CHAPITRE VI
Entrée des Croisés dans Carcassonne. — Ineareéralion du comte. — Pillage, gibets, bûchers. — Actions degrAoesdans
Saint-Na/aire. — Election <l'uii chef du pays conquis. — Siiuun (\<' Montfoit. — Pruclamatioa de aou avènement. — Dous a i'E^Iisti romaine.
Cependant, à la nouvelle incroyable de Carcas^ sonne déserte, le légat, les princes, tout le camp accourt, traînant le vicomte dans les fers. Ils s^ins* taUent dans le palais vicomtal, et leur premier soin est d'en jeter le maître infortuné dans un fond de tour; le second, d'arracher la Tille à la rapacité des .soldats. Les hérauts vont criant : « Vite, au pardon ! L'abbé de Gîteaux va sennoiiiier. » Le légat monte sur un balcon de marbre. « Barons, dit-il, écoutez mon discours. Vous le voyez maintenant, le roi du tonnerre fait des miracles pour nous. Il n'y a plus rien qui nous résiste. Je vous défends à tous, de la part de Dieu, de retenir chose qui vaille un charbon, du butin de la ville ; car autrement vous serez frappés d'excommunication et d'anathôme. Nous allons remettra le tout à un puissant baron qui main*
Dlgitlzed by Gopgle
HlSTOlHE DES ALBIGEOIS 63
tiendra le pays dans la grâce de Dieu, afin que ces félons d'hérétiqaes ne le recouvrent jamais. » L'armée applaudit aux paroles du légat
Le bntin immense fat aocnmolé dans le doltre de Saint-Nazaire. On distribua seulement anx chefs les palefrois et les molets abandonnés. Cependant le
légat et les évôques ne pouvaient comprendre comment tout un peuple s^était échappé, comme s'il se fût envolé du haut des tours. 11 n'était point passé sur leurs létes, mais sous leurs pieds, et le secret de son évasion fut connu par la découverte du souterrain. Les évôques regrettèrent ce peuple évadé : ils voulaient renouveler l'exécution de Béziers. Ils eurent pourtant une légère compensation. Les pillards avaient découvert, blottis dans les caves, à demi-morts d'eifroi, une multitude de vieillards, de femmes, d'enfants qui n'avaient pu s'échapper par les viaducs. Quelques-uns, dans leur frayeur, demandèrent à se faire catholiques. On se contenta de les dépouiller, et on les fit sortir un à un, n'emportant que leurs péchés, par une poterne étroite du Sud, probablement celle du lla^ès, qui existe encore. Mais quatre cent cinquante environ refu>èrent d'abjurer leur foi, et sur ce nombre (juatre cents furent pendus ou brûlés vils. Telle fut l'entrée triomphale des croisés dans Garcassoune : le vicomte dans un cachot, la ville saccadée, les citoyens fugitifs, pendus aux gibets, ou brûlés sur les bûchers, et leurs cendres jetées aux vents du ciel. C'était le 15 août^
i. Q« de Tttdelle, str. KlCKII.
le jour de la fête de la Vierge, patronne de la croisade
Les croisés, réunis dans Téglise de Saint-Nazaire, rendirent grâces au ciel de leur conquête. Leurs cantiques se mêlaient aux gémissements des victimes et leur encens à la vapeur des bûchers. Après avoir chanté la messe du Saint-Esprit, Tabbé de Glteauz monta en chaire, prononça une sorte de harangue triomphale, et conclut qu^il fallait élire un chef du pajs conquis. C'était déclarer la déposition dn vicomte de Carcassonne. Les princes se réunissent dans le château des Trencabel. Le légat offrit la conquête cl Eudes, duc de Bourgogne. Ce prince, de la maison de France, refusa, disiiiit qu'il avait assez de terres, qu'il ne voulait pas de celles du vicomte, qu'on lui avait fait assez de mal sans qu'on le déshéritât. Le légat s'adressa ensuite à Hervé, comte de Nevers : ce prince, en guerre ouverte avec les moines de Vézelai, répondit qu'il ne voulait pas de la terre d'antrui. On vint au comte de Saint-Paul; même réponse. Aucun ne voulait de cet héritage de félonie. Après ces grands vassaux de la couronne de France, le plus illustre seigneur de l'armée était Simon de Montfort. 11 s'était signalé dans la croisade. Il avait fait la guerre d'Orient. Il avait en pour compagnon Gui, abbé de Vaux-Gernay, l'un des prédicateurs de la cmisa le actuelle, et comme le lieutenant de l'abbé de Cîteaux. Le légat était contristé du refus des princes, lorsque Gui, proba-