Qov. Dix jours après la mort de son mari
HI8T0IRB DES ALBIGEOIS Itt
AgDÔs accomplit cette reaonciatioQ indigoe sur le conseil de son oncle parternel, Ramon, évôcpie d'Agde» infiint de Montpellier. L'acte fat passé dans la maison dn temple* devant la porte de F^lise de ce monastère, et en présence, entre antres seigneurs, de réyéqne d'Agde et dn préeeptenr de la milice, Pierre de Cabrespin. Les témoins de Montfort forent Améric, vicomte de Narbonne, Gui le Maréchal, Pierre de Richebourg', et Simon et Robert de Passi ^surEure), chevaliers français. Nous verrons bientôt un antre Trencabel abdiquer de môme sa race et son pays. La boue des âmes, comme le torchis des tours, s'effondrait dans l'onragan (Anno 12Û9, yiii, Kal. Decembris).
Innocent TII accorda anx consuls de Toulouse que Tinterdit lancé par les légats fût levé de leur cité. Amalric se rendit dans leurs murs. Les citoyens renoncèrent à l'hérésie, et tirent au légat l'otïrande de mille livres toulousaines. L'abbé de Clteaux suspendit Tanathème, mais comme on ne lui donnait qne cinq cents livres, il excommunia de nonvean les consnls, qui se trouvèrent coup sur conp catholiques et cathares, cathares et catholiques. Enfin ils. apportèrent le reste de l'offrande, et Toulouse fut derechef orthodoxe. Amalric exigea pourtant, comme caution de sa fidélité au pape, des otages qu'il envoya au Castellar de Pamiers, entre les mains de Simon de Montfort. Il prenait d'avance ses garanties, sentant frémir le grande cité et palpiter sous ses pieds la terre romane.
L'insurrection se levait à la voix dn roi d'Aragon ;
son chef, c'était lo comte de Foix. Son cri de guerre, la ven}?eance (le leur neveu infortuné, le vicomte de GarcasRonne. Elle éclata de Béziers à Toulouse, du Rouergue aux Pyrénées. Monfort se bâta de quitter Montpellier . Comme il approchait de Garcassonne, il apprit que les montagnards tenaient assiégés dans un château Gnillaame et Âmanri de Poissy. Il yconrat; mais l'Aade était gonflé par les pluies, il n'osa lancer son cheyal dans le fleuve débordé ; et pendant qu'il faisait un détour par le pont de Garcassonne, le château fut enlevé, et les deux chevaliers français envoyés par le comte de Foix dans son inexpugnable donjon pyrénéen
Un plus grand échec arriva sur la Montagne Noire. Bonrchard de Marli, son cousin et son Patrocle, avait reçu le chftteau de Saissac De là, il guettait les tours de Gs^b-Âret» forteresse de V hérésie et du patriotisme roman. Le vieux Pierre-Roger lui tendit un piège ; il envoya une avant-garde l'agacer et Tattirer dans son embuscade. Bourchard soi tit de ses murs â la tête de cinquante chevaliers et s'éhmça aveuglément à la poursuite des fugitifs. Il tombe en plein dans Tost embusqué des fils de Nos. Ils étaient quatre«vingt-diXy tant à pied qu'à cheval, • dont quatorze arbalétriers. Les Français sont enveloppés. Bonrchard est pris, Gausbert d*£ssigny, son lieutenant, est tué, et le reste de leurs compaguons harcelés et hachés dans les ravins. L'effroi des vaincus fut tel qu'ils n'osèrent jamais revenir enterrer
i. p. de Vaux-Cernay, ch. XX.VI.
