I. Raynouard : Hist, da Droit miiiih
GUAPITRË II
Préparatifs de la croisade. — Innocent III donne le signal. — Appel aux armes des princes. — Meurtre de Pierra de CastelnM. — Prédieatioii dans le nord et dans la midi.
Le comte do Foix se vit entouré au Gastellar de ses compagnons d'Orient, les Villemnr, les Bélissen» les Gastel-Verdnn;- da Ghrand-Maitre d'Âmonr et des troubadours dont il était le hérôcf admiré. Noos trou*
vons, dans son cortège même, son chantre fiivori, le poète qui va nous révéler un monde nouveau de guerriers et de combats. Connaissons-le d'abord: il se cache sous un pseudonyme, il s'entoure de mystère, il s'enveloppe d'un nuage fatidique. Il se dit géomancien, enchanteur, disciple de Merlin. Il prédit la croisade et veut en faire nn poôme qui sera chanté sur le rythme de la chanson d'Antioche. Trois Tndelle revendiquent le berceau de cet Homère. Il fat, à ce qu'il prétend, nourri à Tudelle, en Navarre. Mais son nom ni sa langue ne sonftna-
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yarraîs. Tudelle en Gascogne le réclame pour son fils. Mais son dialecte /<iaoique mêlé, n'est pas avscitaiii. Il pourait être de Tadelle en Albigeois. Son dialecte, ^dqne rade, incorrect, et Yotontairement barbare, est pourtant Toolonsain, Hais il a raeeent montagnard, l'intonation inculte et saoTage. Dès le premier vers, un mot de son invocation, une faute prosodique, le trahissent du comté de Foix *. Il est né autour du donjon phocéen. 11 a pu suivre au delà des monts Constance, infante de Toulouse, un instant reine de Navarre. Il a vécu dans les cours de Pampelune et de Saragosse dont il honore les monarques. Mais il est mécontent des rois de Léon et de Portugal qu'il bafoue. Il était de retour avant la croisade. Il ne s'attendait ni à tant de monde ni à tant de férocité. Son cceur fluctuait Comme le coeur horripilé de TAqultaine. II se déclare enfin pour la patrie et le Chrtst spirituel. Il s'attache à leur plus grand champion. Il devient le chantre officiel du comte de Foix, son seigneur. Il le suit dans les batailles. Alors le prince dorait le troubadour. Aujourd'hui c'est le harpeor qui chamarre son héros de sa dorure irpmortellô. Voilà notre guide glorieux : c'est à lui que nous disons : Tu ducal iu maestro! Le poète et l'historien n'ont qu'à monter à choTal pour suivre, pendant douxe
1. Le premier vers du poème eat incorrect* U doitse Boander ainsi :
AI noam del Pal, del Pilh et del Sant-Espérit.
Or, dans le dialecte toulousain, Pal n'est usité que dans 1« comte de Foix.
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ans, le prince Ramon-Roger, l'Achille de celte Iliade.
Après les conférences du Caslellar, les barons, escortant les pontifes du Consolateur, remontèrent dans leurs châteaux. Ils préparèrent leurs lances, leurs palefrois et leurs donjons. Les princes se fortifièrent ausai par des mariages, et des fdtes se mêlèrent à ces apprêts 4e comlMits.
Le comte de Toulouse avait eu, de Béatrix de Garcassonne, une fille aînée, nommée Constance. II l'avait mariée à don Sanche le Brave, roi de Navarre. Ce gendre eût pu rentiplacer Richard Cœur de Lion, soii beau-frère, pour la défense du Midi. Mais Constance de Toulouse, semblable sans doute à Constance de France, son aïeule, fut répudiée par le héros cantabre. Ce fut un triple malheur : Sanche devait manquer à l'Aquitaine, la Navarre passa aux comtes de Champagne, et Constance épousa Bermond d'Auduze, qui trahit Ramon VL Sanche le Vaillant dort dans la tombe de Roland» son modèle, dans Tabbaye de Roncevauz.
Le comte Ramon VI rechercha pour son fils, ftgé de dix ans, dona Hélis, fille du comte d'Auvergne. Ce mariage échoua probablement par le refus du prince, qu'il eût détaché des Capétiens, et déjà sous l'analhème d'Innocent III. L'infante entra dans la maison de Turenne, à qui Ramon demanda une autre petite dona llélis, liiloule de la future Cloriude de la Dordogne, et qui mourut en bas âge. Piamonet avait déjà dû épouser une infante d'Aragon^ fille aînée de Pierre II, morte aussi dès le berceau. £nûn« il obtiendra bientôt dona Sancha, la plus jeune
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sœnr de ce roi. La mort semblait écarter toutes les p&les fiancées de la couche condamnée de ce prince en qui doTait s'éteindre la race héroïque des Saint-
Gélis.
Ramon VI Tenait de remarier sa sœur India, Teaye de Gkulhabert de Lantrec, avec Jourdain de rnoy yioomte de Gimoes, fils d'Esdarmonde de Fois.
C'est alors aussi qne Roger-Bernard, infant de
Foix, conclut son mariage, arrêté depuis 1202, retardé par l'enfance des fiancés et par la captivité des comtes, avec Ermessinde, héritière de Gastelbon. L'infant avait dix-huit ans, l'infante seize; leurs noces réjouirent la délivrance des princes, leurs pères. Le comte de Foix s'attachait par cette union les Gommenges espagnols et se formait à son insu un camp inexpugnable derrière les Pyrénées ^
Ramon de Pejrôle aussi couronna b&b mystiques amours sTec Na Corba, de Lantar. La yierge et le chevalier avaient, selon l'usage catliare» donné cinq ans à leurs pieux et pudiques soupirs. Enfin l'hymen consomma leurs tendresses fidèles et virginales. Ramon avait environ vingt-cinq ans et Na Corba vingt, quand le jeune baron vint chercher son amante au château de Rocalissada.
L*Acarnaguès, qui s étend deFErsà l'Ariège, comprend trois petits cantons, le Peyrat, le pays des pierres, YOlmès^ le pays des ormes, le Jarrats, le pays des fontaines. Ramon de Pérelle est seigneur de i'Olmès. Le Jarrats est le domaine des Lantar. Le vieux Joordan de Lantar s'était retiré