‹ Histoire des albigeoisChapitre 312 sur 442 · Doat : iaq. de Toulouse et do GaroaMOUio · texte numérisé non relu

Doat : iaq. de Toulouse et do GaroaMOUio

HISTOIHË DES ALBIGEOIS

ségor. Il remonta la rive droite da Lectorier, à tra- Tors la plaine de Ben-Al6» domaine de ses parents, les Massabrae de TOlmès. Cette plaine, large de deux on trois kilomètres, se termine an Piboléo, Là commence Tascension de Serralonga. Accessible jusque-là aux chariots, le chemin n*est plus qu'un sentier scabreux -, raviné, dilTicile même au pied des chevaux, et gravissant pénibloment sous la forêt de hêtres. La montagne ondule de l'est à l'ouest, revêtue jusqu'à sa cime qui, par intervalles, se hérissa en énormes crêtes de roc grisâtre, semblables, audessus des bois, à des yagues solidifiées avec leur écnme, A la tête da cortège, courbés sur lenrs pacifiqnes palefrois, marchent un vieillard et nn jeune homme, le vénérable patriarche Gaucéli, évéqae de Toulouse, et son archidiacre, Gnilhabert de CSastres. A leur suite d'autres évéques, Ramon de Blasco, Bernard de Simorra, Ramon de Bélissen, Bénédeet de Termès et leurs coadjuteurs , parmi lesquels Peyrota de Glermont, aumônier de la comtesse Philippa. Ces hommes, de race ibère, avaient le front noble, le nez aquilin, la face ascétique, le type oriental. Ils étaient coitfés d'une sorte de mitre persane que remplace déjà la harrela, ou béret noir aplati et décrivant, autour de leur crâne d'ivoire, un nimbe circulaire d'ombre. Ils portent une longue robe noire et traînante à capuchon, un cordon en sautoir sur la poitrine comme les brahmes indiens,

i. Peyrota était seigneur de Diin, voiHÎn de Peyrelia; Pevrella et Peyrota avaient lies pai't.s indivises au domaine de Diirfort. Ils étaieat doue cuusuib des Durfort, et ceux-ci daa Pejrota, poMédant eoMmbltf Glairmont^oubira.

ott fourreau de cuir renfermant le roaleaal de l'Evangile selon saint Jean, patriarche de l'Église du Paraclet. Leur face pftle, leur taille amaigrie, lenr corps presque transparent, je ne sais quoi d'aérien et de lumineux révélait des exilés sur Ja terre, qui, remontant les pentes des montagnes, semblaient reprendre lentement le chemin du ciel d'où ils étaient descendus. A leur suite, l'arc h i diaconesse Esclarmonde de Foix et les écoles de Pamiers, Marquésia de Bélissen et les hospices de Mirepois,*Auda de Prouille et les fondations de Fanjaus, Faïs de Durfort, Blanca de Laurac, Garséna du Mas,.Turca des Armens, et leurs tribus de veuves et d'orphelins tout le peuple éploré des églises de la Consolation! On y voyait plusieurs vieillards : Gui du Mas Gapl de-Porc, Sicard de Laurac, Jordan de Lantar, pa- Iriarches entourés de leurs fils. Les barons pyrénéens accompagnaient leurs mères, leurs femmes, leurs sœurs, leurs enfants. Le grand comte Ramonl Roger de Foix était à la tôle de tous ses clans chevaleresques, les douze rameaux des fils de Bélissen, les Rabat, les Castelverdun, les Lantar de Saintl l'aoul, les Villemur de Marcafaba, de Saverdon et de Palhers, les Durfort de Durfort et de Rodelha, les Massabrac de la Leza et de l'Olmès, et les Pevrat avec leurs deux rameaux, les Peyrota et les Peyrella : noms congénères, domaines contigus combats et échafauds identiques. Ramon de Peyl rôla avait l'honneur de conduire ce peuple éploré vers son Capitole de Pexil^ Les chevaliers escortaient ces évéques, ces vieillards, ces femmes ces enfants, toute cette église fugitive, comme on

