Âg. de Gaspario, Jnnoc, IIL
La théoeratia «et le gauvernement du monde nais* aant ou du monde vieàli. Il faut aux peuples en&nts on moribonds des prâtres-rois, des pontifes-dienx. Ces. Manon, ces Hermès, ces Melkisedec éternisent les langes da genre hamain. Ce régime de la Chine et de l'Inde était impossible en Occident, sous la Bible égalitaire et le Christ libérateur. 11 faut des castes à la théocratie; elle veut des temps barbares. Or, la barbarie décroissait. La théocratie venait trop tard. Elle venait immobiliser le monde, quand le monde, échappé comme de la mort, se mettait en mouYement ; quand tout se levait, croisades, communes, serfs de la glôbe; quand vont s'accomplir ces menreillenses conquêtes de l'Angleterre, des Deux-Siciles, de l'empire d'Orient. Rome elle- . même a son insu concourut à l'émancipation des peuples par les croisades. Elle les poussait vers un sépulcre; ils arrÎTèrent au bereeab d'un soleil, au foyer de Vie. Ils virent Gonstantinople et Jérusalem, le monde grec et le monde asiatique. Ce fut comme une vision des Mille et Une nuits. Ils rapportèrent en Europe leur éblouissement, leur rêve d*Orient. Mais ce qui dut surtout émerveiller les rois, c'est de voir le patriarche byzantin soumis au Porphyrogénète grec. Ils comparèrent instinctivement ce pontife pacifique au théocrate foudroyant de Rome, Sur le Rhodope, ils virent mieux encore, des pontifes des forêts orphiques, les pauliciens du Taurns avec qui Léon l'Isaurien et Léon l'Arménien entreprirent la Réformation iconoclaste de l'Orient, et qui, refoulés en Sicile et en Bulgarie, vont^ par le Danube et l'Adriatique, assiéger Rome et tenter la
s HISTOIRE DBS ALBfOBOIS
RéformatioQ de rOccident. L'hellénisme yieat 6& . croupe sur le cheval saperbe des croisades.
La théocratie romaiae, da trône da monde, snmit, d'un regard jaloux et menaçant, deoz sectes obscore^ denx^lises proscrites» errantes dans les forêts. CSontre Torgaeillease Église de saint Pierre, elles SQ prétendaient, Tune fille de saint Panl, apOtre de TOcddent; et l'antre fille de saint Jean, apôtre de l'Orient : la paulinieiine et la johannite. La paulinienne éclate à la fois dans les Alpes et les Pyrénées. Ses premiers prédicateurs sont Vigilance et Jovinien (500). Elle reparaît avec le barbe Pierre de Valdis (700), puis aveo le missionnaire Gandolfe (lûÛO), puis fait tamul* tùeosement explosion avec Pierre de Bruejs, Henri de Lausanne et Arnauld de Brescia (1100). La johannite vient d'Orient. Maroos de Memphis l'apporte en Espâgne (350) ; Priscillien d'ÀYila la transmet à l'Âqaitaine (380). Elle a pour ancêtres Origène et Érigène (250-850). Par Lisois d'Orléans (1000), elle arrive à Nicétas et Gailhabert de Castres (1200). La première est biblique et républicaine. La seconde est mystique et chevaleresque. Platonicienne, elle a sa robe étoilée et son nimbe zodiacal. Leur commune métropole, c'est Toulouse. Rome les combattra. Qui portera >j30n glaive ? Qui s'élancera sur le Midi? La France ^
LaFrance naissait alors avec la dynastiedesCapets* Hngnes montait snr le trône de Paris, comme la théocratie, sortant d'un doaqae, d'an ahtme deié«
i. N. Vêfft : ififl. âê Vigilanet,
BébreSy «^asseyait radienae an timon dd l'Occident. Rome, abandonnant la race de Charlemagne comme elle avait délaissé pour lai la race de Glovis, patronna la jeune dynastie capétienne. Robert P"", fils de Hugues, fut l'élève d'un pape, le savant aquitain Gerbert. Cet Eliacin monacal, poète liturgique et coryphée de la psallette de Saint-Denis, pèlerin dans la Ville sainte, offrit ses antiphones sur l'autel de Saint-Pierre. Son Veni Spiritus deviendra l'hymne exterminateur, la marseillaise des croisades albi* geoises dontilaera lui-même Tavant-garde en brûlant lea cathares d'Orléans. Dès lors, les Capétiens seront les pôrte-glaives da Saint-Siège. Pendant sept cents aiis, ils traqueront les hérétiques, c'està-dire lés proscrits de Rome. Â ce prix, ils seront fils aînés de l'Eglise et rois très chrétiens. C'est le signe tragique et fatal de cette illustre dynastie, et les bûchers d'Orléans seront son sacre de fen.
