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LIVRE VIII

BAMÛN-aOGSR, VIC0MT5 Dfi CARCASSONNE

CHAPiTEË PKËMIËR

Refttfl^ du sftMrdoee cathare à Hontségnr. » DeicripUon da la montagne sainte. — Aioanaioii da patriareha, daa éTéqQta, daa âoolat, des luwpioei, aaeorMa par iaa priaoea.

Quand les princes du Midi virent la croisade descendre du nord, du levant et du couchant, en trois colonnes furieuses, en trois trombes dévastatrices, ils songèrent à pourvoir à la sécurité do sacerdoce. Ramon de Pérelha, leur mandataire» mettait alors mdaie la dernière pierre à la reconstruction du Gasteltam antique de Montaégnr* Da haut de sa eime, tranquille encore dans la sérénité da ciel» il vit la terre autour de lui s'agiter et fnssonner comme aux approches d'un ouragan. Les peuples éperdus al* laient et venaient dans Teffiroi, comme les oiseaux qui

pressentent la tempête. Ramon reçut à son manoir de Lavelanet et à son donjon aérien de Monts^ar plusieurs hôtes illastres, et d*abord la vicomtesse Esclarmonde et le comte Ramon «Roger qui Tenaient inspecter leur forteresse faTorite da Thabor. Un jour, arrive au galop une femme, une princesse, suivie de quelques serviteurs â cheval : c'était Agnès de Montpellier, épouse, hélas! déjà veuve du jeune vicomte, emportant son iils unique, orphelin à la mamelle, dans les tours et sous la jU'arde du grand comte de Foix. Quelques jours après apparut le roi d'Aragon, escorté de cent clievaliers espagnols , qui revenait de s'interposer inutilement entre les chefs de la croisade et son parent, le vicomte de Carcas* sonne. Plus tard, se montrèrent enfin, nus, poudreux, affamés, effarés, les fugitifs de cette ville échappés par les souterrains on bannis par les croisés, annonçant la prise de leur cité, la captivité de leur prince, la dispersion et la destruction de lears con* citoyens. Le massacre de Bésiers, la défaillance de Narbonne, la chute incroyable de Garcassonne, victorieuse de Charlemagne , retentirent à l'horizon comme trois coups de tonnerre , dont princes et peuples restèrent foudroyés. Et l'on s'attendit à voir paraître bientôt la cavalerio de Montfort au pied des Pyrénées.

A ces effrayantes nouvelles , le comte de Foix, tuteur du vicomte de Garcassonne, le comte de Gommenges, non moins belliqueux et chef des races comtales de Garcassonne et de Foix, tous les princes pyrénéens agitent leurs lances, réparent leurs tours sur leurs rochers et s*élan-

Cêni sur leurs chevaux arabes hennisante. Les consuls des républiques méridionales arment leurs milices et se fortifient dans leurs puissantes et populeuses cités. Le Midi, chose admirable, ne recula

pas (quoique non sans quelque trouble de cœur, car -évidemment il ne s'attendait pas à un tel excès de barbarie) contre Home théocratique et contre ua ramas de cent peuples formé de tous les vagabonds de rOccident. Un choc terrible se prépare, une lutte exterminatrice, le jour héroïque et suprême de la race ibéro-romane. Mais avant de marcher aux batailles» ils escortent le sacerdoce cathare, Àme de cette guerre religieuse et patriotique^ dans Taire inaccessible de Montségur.

