CHAPITRE PREMIER
Montfort déclare la pruerre à Ramon YI. — Prise de Montjoie* Gassers et Montfarraad. — Sidge de Toulouse.
Maître de la vicoiiité de Carcassonne, Montfort se jeta sur le comté de Toulouse. Quel prétexte de guerre? La raison du loup À l'agneau : Ramon avait refusé des vivres an camp catholique de Lavaor; puis» rezeommanication qui lai livrait Toulouse, à lui, général da pape. Il était la foudre de Panathème. De Lavanr il s'élance sur Montjoie, pour venger la mort des pèlerins allemands. Il trouva Montjoie vide, prit le château, pilla et dévasta le bourg. D'un autre bond il fond sur les Gassers, — les Chênes, — à une dcmMieue de Saint-Félix de Ca-
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raman où se tint le synode de Nicétas. Cassers était plein de parfaits. Le château capitule. Il se rend à ces deux conditions : vie sauve aux habitants; aux hérétiques , le bûcher. Les évôques essayèrent de convertir les Cathares. Vaines exhortations I Ils farent brûlés vifs, avec une immense joie, Ramon essaya de les saaver; pour la seconde fois, il vonlnt négocier; il demanda une entrevae aux principanx chefs croisés ; Montfort, farienz, rompit toote transaction en s'élançant sur le comte, qu'il pourchassa plus d'une lieue vers Toulouse.
D'un élan il se rua sur Montferrand de Lauragais. Baudouin y commandait, ce faux frère de Bamon, élevé au Louvre, ami des Français. Baudouioy avec le vicomte de Montclar et quatorze che- Taliers» reponssa les qaatorze mille croisés de M ont^ fort. Cependant la brèche est ouverte ; Simon ordonne l'assant. Il est repoussé, refoulé, écrasé. C'est évidemment l'oeuvre de Montclar. Simon résolut alors de séduire Baudouin. Il l'avait connu à Paris. Il vante sa valeur, rappelle l'inimitié du comte; Ramou veut le faire périr en l'exposant dans un aussi faible château I II lui promet vie et bagages saufs, pourvu qu'il ne porte pas les armes contre les pèlerins. Mais pourquoi ne se rangerait-il pas parmi les soldats de la croix, les défenseurs du pape et de Jésus-Christ? On lui donnerait de vastes domaines sous la mouvance de rÉglise et de Montfort, car la maison de Toulouse est condamnée par Rome. Ramon est un suppôt de l'enfer
Baudouin prête l'oreille à Montfort, au légat, comme Ëve au serpent. Et, chose incroyable, il va
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en conférer avec le comte, demandant des débris da yaste héritage de Tonloose, des lambeaux de la Tuine da midi. Ramon VI reconnut le bâtard de sa
mère, le Sinon de France. 11 anrait pu s'attacher ce traître. 11 le repoussa avec indignation, et lui défendit de reparaître devant ses yeux. Baudouin se retire, livre la place aux Croisés, est réconcilié par les évéques, et reçoit en salaire Bruniquel et une part de )a vallée de rAveyron. Et depuis lors ce chien marcha toujours deyant le lion de Montfort pour relancer sa proie. Simon yint Tinstaller lui-même dans le Quercj ! Âu bruit de cette défection, Gaillac, Monta igu^ Cahusac, la Garde, Puieelej, Saint*Marcel, la Guépie, Sainl-Antonin, s'eôrayèrent; il se fit un tremblement de châteaux effarés. Ils se rendidirent à Févêque d'Albi. Les princes toiubaieut comme les forteresses. Après Baudouin, voici Trencabely frère du vicomte martyr. Il contirma la cession, qu'il avait déjà faite au si^ge de Ménerbe, de tous ses droits sur les cinq yicomtés de la maison de Garcassonne (5 juin 1211). Simon quitta les bords du Tarn en apprenant l'arrivée d'une nouyelle croisade conduite par le comte de Barn et recrutée sur les bords du Rhin. De Garcassonne elle marcha sur Montgiscard où Montfort se mit à sa tête, et de là s'avança vers Moutaudran pour assiéger Toulouse.
Les capitouls se rendent auprès des légats. Ils de^, mandent pourquoi Ton vient attaquer une ville parfaitement reconciliée à r£glise romaine* Les légats répondent que c'est parce que les Toulousains conti«. nuent de reconnaître pour leur seigneur le comté
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Ramon» et qa*il8 doivent recevoir le nouveau chef,
c'est-à-dire Montfort; sinon, on va les attaquer comme hérétiques. Les Toulousains refusèrent de trahir leur prince, de rejeter leur dynastie glorieuse. Alors, sur l'ordre de Foulques, leur évéque, retiré dans le eamp des croisés, le prévôt de la cathédrale, les prêtres, les moines, pieds nus, croix en tête, chantant des hymnes, sortirent de Toulouse. Us se retirèrent avec ieuraiyme-Dien ao campdeMontfort, et laissèrent la métropole héroïque an prince, au peuple, au Paraclet.