HISTOIRE DKS ACBIGBOIS W
ces pauvres morts dont les cadavres n'eurent d'autre sépulcre que le ventre des loups et des vautours. Le soir, Pierre-Roger remonta triomphant dans ses donjons aériens, et Bourchard, mis aux fers, eut pendant qninse mois, dans son cabanon de granit, le temps de regretter son manoir paternel de MircdnHslocus,
Le comte de Monfort fat très anxieux de la prise de Bourchard, et pendant font cet hiver sa fortune déclina jusqu'au retour des feuilles^. Vers le môme temps, Simon fut abandonné (ie Gérald de Pépios, un baron du Minerbois. C'était un Lautrec. Gérald s'était accordé avec Montfort. Simon, qui Je prisait fort, voulut s'attacker ce vaillant chef montagnard, et le traitait comme un ami. Mais un acte brutal vint déranger cette paix fictive, cet accord simulé. Un Français tua un vieillard, un oncle chéri de Pépios. Montfort fit enterrer vif le meurtrier. Mais ce châtiment terrible ne satisfit pas ia vengeance domestique et nationale de Gérald. Il sort du palais de Garcassonne ; il part sans prendre congé, sans défier Montfort. Son adieu et son déd furent l'incendie d'un château. Il s'empare de Puiserguier, métaux fers les deux chefs croisés, et parque leii s cinquante servants dans une tour. Montfort court après le rebelle, prend en passant, à Narbonne, le vicomte Améric, et vient assiéger Gérald dans Puiserguier. Mais Âméric, sympathique à Tinsurgé, refusa l'escalade et 8*en retourna à Narbonne. Montfort dut se retirer, vint coucher à Capestang, et^ grossi des
i. Q. 4«Tiid«Ua«XLn.
postes Toiâns de la mer» retint assiéger Poisargiiier. Gérald ne l'attendit pas cette fois. 11 précipita les cinquante servants da hant de lenrtonr, les ensevelit.
dans les fossés sous des amas de décombres, de fascines et de feu, et, sur le minuit, traînant à sa suite les deux chefs croisés, se retira vers Ménerba (la Roche des proscrits), inexpugnable forteresse de ces montagnes. Montiort arrive, sauve les soldats qui n'étaient pas encore morts dans leur tombe, ce qui pamt nn miracle, rase jns^'aa sol plusieurs chÂteanz, ravage les domaines, tae les colons de Pé» pios^ et après ces représailles, rentre tranquillement à Carcassonne. Un jour, à la porte de son palais, il voit un mendiant conduisant une sorte de spectre. Ce fantôme humain était sans jeyix, sans narines, sans oreilles et semblait horriblement sourire à travers ses dents sanglantes et dépouillées de lèvres. Cétait l'un des deux otages de Gérald; l'autre était mort en chemin dans un bourbier et sur la neige. Celui-ci, nu et' mutilé, venait porter à Montibrt la déclaration de guerre implacable, l'atroce vengeance de Pôplos et des barons méridionaux ^
Le comte de Toulouse, descendant le Rhin, était dans la ville impériale de Fiaiiclort. il vit l'empereur Othon, fils de celle Seujbélis, tant chantée par Bertraude Burn, ctneveude Richard Cœur-de-Lion. 11 y reçut l'accueil dû à sou rang, à la justice de sa cause, à la grandeur de ses Éiats et de ses malheurs, et comme une victime de la France et de i'figiise
i. Pierre de Vaux-Gernay, eh. XXVII*
romaine, ennemies de TAUemagne. Othon et Philippe-Auguste devaient se mesurer bientôt sur le champ de bataille de Bouvines. Dans cette grande lutte où devait se décider l'avenir de la France» menacé et déjà dévoré par le capétien» Ramon VI cherchait ses appuis dans les rois d'Aragon, d'Aile^ magne et d'Angleterre. Ah! où donc était alors Richard Gœap-de-Lion?où donc était Sanche le Brave, de Navarre? Pour rassurer Philippe, il repassa par Paris.