Gnq années ont suffi pour transformer le Gastellum romain en forteresse du Paradet. Ce fut un jour solennel, un jour lugubre et triomphant que celui où le jeune Ramon de Pejréla réunit dans ses murailles vierges les évôques fugitifs. Les évôques seulement et les archidiacres, car les cathares n'abandonnent pas leurs postes de prédication, ils no fuient point le champ du martyre; mais ils veulent sauver les chefs du sacerdoce, la source de l'ordination sainte, le foyer sacré de l'Esprit. L'Église restera exposée à toutes les horreurs de la guerre, mais sa téte, son cerveau divin, son âme immortelle sera dans Montségur. Expulsés de leurs cités par la croisade, ces calmes et religieux vieillards se dirigent vers Lavelanet. Lavelanet, comme son nom l'indique, était dans l'antiquité ibéro-celte un sanctuaire d'Abellio, Bélénus ou Bahal. C'était le petit autel ; le grand était sur la cime de Montségur, au-dessus des

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nuées; les gouffres Mdiquet de YEtb^ l'Estaug-Mal et TEstaDg-Tort étaient les piscines héliaqaes, nour* rices de tonnerres. Des cendres du culte du soleil se ralluma, sous un sou file mystique de l'Orient, le culte du Paraclet. Au iv*^ siècle, les Priscillianites » persécutés se réfugièrent sur cette montagne mystérieuse; ils lui donnèrent le nom de Thabor et consacrèrent les gouffres de l'Ers à saint Baithélemi, Tapôtre de la Perse, l'acolyte de saint Jean, patriarche de l'Orient. Au xii® siècle, Ramon de Pérelha était le seigneur et du grand autel, Montségnr. et du petit autel, Lavelanet. Au levant, sur un monticule rocailleux, revêtu de chênes, s'élève son château. Au pied du manoir, l'église, le moulin fâodal, et plus luiut, le bourg allongé sur la rive droite du Lectorier, torrent sauvage descendu tumultueusement des gorges de Montferrier. Ce gave fougueux se calme sous la main de l'homme et se multiplie pour activer les nombreux et retentissants cylindres où son flot écume et mugit en cascades. Lavelanet, au moyen âge, est manufacturier comme Garcassonne. 11 est aussi un atelier de catharisme ; il file et tisse avec le lin pur de saint Jean des tuniques merveilleuses, qu'il brode avec la pourpre éclatante de Platon.

Lavelauet est le rendez-vous fixé par Esclarmonde et le ooïnte de Foix aux évéques fugitifs. Ils venaient par tous les chemins, de l'est, du nord et du couchant. Par Ghalabre, arrive Bernard de Simorra, évéque de Garcassonne. Par Mirepoix, le vieux Gaucéli, évéque de Toulouse, et son coadjuteur, Guilhabert de Castres^ émigré de Faujaus. Après

eax, et par la même roote, la grande veuve, la papesse cathare, la vicomtesse Esclarmonde, fugitive de Pamiers. Et du couchant enfin, la bonne comtesse Philippa qui venait dédire adien à son glorieux manoir, pour s'en aller mourir, humble diaconesse, dans les cabanes et les grottes de Montségur. Toutes ces troupes en deuil cheminaient les yeux fixés sur la montagne du salut. Le Thabor pyrénéen est une montagne mystérieuse, à trois cimes ondulées, et dont chaque groupe reproduit un dirninutif de mamelons pareils, en tout neuf sièges ou neuf autels. On dirait le trône de la trine-unité de Dieu : Agnostos, Demiourgos , Paraclétos; trône triple où le ternaire divin se dédoublant trois fois , trois fois se recomposait sur son trépied, nouant et dénouant le chœur sacré. C'était comme une Ennéade, nombre symbolique affectionné de la Sagesse alexandrine, figuratif des modifications de l'Être, des évolutions, des énergies célestes. Le Thabor était consacré au Paraclet. Montségur occupait l'extrémité de son contrefort oriental. Lavelanet était à deux lieues dans la plaine, et, comme disent les chroniques, fttcota castrum Montis-îSecuri^.

Ramon de Pérelba recueillit dans ses murs le patriarche , les évôques, les diacres, les diaconesses, les écoles, les hospices, les orphelins de tout le Midi ; et formant de toutes ces multitudes éplorées une longue colonne immense dont il prit la téte, le jeune chef de Témigration se mit en marche vers Mont-

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