p. de Vaux-Gernay, XLIX
MB iiiSTOlRE DES ALBIGEOIS
chappèrent, traversèrent le gué da Basade, et, par le pont de Muret, au nombre de cinq mille, marchèrent sur Lavanr. Les assiégés, reconnaissant la ban^' nière de Toulouse, crurent que c'était un secours du comte Ramon, et furent étonnés lorsqu'ils les virent s'arrêter dans les tentes de Montfort. Ils accrurent la famine des croisés. Les assiégés ne s'en épouvantèrent pas; ils se défendirent avec la plus grande 065* iination; arrogants et superbes, ils narguaient les assiégeants, et pour montrer Tépaissenr de lenrs murs, ils caracolaient sur les remparts avec leurs chevaux bardés de fer.
L'évéque Foulque, bientôt après, suivit ses pèlerins devant Lavaur. Son insolence Tavaitfait chasser de Toulouse. Le samedi après la mi-carôme,il avait voulu, selon l'usage, administrerTordination ; mais le comte excommunié était dans la ville, et nul ne pouvait, partout où il se trouvait, célébrer les saints mystères. Foulques le fit prier de sortir des murs jusqu'à ce qu'il eût conféré lordination. Ce message mit le prince en fureur. Ramon envoya vers l'évèque un chevalier avec commandement exprès de vider au plus tôt sa ville et sa terre. Foulques, le visage gai^ lard et serein, répondit : « Ce n'est pas le comte qui m'a fait évêque. Ce n'est ni par lui ni pour lui que j'ai été placé sur ce siège épiscopal. Je suis élu par Tautorité ecclésiastique, et non intrus par la violence d'un prince. Je ne sortirai donc pas à cause de lui de la cité. Qu'il vienne, s'il ose. Je suis prêt à mourir, pour arriver à la gloire par le calice de la
l. Dom Vainette.
HISTOlRt DSS ALBlGSOiS. M
passion. Que ce tyran donc vienne avec ses soldats et ses armes. Il me trouvera seul et désarmé. J'attends le prix, et ne crains point ce que rhommc peut me faire. » 0 grande constance d*esprit! ô merveilleuse vigueur de Tâme ! s'écrie le chroniqueur delà croisade. Ce fanatisme n'est pas sans une sorte de grandeur sauvage. Il attendit pendant quarante jours les bourreaux. Mais le prince était un homme clément, politique, et peu disposé à renouveler le meur^ tre do Saint Gélis. Foulques ne put obtenir le martyre de Pierre de Gasteluau et de Thomas Becket. Alors il sortit fièrement de Toulouse, et se rendit au siège de Lavaur, auprès des légats et du chef de la croisade*.
Montfort attendait encore un convoi de six mille pèlerins allemands, ce qui, avec les Français et les Toulousains, eût porté à près de 20*000 hommes les troupes qui assiégeaient Lavaur. Ces étrangers venaient de Garcassonne et couchèrent à Mon^oie. Ils étaient commandés par un Français, nommé Nicolas de Bazoches. A l'aube, ils se remirent en marche pour Lavaur. Mais pendant la nuit, le comte de Foix vint s'embusquer sur leur passage dans la forêt. Son ost était divisé en trois corps, commandés par le comte Ramon-Roger et par ses deux lieutenants, Roger-Bernard, infant de Foix, et Gérard de Pépies. Ils les laissent s'engager sous les bois, puis se lèvent, les enveloppent et les sabrent. Le chroniqueur prétend qu'ils étaient désarmés. Pnisqu'ib venaient pour combattre, ils devaient être en armes*
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Ce fut donc un vrai combat et un massacre tumultueux. Les deux tiers des pèlerins jonchèrent le sol, blessés on morts. Les trois chefs s'élancèrent sur les traces des fugitifs. Le jeune infant de Foix s'acharnait après un croisé qui, réfugié dans une église rustique, se croyait sauvé dans cet oratoire; mais le prince y bondit avec son cheval. « Qui es-tu? demanda-l-il à cet étranger mystérieux, revêtu d'une cbappe. — Jo suis, répondit-il, pèlerin et prêtre. — Prouve-moi que tu es prêtre! * Il baissa son capuchon et montra le signe clérical. L'infant, levant sa hache d armes, lui fendit la tonsure et le crâne. Le comte de Foix, après ce carnage, revint à Toulouse avec le subside destiné à la croisade. Un seul des fuyards atteignit Lavanr et porta la lugubre noayelle à Montfort. Simon accourut, ramassa les blessés, brûla le village de Montjoie, et revint étreindre avec plus de fureur l'héroïque cité*.
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