Gailh. de TudeUe]^ LVI
UISTOiUE DES ALUIGËOIS
resse. Mais, comme dans un corps. sain, la géante, sous sa peau écaillée, poasse un second épiderme de granit ; la garnison, sous le choc des engins^ derrière la muraille croulante, construit une courtine
neuve de rochers. Les hommes et les machines ne peuvent rien contre Termès; le ciel et la terre s'en mêleront. Le ciel est d'airain, la terre est de plomb. Le donjon n'a plus une goutte d'eau, ses sources sont taries ; il ne peut plas puiser dans le torrent à demi desséché. Le camp n*a plus une miette de pain, et les chevaux n'ont plus un brin d'herbe; comme les sauterelles et les chenilles, ils broutent les fouilles des bois. Dans cette lutte de la faim catholique et de la soif cathare, les asnégeants et les assiégés songeaient parfois à transiger. Mais comment aboucher le camp et le chùleau? Les prêtres sont d'habiles diplomates. On avait sous la main un négociateur merveilleux, Kamon de Roche fort, évôque de Garcassonne. Sa mère et son frère étaient enfermés dans la forteresse. 11 se présente à la barbacane et demande à Toir sa mère; cette matrone romaine repousse son fils comme un traître, et le frère cathare eût tué Févéque comme il avait naguère, disait-on, poignardé un autre entremetteur, Tabbé d'Eaunes. Ramon de Termès, vieux chef montagnard rusé, consentit à traiter. 11 suivit l'évôque au camp des croisés. 11 promit de livrer son donjon à condition qu'on le lui rendrait à Pâques, et demanda pour garantie une autre terre équivalente dans la plaine. Montfort contesta, refusa. Simon et Ramon jouaient évidemment au plus malin. JSst^ce qu'un chef pyrénéen livra son manoir paternel? £st*oe
qa'an conquérant normand rend une telle forteresse? Pouvait -on se fier à la parole d'un Montfort^ à la promesse d'un légat romain ? Ramon de Termès yonlait voir, espionner, foreter le camp des
croisés, llles trouva affamés, dépenaillés, impatienis de revenir en France ; si impatients, que les chefs, les comtes de Ponthieu et de N..., môme les évôques de Chartres et de Beauvais, voulurent partir à Tinstant môme, avant la ûn de leur quarantaine, avant roccupation du château. La comtesse de Montfort se jeta à leurs pieds, les légats rappelèrent les menaces de Rome» l'archidiacre Guillaume fit entendre la Toix du ciel. Rien ne put les retenir; révéque de Chartres seul se laissa toucher aux larmes de l'héroïque Alix de Montmorency, et resta quelque temps encore. Montfort, se voyant abandonné, envoya l'évêque de Carcassonne au château. Ramon redescendit au qamp. 11 ohtint tout de Montfort. La capitulation fut ratifiée. * Eh bien, dit le comte impatient, livrQZ-moi la forteresse. — Elle TOUS sera livrée demain matin, » répondit Ramon.
Qa'attendait-il? Il avait vu une petite fumée sur le Bugaratch. Il avait entendu un murmure sourd dans lesGorbières. C'était le mugissement de TÉquinoxe.
Pendant la nuit suivante, l'ouragan éclata. Le ciel creva, dit un témoin, et lâcha toutes ses cataractes. Les sources renaquirent, les citernes, les piscines furent remplies d'«^au pluviale , et le torrent roula ses eaux tumultueuses dans sou ravin de granit, au pied des tours. Les catholiques étaient consternés: ils passèrent toute la nuit à disputer leurs tentée au
toarbillon. « Nos chants d'allégresse se changent en deuil, dit le chroniqnenr, et le deail des ennemis se tourne en joie. » Les paavres altérés s^abreuvent de ces eaux Tivifiantes. Ils reprennent des forces et l'envie de défendre leur donjon. Dieu a parlé par ces tonnerres. Ils ne rendront pas la forteresse ! Gui, le maréchal, réclame la livraison du château. Raraon de Termès refuse : « cet ouragan, c'est la voix de «Dieu, il nous rend nos forces avec ces eaux et ces tempêtes. Il nous ordonne de défendre la forteresse de la patrie et du Paraclet.» L'évôquedeCbartres, qui partait le lendemain, vint tenter de nouvean la capitulation. Gui de Lévis remonta une seconde fois : on lui adjoignit Févéque de Garcassonne pour séduire sa mère, la dame de Roquefort. Mais la vieille matrone se refusa de nouveau à voir son fils, qui, pour sauver son évêclié. sacrifiait sa patrie à Montfort. L'évêque de Chartres partit dôs le matin. Montfort, par déférence, accompagnait le prélat. Tout à coup il entend un grand tumulte sur le plateau. C'est Ramon de Termès qui attaque le pierrier turc et fond sur le camp délabré par l'ouragan. Il remonte en bftte, se joint à ses chcTaliers, et refoule les assiégés dans la forteresse.
Ramon de Termès était triomphant, car Montfort
se trouvait abandonné de ses soldats; et il attendait, lui, de terri])les auxiliaires. Les pluies annoncent les neiges; l'automne était Tavant-coureur rapide de l'hiver. L'hiver allait lui livrer, allamé, transi, pris dans le filet des frimas, le lion perclus de Montfort. Malheureusement un ennemi secret s'était glissé
HISTOIRE DBS ALBIGEOIS
dans l'héroïque donjon. Soit transition trop brusque d'un air brûlant à un air glacial, soit excès de privations» soit abus d'eau plaviale, soit infection des oilernes, sdt toutes ces causes ensemble^ la djssen* terie avait saisi ces valeureux soldais. Ils ne pouvaient servir les calabres ni combattre sur les murailles. Montfçrt eut connaissance de ce mal. Il lui survint un corps de Lorrains ; il résolut d'étreindre la forteresse. L'archidiacre fit jouer toutes ses machines et écrasa le chAteau d'une grêle de rochers. Montfort fit mener un chemin couvert jusqu'au pied des murs; il attacha la sape à l'inexpugnable donjon. L'hiver ne venait pas; c'était un faux hiver; saint André n'amenait pas les neiges libératrices ^ La panique s'empara de toutes les tdtes* Ils résolurent d'abandonner la forteresse fracassée. Pendant une nuit obscure, le fier vieillard fit décamper en silence sa femme, ses enfants, ses malades, ses ministres cathares, ses derniers combattants. Resté le derni< r sur la poterne, il allait les suivre, lorsqu'il rentra pour enlever quelques joyaux oubliés dans le chftteau. Un pauvre pèlerin de Chartres saisit lo chel" alangui. Ses cris réveillent le camp ; les croisés poursuivent les fugitifs dans les ravins des Corbières. Les uns se réfugièrent sur le versant du sud, dans le Roussiilon ; d'autres gagnèrent le donjon de Quérlbes» sur le Bn« garatcb.
Ainsi tomba l'héroïque forteresse des Corbières. TermèSi comme Ménerbe, fut vaincu non par les