpellier. Le pontife qui, sous le prétexte spécieux de l'indissolubilité du mariage chrétien, voulait probablement ménageries Grecs pour les ramener à l'obéissance de Rome, refusa. Guilhem invoqua l'exemple de Philippe-Auguste dont le divorce avec Ingel-

1* La toute sainto, la Vierge.

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bnrgen'aTait pas été reconnu du saint-eiège qui pourtant avait légitimé les enfants d* Agnès de Méranie.

L'altier pontife ne voulut pas faire à un petit prince les concessions accordées à un puissant monarque. Guilheûi ne se découragea pas, sachant qu'avec de la persévérance et de l'argent on obtient tout de Rome. En attendant il avait déshérité la âile d'£udoxie. 11 l'avait mariée, avec une modique dot et ses habiis de noces, à don Barrai, Tlcomte de Marseille» et après la mort du vicomte, à Bernard V, comte de Gommenges. L'inâmte était laide^ bigote et dévouée à Rome qoi défendait sa naissance et son patrimoine de Montpellier. Qnilliem eontinaà ses négociations, mais jeune encore il tomba gravement malade, et c'est probablement pour toucher le pontife que le comte, mourant, fit aux églises et aux monastères les plus magnifiques oblations. 11 choisit sa sépulture dans la cath ''drale de Maguelonne pour reposer en terre de fief poutidcal. 11 fonda deux obiii perpétuels à Magnelonne et à Saint-Félix. Il ordonna d'babiUer de pied en cap cent prêtres, cinq cents paavres; de nourrir après sa mort, pendant cinq jours, cinq mille, prêtres, et de faire célébrer pour le repos de son ftme cinq mille messes. Il légua cinq de ses âls aux monastères de Grandselve, de Cluni, de Gironne, de Fnmquevaulx et du Puy-en-Velay. Guilhem VIII mourut avec cet espoir, mais malgré ses splendidcs ofiVandes, Innocent III resta inflexible, ménageant l'empereur d'Orient, et peut-être aussi le roi d*Aragon^ Le jeune prince adolescent, qui devait être

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