Paris, vieille bourgade gauloise, surgissait alors aussi, comme métropole, dans une lie de la Seine, semblable à un vaisseau dont Notre-Dame, à Test, serait la haute proue et dont le palais des rois, à l'ouest, serait la poupe et le gouvernail ; donjon rojal peuplé d'évéques de chair, basilique décorée d'un cordon de monarques de pierre, double symbole de la Oaule. Voilà le noyau de la monarchie, le cœur de la France. Son territoire s'ébauche entre les quatre flèuves qui forment ïlle de France, et tend à s'étendre laborieusement vers son berceau septentrional, dans ses limites naturelles, le Rhin, l'Escaut et l'Océan. Paris en est le centre et la capitale
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de les comtes deveniu rois; cheh à peine obéis d'ane oligarchie de grands vassaux qui, par Téleo* tien des Capétiens, ont accompli la mptore définitive de la Gaule et de TAllemagne. A cette époqae, nne France belge était plus probable encore qu'une Aquitaine française. Mais ses rois sont attirés vers le sud par le souvenir de Glovis et de Gharlema^e» Ils dédaignent leur brumeux berceau salique et ripuaire, et sont entraînés par la beauté du ciel, l'aménité du sol, Topulence des villes, et les appels incessants des évêques romains.
La France est séparée de l'Aquitaine par la race, le génie et un lieuve, la molle, paisible, indolente et sablonneuse Loire. Toutefois la Loire ^ dont la * source est en Aquitaine et Tembouchure dans l'Océan armoricain^ est moins un fossé de séparation qu'un lien sympathique^ qu'une guirlande ondoyante tenue par les deux sœurs en signe d'harmonie et d'union indépendante. Elles s'étaient déjà liguées sous l'alvernien Vercingétorix. La France estgauloise, monarchique et féodale; l'Aquitaine est ibère, fédérative * et municipale; leur éducation commune est latine. Le grand génie politique d'Auguste et de Gharlemagne avait compris cette énergique personnalité de r Aquitaine. Le premier l'avait érigée en province romaine, le second en royaume feudataire. Géite individualité vivace éclata dans trois luttes tragiques, sons Vercingétoriz contre César, sous Alaric contre CloviSy sous Qaiffer contre les fils de Charles Martel. Une quatrième guerre non moins sanglante couve sourdement contre les descendants de Hugues Gapet. Le crime de Rome^ c'est d'avoir d'un mot
détruit un peuple, bilfé d'un trait de plume une œuvre de Dieu
Voilà donc trois principes et trois forces en présence : Rome, un despotisme divin, dominant le moïide ; la France, une monarchie féodale, pupille de Rome; rÂqnitaine, nne démocratie chevaleresqne, s'émancipant de Romb et de la France. Le champ clos où ils s'entrehenrteront, c'est ce cirque de granit dont Pellipse immense est formé par les Alpes^ les Gévennes et les Pyrénées. Toulouse en est le centre, et c'est autour de ses murailles que pendant vingt ans tourbillonnera cet ouragan d'idées, d'hommes et de chevaux, sous la nuée de sang et de feu.
Esclarmonde est la Débora et la Vellôda des batailles pyrénéennes.