CHAPITRE VI
Députatioa cathare. — Les Fils de Cométa. — Les HunoM d« lADtsr. « L*éTéqae GancéU. — fUconstraetion de Mont> ■égor.
De Mirepois, les cathares remonlèreiU la rivo gauche de l'Ers qui s'écartait un p^îu vers l'orieut. Us laissèrent derrière un repli de colline rocailleuse, vers le sad^ le château de Dan, constrait comme rindiqae son nom celte, snr on mamelon élevé, séjour favori de la pieuse comtesse Philippe, et siège du diacre Peyrota de Glermont qui, probablement, se joignit alors au cortège. Au-dessus d'une première chaîne de montagnes boisées, ils découvrirent une ciino chauve fjui se dressait comme une tête d'éléphant. Une dépression du rocher formait le cou d'où se renflait l'énorme mufllc. et le jeu des ombres imitait à Tœil les larges oreilles de l'animal indien. Sur son vaste crâne, se dessinait une masse carrée semblable à ces plastr9ns de bronze, armure et ornement, dont les Asiatiques décorent le front de leurs éléphants de combat. Celte ruine romaine était Montségnr. Au-dessus du confluent de TËrs et
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da Lectoré, les cathares entrèrent dans le pays d'Olmès, ou des Ormes, petit territoire bocager et pastoral, jeté sur les pentes septentrionales des monta<?ne8 da mont Thabor, arrosé par ces deux petits fleuves sauvages qui se précipitent en cascades, l'un de l'Estang-Mal, et l'autre de l'Ëstang-Tort. Remontant le Lectoré, ils découvrirent» groupés sur ses bords, trois bourgs : La Roca, sur un monticule blanchâtre ; Pérelha, derrière un repli de collines rocailleuses; Lavélanet, au pied des montagnes; et sur une cime escarpée, Montségur, comme une citadelle per^iue dans le ciel. Singulière coïncidence, ce poétique et mystérieux territoire qui comprend les gouffres fatidiques du Thabor, la grotte volcanique de Bélestar, et tant de lieux constellés d'antiques signes du culte héliaque, était le domaine féodal d'une tribu vraisemblablement ibère; un de ses rameaux portait un no n sidéral : ces chevaliers s'appelaient : Les Fils de Cométa.
Les Peyrat semblent être la souche commune des Peyrota et des Peyréla Tous les trois étaient Albigeois, et b's deux derniers étaient attachés par quelque office religieux ou chevaleresque aux comtes de Foix. La première branche a fourni Peyrota de Glermont, diacre, aumOnier de la comtesse Philippa et précepteur du jeune infant Roger-Bernard. Le second rameau, bien plus illustre, a produit Ramon de Peyréla, le héros de Montségnr.. Ses origines
I. Pejmty la grande pieire; Pejrota et Peyréla, la petite pieiTe; comme, en latin, Rapea et Rnpella.
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HISTOIHK DES ALBIGEOIS
remontent aa commeDcement du xii^ siècle. En 1137, Ramon et Bertran, fils de Gométa, firent hommage à Roger, fils de Stéphania, comte de Foiz, pour le châteaa de Pejréla on Pérelba ; et en 1142, ponr le chàteaa de la Roca d'Olmès, à Roger de Béaners, vicomte de* Garcassonne. Ramon de Viilamiir, Pierre Ramon de Rabat assistèrent an premier honiinage, et le second eut lieu en présence deBertran et de Ramon de Massabrac. Bertran, lils deCométa, devint le geniln^ do Ramon de Gornelhan, race antique dont les nombreux rameaux couvraient le midi. Ses descendants s'allièrent aux maisons non moins puissantes de Darfort, de Bélissen, de Lavéianet. Leurs domaines, dans les dernier^ temps, ne relevaient plus <{.ae de Foix, et les seigneurs de Pôrelha paraissent avoir été à la cour des comtes sur le pied d'un vasselage favori et d'une domesticité chevaleresque. Tous ces noms alliés et consanguins, gronpés dès rorigine autour du fils de Gométa, s'y rassembleront encore au jour suprême, au jour des batailles et du martyre.
En 1200, le jfnine châtelain de Montségur, don Ramon de IV^relha, avait environ vin^i ans. Orphelin, à ce qu'il semble, dès son bas-âge, et contemporain de Roger-Bernard, infant de Foix, et de Ramoo-Roger, infant de Garcassonne, il fut proba- 'blement élevé avec ses jeunes suzerains ^ Il vit dans son adolescence la gloire et la félicité expirante des
1. Kn li">0, rinf;iiit de Garcassonne n'avait que quinze an'^. celui de Fois n on avait que dix. Ramon de Pejréla pouvait ctro àlajfMs leur compagnon et leur mentor.
cours de Garcassonne et de Foiz. Ce monde de l'amour chevaleresque se transfigurait dans le monde correspondant et supérieur de l^amour séra.phîque. Les docteurs johannites devinrent les pédago^ues des jeunes princes, et Ramon de Pérelha parut, toat enfant encore/ Tespoir et le refuge do rÉg-lise duParaclet. La terreur qui chassait de Toulouse les familles fugitives lui conduisit sa fiancée son premier et unique amour. Lavelanet et IVyréla sesd »maines touchaient presque Rocatissade etSaint-Paiilde-Jarrals, héritages des Villeniur. Saint-Patil était le séjour d'été des Lantar qui, pendant la canicule, venaient des plaines brûlantes du Toulousain respirer la fraîcheur des sources et des neiges du Thabor. C'est à Saint-Patil que Ramon rencontra celle qui lui était fiancée dans le ciel et qu'il devait épouser sur la terre, Dona Gorba, nièce des Villemur, fille des Hunold, race antique de Toulouse. La vierge, fugitive avec ses parents, semblait se réfugier éperdue sous son bouclier et jusque dans son cœur.
Les Hunold de Lantar se disaient issus de cet Ilunold, Jaouna (rA juitaïue, dont le père, le glorieux Aïtor (Eudes) fut v<ii:iquour, sous les murs mêmes de sa capitale, de l'émir arabs El Zama' ; et dont le HIs, l'inloi tuné Goaïlîer, f ut implacablement détruit dans sa lutte héroïque pour rindépendance du Midi, par les enfants de Charles-Martel; ruine tragique incomplèfement vengée sur Charlemagne à Roncevaux par Loup, leur descendant, chef des bercails cantabres des Pyrénées. Gorba serait, dans