Le roi d'Aragon^ en Tabsence du comte de Touloose, se posait comme le patron de Tinsurrection romane, et le comte de Foix en était le héros, La victoire de Pierre-Roger de Gaharet avait renda le cœur à tons les barons romans. Après la défection de Oérald de Pépios vint celle d'Améric de Montréal, du château de Lombers, de la ville de Castres. Tout le Midi, revenu de son elFroi, échappait à Montfort. L'épouvante était passée aux croisés. Ils ne tenaient plus que quelques rares donjons où ils tremblaient etFarés, comme des naufragés sur des écneils. Monfort lui-môme était bloqué par l'impnissance et la terrenr dans les mors de Garcas^ sonne. Dans cette extrémité il appela à son secours ' son ami et son compère. Gui, abbé de Vaux-Gernay. Après l'abbé de Clteanx, Gui était le chef monastique le plus capable de relever le moral des croisés. Gui était un diminutif d'Amalric. La garnison de Carcassonne était sur le point d'abamloiiuer Montfort, Gui releva les courages par son éloquence guerrière, et surtout pur i'aauonce de la prochaine
BISTOIRB DBS ALBIGEOIS
arrivée d'une ncavelle croisade qu'il avait recrutée dans'les pajrs d'outre-Loire. Mais sou éloquence qui relevait les cœurs n'arrêta pas la révolte des peuples et la défection des châteaux. Plus de quarante donjons se détachèrent de Montfort. A Noël, il ne lui restait plus que Garcassonne, Fanjaus, LimouSy Saissac, Pamiers, Saverdun, Albi et Ambia-> let, encore incertains et frémissants. Les peuples se soulevaient et massacraient partout les poètes croisés. Enfin MiloD, son protecteur, mourut à Montpellier. ' Au milieu de ces ruines et de ces elfrois, Montfort resta seul inébranlable et le cœur haut et fier
Simon attendait doux choses : le retour de Robert ' de Mauvoisin, son ambassadeur à Rome, et l'arrivée d'Alix" de Monlmorenry, sa femme, à la tête d'une croisade du Nord. Robert revint vers Noèl. U apportait des lettres d'Innocent III. "Nous avons vu l'accueil magnifique fait au comte de Toulouse , les présents du pape, l'anneau, le manteau^ le cheval, le baisement de la Sainte-Face, Tabsolution du prince. Qui n'eût cru que Ramon VI n'était l'hdte et l'ami du Vatican ! Innocent trahissait le comte 11 félicita Montfort de son élection par les chefs croisés, I investit, lui et ses (lescend;ints, delà Septimanie conquise, et lui promit l'appui du saintsiège. U écrivit aux rois de Castille et d'Aragon, à Tempereur d'Allemagne, aux évéques et archoTéques, comtes et barons et peuples de Provence et d'Aquitaine, de seconder le conquérant de l'Albi-
^ i. Pierre de Vaux-Cernaj, XXVZIL
HISTOIRE DES ALBIGEOIS lit
gèok S le Macchabée du Vatican. Manvoinn était portear de toutes ces lettres à Montfort, aùz princes, aux prélats et aox peuples du Midi. Mais il Ini fallait recommencer la croisade, et il ne pouvait rien sans l'arrivée des pèlerins du Nord.
Le comte de Toulouse, des bords du Rhin, revint par Paris, pour intéresser à sa cause Philippe Auguste. Mais le capétien lui fit mànyais accueil et le traita, dit-on, avec on dédain superbe ^ 11 lui reprocha, sans doute, ses alliances avec le roi d'Aragon et Temperenr d'Allemagne. RamonVI revint dans le Midi à travers TAquitiiine soulevée; Le peuple devançait le prince dans la ^j^norre. Le comte se joignit au roi d'Arafj^on et aux belliqiifux fils cVAsnarf Ces grands barons sont armés pour venger la mort de leur cousin, l'héroïque vicomte de CSarcassonne. Voilà donc la guerre nationale engagée ; voilà les deux peuples en présence : d*un côté les légions de la croix, de l'antre les phalanges de l'Esprit. |
1. Lettrwda 11 et 13 nov. 1200.— Dom Vaissette, t. V, p. 142.