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CHAPITRE IX

Assises de Pamieis. — Préambule.' — L'Ei^lise. — Les hérétiques. — Les croises. — • Les cuaquis. — Insurrection de la Gascogne.

,G*e8t ainsi que Pierre de Vaux-Gernay poursuivait de ses Tociférations le pacifique Ramon VI qui, par le port de Salao, se rendait à Saragosse pour implo-* rer le secours du roi d'Aragon. C'est ainsi que Montfort promenait le fer et le feu autour de Toulouse et sur le sol des princes pyrénéens. Ces emportements de la voix et du glaive provenaient d'impuissance et des échecs de la croisade. Le comte de Foix avait débloqué Montauban, et Tlnfant de Foix venait de débloquer la forteresse aux trois tours et les trois comtes. Le père et le fils se renvoyaient le Lion. L'Infant, par une marche hardie, alla braver Carcassonne et s'embusquer près de Narbonne. Il attendit un convoi de pèlerins du Nord, en sabra la moitié sur le terrain, et emmena l'autre dans les tours de Foix; le prince cathare était doux, mais il

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était de son siècle; il se revanchait de la croisade, on l'accase d*avoir torturé ses captifs, pendu les prô-> tres^ et traîné les moines, attachés par les testicules, dans le bourg de Foiz. Si ce Q*est pas une calomnie, il vengeait Fécartèlement de Martin d'Algafo et le massacre des trois cents défenseurs de Moissac.

Pierre de Viiux-Cmiay prétend qu'il ne restait h Rainon VI que Toulouse et Moiitauljan. Mais il avait encore Foix, Montsé^ur, Peyre d'Albi^?eois, les ratnps de Nore, de rAveyron, de Malause et de la Dordogne, ces forteresses vivantes, mobiles, in* saisissables. Il lui restait aussi le cœur d*an peuple, suprême refuge des rois.

Malgré ces camps de faidits, le chef de la croisade résolut prématurément d*aflbrmir par les lois ce qu'il n'avait qu'ébauché tumultueusement par les armes. En conséquence il convoqua les assises de Pamiers, en imitation des Assises de Jérusalem. Il se posait en Godefroi de Bouillon de l'Albigeois. 11 convoqua donc les trois états : les évéques, les barons et les bourgeois du Midi.

Le Parlement se tint au Gastellar, dans la même salle capitulaire où, cinq ans auparavant, s'était assemblé le colloque. L'archevêque de Bordeaux, les évéques de Toulouse, Carcassonne, Agen, Périgueux, Gonserans, Commenges et Bigorre répondirent Pi l'appel du conquérant.

Mais pourquoi l'archevêque de Bordeaux, qui n'était pas des pays conquis, s'y trouvait-il ? Et pourquoi Arnauld-Amalric, archevêque de Narbonne, primat de Septimanie, légat général de la croisade, ne présidait-il pas ce Parlement? Il s'était jarrogé le

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duché de Gothie, et ce spoliateur ne voulait sans doute pas reconnaître la spoliation du conquérant territorial. C'était entre le chef religieux et le chef militaire uq brandon de discorde. L'archevéqae de Bordeaux, en l'absence du légat, présida donc les assises. Le Parlement élut douze membres pour en rédiger les statuts : quatre ecclésiastiques, les évôques de Toulouse et de Carcassoniie, un Templier et un Hospitalier; quatre barons français du nombre des conquérants, et quatre Aquitains dont deux chevaliers et deux plébéiens ; parmi lesquels sans doute le transfuge Arnauid de Gampragnan. Ces mandataires ébauchèrent en quarante-six articles un programme dont voici le texte abrégé.

PRÉAMBULË

Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ par qui nous fûmes établis en ce haut siège de justice, afin que ce qui est attenté contre Dieu, TÊglise romaine, et la justice soit par nous remis dans la droite voie,

maintenu et fortifié pour abolir la malice des hérétiques, des déprédateurs et des niaifaiteurs. C'est pourquoi, nous, Simon, par la grâce de Dieu, comte de Montfort et de Loicestre, vicomte de Béziers, de Carcassonne, d*Albi et de Rhodez, pour maintenir la terre en repos, en Thonneur de Dieu et de la sainte Église romaine, de notre seigneur le roi de France, pour Tutilité de tous nos sujets et par le conseil des vénérables seigneurs, évêques, barons et

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notables, établissons sur toute notre terre les coutumes générales qui suivent.

SECTION I. — l'église.

Art. 1. Qiio tous Ic^ \m\\]o<^e^ des ('i^liseset abbayes, octroyés de droit canon, soient de tous et partout respectés. Défendons que les églises sr.ient conyerti^ en châteaux et en forteresses, ni réduites en serrage; commandons que celles qui l'ont été soient démolies et réservées à la volonté des évêqucs, à condition toutefois qu'ils ne puissent retenir ces églises fortifiées.

Art. 2. Que tonlos priinicie.s soient rendues aux églises, et toutes dîmes payées, selon les ordres dn notre seigneur père, le Pape.

Art. 3. Que nul clerc ne soit taillé pour sa terre, s'il n'est marchand ou marié.

Art. 4. Que nulle foire ou marché ne soient tenus le dimanche , et qu'ils soient remis à uu autre jour, au choix du seigneur et du comte.

Art. 5. Que le clerc simplement tonsuré pris en délit soit livré à l'évéque, et que le détenteur soit excommunié.

Art. 6. Que chaque maison de la terre conquise paye par an trois sols molgoriens à notre saint père le Pape et à la sainte Église romaine, en souvenir perpétuel que par son aide elle a été acquise contre les hérétiques et donnée à toujours au comte et à ses

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successeurs* Et cet impôt sera levé entre Carême et Pâques.

Art. 7. Que nuls barons ou cheTaliera contraignent les églises on maisons religieuses à payer la taille : qu'elle soit pur don ou concession des rois,

princes ou seigneurs

Et si leur possession a été interrompue par la malice des hérétiques ou d'autres mauvais princes, qu'une enquête soit faite sans délai^ et la preuve admise sans retard.

ÂRT. 8. Que les paroissiens, les dimanches et les fêtes où cesse tout travail manuel, soient contraints de Tenir ft Péglise et d*ouïr la messe et le sermon. S'il advient que le seigneur ou la dame, sans empêchement do maladie ou cause raisonnable, ne viennent à l'éf^lise, qu*ils soient tenus de payer six deniers tournois, applicables la moitié au seigneur (comte?) et l'autre divisée entre l'Église et le curé.

Art. 9. Dans tout village sans église, mais ayant maisons d'hérétiques, que la plus belle soit convertie en église» et une autre donnée an curé pour presbytère.

Art. iO.Oaîconque permettra sciemment à l'hérétique d'habiter dans sa terre, soit pour argent ou tout autre cause quelconque, le confesse, ou, convaincu, perdra sa terre, et son corps sera en la puissance de son seigneur, pour le rançonner à volonté.

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