Ramon et ses lieutenants^ les comtes de Commences et de Foix, avec cinq cents chevaliers et un corps de fantassins, se portent hardiment à la rencontre de Montfort. Ils coupent le pont de Montaudran. Les deux osts n'étaient séparés que par TErs. Montfort n'osa franchir le torrent» et chercha plus loin un au* tre pont, qu*on abattait. Il l'attaqua impétueuse* ment et les croisés passèrent à gué, à la nage, et sur le pont mutilé. Les comtes reculent en combattant, et, pour n'être pas débordés, reviennent s'adosser aux murailles. Ils font volte-face, sabrent Tavant-garde et enlèvent son jeune chef, un licitard de Montfort, qu'ils emmènent dans Toulouse. Montfort, furieux du malheur de son iils, s'élance contre le bourg, vers Saint-Saturnin. Il dresse ses engins contre les deux portes occidentales. Les consuls, fièrement, en ou- Trirent les battants; ils en percèrent quatre autres qu'ils laissèi^nt ouvertes jour et nuit. Montfort tenta l'assaut. Amalric, Foulques, Saint-Domrnique, haranguèrent les assaillants. Ils furent rejetés dans les fossés. Alors, par les portes béantes sortent les trois
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comtes, les capitouls, les milices urbaines, la chevalerie pyrénéenne. Le comte de Foix, à leur tôle, a son clieyal taé d'an tronçon de lance dans le poitrail. Près de lai tombe Ramon de Gàstelbon, son coasin, vaillani baron catalan. C'était nn Gommenges d*Andorre, un fils (VAsnar, Les Toulousains, dit un chroniqueur, combattirent comme c?e5 loups afi'amés» Les comtes ne rentrèrent qu'à la nuit, emmenant deux cents prisonniers et laissant autant décadaires ennemis sur le champ de bataille.
. Le lendemain était un mercredi : le combat recommença. Hago d'Alfar, sénéchal d'Agénois, et son frère» don Pédro de Arsis, virent du haut des tours l'ennemi ravager la banlieue, couper les vergers, brûler les moissons. Montfort s'efforçait de prendre Toulouse par la famine, ne le pouvant par les armes. Les deux vaillants Ara^onais résolurent d'aller châtier les ravageurs. Le comte Ramon, Fabius temporisateur, craignant la trahison, veut les en empêcher, et se met en travers devant la porte. Mais le peuple indigné réclame la sortie et le combat, et suit le vaillant sénéchal. Ils rencontrent le chef des dévastateurs, Eustache de Canhitz, ami de Montfort, et le tuent an passage d'un petit pont. Ils éteignent l'incendie avec le sang des incendiaires. Les Toulousains combattaient comme des diables sortis de Venfer. Le comte de Foix, dont ils ne formaient que l'avant- garde, arrive avec les Béarnais et les Navarrais. Toute la plaine n'est qu'un tumulte et un carnage. Les croisés criaient : A Bar! ABarl Les comtes de Bar, de Chalons, de Montfort accourent; une bataille générale s'engage; elle dura jusqu'aa
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soir. Alors, le comte de Foix, fatigué de tout et content de son batin, rentra dans ses marailles.
Grand fut le tournoi du Christ^. Montfort en était
à demi désespih^i^ , Mais ce qu'il pleura surtout, ce futEustacbe de C iiihitz. (\ir c'était un grand et puissant baron. On transporta son corps dans son pays. Ou lui ût de magaiûques funérailles et de longues lamentations.
Le lendemain, an petit jour, Montfort décampa. Pendant la nuit on tint conseil. Les princes da nord conseillèrent la pair. Le légat et Montfort étaient tellement abattus qu'ils y auraient consenti. Mais
l'évôque Foulques vociféra que Toulouse était plein d'hérétiques et qu'il fallait l'exterminer. Le massacreur de Beziers n'osa se montrer moins féroce que l'évéque de Toulouse. Le comte de Çbalons attristé» sa quarante finie, s*en retourna dans son pays, et Montfort, furieux contre le com€e de Foix, qui lui infligeait ce désastre, s'élança sur les terres de l'A* riôge. Longeant les collines de Vieille-Toulouse, il passa TAriège au pont de Hante^Rive, et lâcha ses hordes sur les terres de Foix qu'il dévasta jusqu'au pied des Pyrénées. Les Faidits, sur ses derrières, reprirent Haute-Rive, et Varilles, à son approche, s^incendia. L'hiver le chassa, et ses neiges éteignirent les feux.
L'abbé de Citeaux, de son cété, ravageait le Lanragais. Il prit les Cassera, château des Roqueville, et une centaines de cathares, dont ce bourg qu'ils
|. Tud«llo. 2. Anonyme.
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. défendaient fut le bûcher. Les deux dévastateurs se rejoigniroDi à Gastelnaadari. Là, le comte de Bar, honteux de ces ravages, quelques prières qn'oa lai fit de rèster^Ies quitta et partit pour Garcassonne. Il était pour la paix, commé le comte de Ghalons dont il suivit les pas. Le légat et Montfort, chacun par son chemin, pillant, tuant, incendiant, se rendirent à Gahors. Qu'allaient-ils faire dans la capitale du Querci? Pendant le siège de Toulouse, l'évêque, Guillaume de Cardaillac, était venu offrir sa ville au chef de la croisade. L'évêque, mais non le peuple, fit à ce vaincu un accueil triomphal. Simon lui rendit en fief le CQmté de Querci. Pour une viUe^ l'évô* que gagnait un comté (20 juin 1211). Amauld^abbé de Giteaux, Foulques, évôque de Toulouse, Vidal, abbé de Pamiers, Thédise et Dominique, témoins de l'hommage, consacrèrent de leur signature celte trahison. Le traitre, convaincu que Montfort n'était pas apte à l'investir 'de ce fief, en demanda l'investiture à Philippe-Auguste.
Par cette double félonie, les évêques de Gahors sont devenus comtes du Querci, liges des rois de France. Et Philippe-Auguste enfonça plus avant sa griffe de lion dans les reins de l'Aquitaine abattue, mais rebondissante encore sous la hure et la dent du monstre. Montfort reçut aussi le serment des consuls qnercinois, et pendant qu'Amalric en dressait les diplômes, Simon convoyait jusqu'à Rocamadour un reste d'Allemands, échappés au comte deFoiz. Ils regagnèrent le Rhin par Limoges, taudis que les Barroii se retiraient par Lyon.