escorte sa patrie et son Christ. Ils marchaient en

silence, le front penché sous le poids de lenrs tribulations, des larmes sillonnant leurs faces farouches, et roulant sur leurs barbes et sur les crinières de leurs palefrois. Ea procession sainte ondulait en lon« gues files sur les rampes de Serralon^ja, ombragée de vieux hêtres et de grands bouleaux. Tout à coup, du sommet de cette première chaîne, le Gasteiium romain, dérobé par la montagne et les bois, apparut de nouveau vers le sad» an fond d'une haute gorge ^'11 iiarre de sa masse, campé tout en travers, rapproché, mais, ft ce qu*ii semble, inabordable sur son roc môme et désolé. On dirait un yaisseau foudroyé sur un écueil des mers, ou Téglise cathare ellemême échouée et pétrifiée sur ce sépulcre des siècles. La tête de la colonne s'engage dans cette gorge inégale et sinueuse qui s'élargit en une sorte d'amphithéâtre bordé de forêls.Tout à coup le Val de Serralonga semble interposer son abîme, et le chAteau paraît inaccessible sur son inabordable et gigantesque sommet. Ce cirque, clos de bois et de rochers au nord et au couchant, s'ouvre, au levant, par TAbôs, semblable à la tranchée d'un bastion colossal, et vers le sud à une brèche de la montagne, effondrée par ^elque convulsion volcanique. La colonne se dirige vers cette berge abrupto, aux raides et brusques sigzags, dont les vastes degrés gazonnés accèdent à oetto embrasure. C'est le Fa» dê MonUégur, la porte septentrionale de son vallon, sur le flanc gauche de laquelle, à une hauteur de deux cents pieds, surplombe perpendiculairement le donjon aérien, dont la tour, appelée de V Aiguille, efûie son

fuseau dans la nuée. De ce col élevé, une gorge nouvelle s'ouvre vers le sud, et descend rapidement d^ns UD val profond qai s*élargit en un bassin triangalaire. Au fond de ce bassin, on tombe tout à conp, par an chemin presque yertical, sur un village qu'on ne soupçonnait pas dans cet abîme. C'est le village de Montsôgur, assis au pied de trois montagnes, aux crêtes grisâtres, aux flancs hérissés de noirs sapins, et d'un aspect triste et sauTage. Un torrent y fait mouvoir un monlin et qaelques scieries, en fuyant vers la forêt de Belestar, dont les fourrés inaccessibles sont peuplés d'ours. Ce torrent est le grand Ers, et sa source forme avec celles de la Garonne et la chaîne centrale des Pyrénées, la limite méri'dionale du diocèse cathare de Toulouse.

Après deux heures d'une ascension lente dont le murmure des prières et des larmes troublait seul le ' silence solennel, le cortège religieux atteignit la rampe accessible du donjon. Une montagne isolée» dont la croupe est couverte comme d'une crinière de forêts, tourne vers Toccident sa cime que nous avons comparée à la tête d'un éléphant. On dirait, en efl^et, un mastodonte accroupi qai se relève sur ses genoux, les dents et le mufle en Tair. C'est sur son plateau, comme sur le crâne de l'animal, qu'est obliquement posée la forteresse, allongeant comme une trompe un corridor crénelé terminé en barbacane. Le mont, horriblement escarpé de toutes parts, serait absolument inabordable si, vers le sud-ouest, le rocher ne pendait en talus d'abord abrupte, puis doucement incliné vers sa base. Arrivée au pied de ce talus, à cinq cents pas da château» la colonne se partagea ; a e

aiSTOlRB DIS ALBIOBOIS

les écujers, les mulets et les bagages descendirent au JiameaQ sur les bords de l'Ers, tandis que le sacerdoce johannite et la chevalerie pyrénéenne, sur leurs douces haquenées, agiles comme des isards, gravirent lentement et péniblement vers le donjon aérien. Le chemin, taillé dans le roc et soutenu par endroits avec de la maçonnerie, fait d'abord un long repli vers le nord et borde Fescaipement de la rente de Lavelanel. Puis, il revient aa sud et mnltiplie ses sigzags sur la pente de plus en plus abrapte, comme les lacets da corsage d'une femme. Au point où la montagne déborde * et sarplombe comme nne poitrine le sentier, jusque-là presque vertical, s'étrangle entre deux renflements de rocher, semblables à des mamelles. C'est là que, pour défendre cet étroit passage, s* élève la barbacane que nous avons comparée à la trompe et aux défenses d'un éléphant. Depuis cette tour avancée jusqu'au château, le sol penchant est semblable à une carrière bouleTersée et confnsément encombrée d'un énorme amas de blocs angoleaz, Çe sont, évidemment, les matérianz épars de la constmction^ qui vont servir à la défense èb la forteresse, lorsque d'une dme à Tantre les balistes lanceront des qnartiers de roche dans les airs. On dirait que Tarchitecte n'a pas eu le temps d'en délayer les alentours* On y travaillait encore lorsque TËglise cathare et la patrie romane vinrent réclamer cette roche pour s'y préparer contre les hasards des batailles un refuge et un sanctuaire aérien. De sorte que c'est dans des murailles vierges que don Ramon de Fejrôla recueillit ses hdtesses immortelks*

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