CHAPITRE II
Les troubadours. — Alix, comtesse de Montfort. Groiiade amenée par les «lames de France. — Montfort repousse la paix du roi .rAï asron. — I/abbé de Cîteaux refuse Tabsolution à Kamoii VI. — Siège de Ménerva.
Les négociations des princes8ontromp.ne8. Ans diplomaties succèdent les soalôTements populaires. Les troubadours embouchent leurs clairons de guerre. Vidaly Faidit^ Cardinal, Pégulha, Miraval, Figuei* ras, d'innombrables troubadours, appellent aux batailles saintes. Ils convient à la défense de la patrie la race la plus musicale, la plus poétique, la plus chevaleresque de l'univers. Dans leur nombre, deux se disiiu^uent par un prestige fabuleux : Guilhem de Tudeiie Bertran de Born. Guilhem se prétendait mage, nécromancien, élève de Merlin. Il essayait sa harpe et commençait son épopée à Montauban. Ce n'est pas lui, mais un pins grand enchanteur, le peuple roman, qui évoquait de Tenfer Bertran de Born.
Depuis que Rome avait décapité la race ibère en déportant ses chefs au nord de la Maladetta^ la
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nation mtitiMe s'était fait un type acéphale, un héros vivant dans la mort et portant sa tête dans sa main. Le premier fut un bercer de TArboast nommé ATentin, en roman l'Aquitain, personnification des tribns aqnîtaniqnes. Jeté par les \fanre8 dans nne tonr> il s'échappa en 8*envb1ant dans les airs. Repris, et décollé par la hache, il ramassa sa tête et prêcha contre l'invasion du crois^îant*. Le m^me phénomène se reprodnisait avec Bertran de Born. Born était mort na^rnôres dans rabbayo de Orammont. Une légende sortait de la tomlte du grand chanteur méridional. Les moines disaient qu'il était allé en enfer, et qu'il avait été décapité par Satan. Mais le peuple soutenait que le supplicié s'était relevé de son échafaud, s'était élancé sur son palefroi» et portant sa téte lumineuse, était remonté de l'enfer^ pour montrer aux Aquitains, avec son crâne rayonnant, les projets criminels des princes, les sombres arcanes du Louvre et du Vatican, et Rome couvrant la terrée romane de toutes les tortures du Tartare. Gomme le berger de l'Arboust, Born devenait un symbole du peuple aquitain. C'est dans les profondes douleurs nationales qu'apparaissent ces immortels fantdmes. Les peuples demandent aux mondes mystérieux des auxâiaires surnaturels. Ces visions qui s'entremé- . lent à l'histoire en sont comme la réalité fantastique. C'est ce troubadour de TAbîme qui, du haut de la Maladetta, où son crâne brillait comme une lune sinistre, appelait l'Aquitaine aux armes, depuis les Alpes jusqu'à l'Océan.