P. do Vâux-Gêraty, U LU LU
mSTOIRB DBS ALBIOBOIS IIS
rostres des vaisseaux romains, s*accrochèrent aux créneaux. Il ne s'agissait plus que de monter à l'abordage. Il paraît que les calabres albigeoises lancèrent des rochers, ûrent voler en débris les passerelles aériennes, et que les guerriers qui les montaient tombèrent dans les fossés. Mais le château de bois ne lâcha pas la cité de pierre. 8ealement le combat descendit de Tescalade arentarense des gaerriers â la sape lente et tenace des mineurs. Gonverts d'nne carapace métallique, les mineurs se mirent, comme des taupes, à trouer le vaste rempart. Vainqueurs sur les cimes, les assiégés s'efforcèrent d'écraser l'attaque qui renaissait à la base des murs. Ils cherchèrent à briser la coupelle d'airain sous le poids des rochers, à la percer par le choc de pieux aigas et armés d'an bec de fer^ pour qne les travailleurs reçussent, par les fissures, des* flots d'huile bouillante» de résine liquide et de plomb fondu. Le bouclier de bronze résista; les sapeurs se logèrent dans le mur, et pendant ce combat de pics, de lances, de flèches, d'arbalètes et de balistes pour balayer les murailles, l'abbé de la Case-Dieu, suppléant des légats , les évêques de Carcassonne, de Toulouse, de Paris, tout le clergé de la croisade, entonnèrent avec un féroce enthousiasme le Vent Creator Spiriius, Chose étonnante, mais qu'explique l'imagination et le pouvoir du mystère» ces hommes, que n'émouvaient ni le fer ni le feu» furent troublés par ces chants, abattus par cette psalmodie, qui leur semblait avoir quelque chose de surnaturel ; quand la brècbe fut ouverte, ils laissèrent paisiblement entrer l'ennemi, le pil-
su HISTOIRE DES ALBIGEOIS
lage et le massacre^ tendant leurs mains aux fers et lear âme à la mort. Ils croyaient a^oir assez £edt pour le martyre*.
Lavaur fat pris le jour de TinTention de la Sainte- Croix, ce qui parut une intervention directe de Diea en faveur des champions de la croisade (3 mai 121 1). Ainsi tomba cette forteresse, héroïque par sa défense, car elle résista deux mois à quinze mille croisés commandés par Simon de Montfort, plusieurs princes français et allemands, un grand nombre d'évôques, parmi lesquels ceux de Toulouse et de Paris, vingt légats du Saint-Siège; héroïque et sainte par le martyre* car le massacre fut à peu prô» universel. Les croisés, entrés par la brèche, firent main basse sur toute la population effiirée et hurlante de me en rue. Après le massacre, on découvrit quelques femmes retirées avec leurs enfants dans une maison : c'était la mort. Un chevalier demanda leur grâce et Toblint de Montfort. C'est le seul acte d'humanité signalé dans ce carnage, et il ne vint pas d'un prêtre. Lavaur était un refuge d'hérétiques. On y trouva quatre cents parfaits; on les brûla, dit un moine, avec une immense joie, La joie des mourants ne fut pas moindre; on leur offrit d'embrasser la folro* maine; ils préférèrent la mort> et, se donnant le baiser de paix^ s'élancèrent dans le bûcher co lossal *.
Montfort ûi prisonnier Améric de Laurac, défenseur de Lavaur, et quatre-vingts chevaliers qui, dé-