‹ Histoire des albigeoisChapitre 300 sur 442 · G. de Tudelle, st. XXV · texte numérisé non relu

G. de Tudelle, st. XXV

HISTOIRB DES ALBIOBOlS

rive gauche du fleuve, à l'ombre d'un bocage. Après qn'il se fut rafraîchi , don Pedro remonta sur son palefroi bai aux longs crins, et sans épée et sans écn, escorté de trois chevaliers sealement, se dirigea vers Ja cité. A son aspect, l'allégresse est grande dans Carcassonne. Le vicomte, accompagné de ses barons, court à la rencontre de son royal parent à la porte orientale. « Le roi, disaient-ils joyeux, vient nous secourir, car nous- sommes ses hommes, ses amis et ses bien-aimésî » Hélas! le monarque arrivait désarmé et seulement pour intercéder! Ils se rendent au palais vicomtal. Ramon Roi^er raconte an roi le massacre de Béziers, la destruction de cette ville et la dévastation de toute sa terre. « Vicomte, répondit le monarque, par Jésus Notre-Seigneur, je voQS ai souvent exhorté à chasser les hérétiques et cette folle erreur pour laquelle plusieurs plaids ont été tenus dans Garcassonne. Et maintenant j'ai grand souci de vous voir en tel travail et en telle tourmente. Je n y vois d'autre remède (si nous pouvons l'obtenir) qu'un accord avec les barons de France. A peine pouvez-vous mettre quelque espoir en combat de lance et de bouclier. L'ost des croises est si nombreux, que je doute que vous puissiez tenir jusqu'à la fin. La ville est forte, il est vrai; vous avez grande confiance dans ses murailles. S'il ne s'y trouvait tant de monde, tant de femmes et d'enfants, vous pourriez avoir peutêtre quelque sécurité. Maintenant j'ai grande tristesse et grande pitié de vous. Mais pour la parenté qui nous lie et l'amour que je vous porte, il n'est rien que je ne fasse pour vous. — Seigneur, répon-

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dit le vicomte d*accord avec ses barons, faites tout ce qu'il vous plaira de la ville et de tout ce qui s'y trouve, car nous sommes tous vos hommes, comme nous l'avons été du roi votre père qui nous aimait fort ^ »

Carcassonne, abandonnée du roi de France et da comte de Toalouse, revendiquait la suzeraineté de l'Aragon. Le monarque remonte sur son palefroi et redescend au camp des croisés. Habilement, il cherche à gagner d'abord les princes français. Mais rien ne peut se conclure sans le consentement du légat. On cherche Tabbé deCiteaux. Amalric est inflexible. « Par éi^ard pour le roi, répondit-il, nous laisserons sortir le vicomte^ avec douze de ses compagnons, à son choix, et leur bagage; tout le surplus restera à la discrétion .des croisés* — - Gela aura lieu, murmurait entre ses dents le monarque indigné, quand on ftne volera dans le ciel. > Furieux et contristé, il remonte auprès du vicomte. « Seigneur , s'écria Ramon Roger, plutôt que d'accepter un pareil traité, plutôt que d'abandonner le moindre de mes vassaux, je me laisserai écorcher vif et je me tuerai nioimôrae. Retournez, je vous prie, en Aragon; je me défendrai, tant que je pourrai, dans Carcassonne*. »

Le monarque embrasse avec douleur le vaillant vicomte et s'en retourne dans son royaume par la vallée de l'Ariège. A Lavelanet, il voit en passant Esclarraonde fugitive avec les évôques, et Montségur s'armer dans les n ' es ; à Foiz, le comte Ramoû Roger, la plus grande épée romane; la vicomtesse

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