CHAPITRE PREMIER
Toolonse appren'] In défaite. — R(?toiir des princes, deiharODS^ des consuU. — GémissemeoU de la cité.
Touloase attencfaît, anxieuse, des nouvelles de la bataille. Elle comptait sur la victoire, le trépas de Montfort, la capture des évôques. Qui n'eût pas cru comme elle à ce triomphe? Tout à coup un chevalier arrive effaré du côté de Muret. Il ne prend pas le pont de la Garonne. 11 lance son cheval dans le fleuve et aborde vers le castel narbonnais. C'est Guilhem d'Enteiseb, un messager que le comte en-) voie peut-être aux princesses dona Elëonor et dona Sancha d'Arag-on. il aborde, il s'écrie : « Tout est perdu; le roi d'Aragon estmort^ les comtes vaincus^
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les Toulousains hachés, le camp enîové par Montfort! » On ne peut le croire, mais le désastre est coup sur coup confirmé par les débris de la bataille. Les comtes de Toulouse» de Commengas» de Foîz, arrlTeût haletants et poudreux, les barons avec leurs chevanz» les fantassins sar les nefs» et enfin le fleare» taché de sang , ronle des cadayres. Alors des la* mentations s'élèvent dans la cité veuve. Chacun pleure ses morts. Tonlouse gémit sur la patrie romane tombée dans les plaines fatales de Muret.
Le comte, les consuls, les princes confédérés délibèrent au Gapitole. Lo désastre est immense, mais non pas irréparable. Le roi d'Aragon a péri, mais non pas l'Aragon. L'Angleterre est sympathique. Les chefs «méridionanx survivent; la chevalerie est toute entière; la moitié de l'infanterie revient sur les nefs. Les citoyens, même les femmes, môme les enfants, combattront. Toulouse peut opposer 2,000 chevaliers, 20,600 citoyens, tout le peuple armé à la croisade. Montfort attaquera on les évôqnes négocieront; on repoussera Montfort, on parlementera avec les légats. Les comtes de Foix tiendront la campagne, et le comte Ramon ira chercher des secours en Angleterre, en Allemagne et môme à Rome.
La bataille de Muret fut un coup de tonnerre qui produisit une dispersion générale de peuple effarouché. Ramon VI ouvrit la marche, il conduisit son fils, ftgé de quinze ans, en Angleterre; il devait en ramener des secours. Mais le roi Jean n'était pas le Gœur-de-Lion.
La comtesse Aliénor et l'infante Joana quittèrent aussi Toulouse. Où se retirèrent-elles? Peut-être à la
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coor de Marseille, chez leur neyeu Ramon-Bôren* ger» comte de Proyence. Peut-être eamrent-elleSy éplordeSy le char funèbre de l'héroïque martyr de Sixéna.
Ermessinde, femme de l'infant de Foix, princesse âgée de vingt ans, jeune mère, pour dérober le fruit de son sein ou l'infaot qui pendait ç sa mamelle, se retira à Castelbon, son berceau catalan, donjon perché sur Taréte qui séparait les vallées d'Andorre et de PalharSy ses vassales. Elle y fonda un second champ d'asile pyrénéen.
Escaronia de Caussade et Obisca de Rabaslens, filles d'Esclarmoude de Foix, se réfugièrent sans doute auprès de leur mère à Montségur. C'est là que dut se retirer aussi AladaXs de Penne, avec ses enfants, Bernard et Olivier, qui devaient être deux héros.
C'est une touchante et romanesque histoire» Ala-
daïs était veuve. Son mari était tombé probablement sur le champ de bataille de Muret. Jordan, le beau vicomte de Saint-Antonin, le troubadour dont elle inspirait les chants, avait disparu dans le luèuio tourbillon. Son cœur ne put résister à ce double trépas. ËUe dit adieu au monde, à son noble manoir, à sa charmante vallée de l'Aveyron, se réfugia à Montségur, devint solitaire johannite^ et s'enferma dans une grotte. Cependant Jordan n'était pas mort. Guéri de ses blessures, il voulut revoir Penne, et l'objet adoré de ses chants. Il ne retrouva plus Aladaïs ni ses frères, les vicomtes de iSaint-Antonin. Les poétiques manoirs étaient occupés par les croisés. Montfort avait donné le Quercy au traître n, S3
Baudouin de Toulouse pour sa participation impie au carnage de Muret. Proscrit, il remonta le fleuve, et se jeta à gauche dans les bois et les rochers de Capde-Nac, Tantiqae Usellodanam. Il j vivait dans one grotte, plearant sa patrie et ses amours» lorsqu'on jour il reçot un message de Bernard de Gonrdon et de sa femme dona Holi< de Turenne. Bernard était frère du meurtrier de Richard Cœur-de-Lion. Hélis était sœur du vicomte de Turenne et de l'amante de Bertran de Born : une de las très de To" rena. Ils combattaient encore sur la Dordogne et reçurent magnifiquement le noble proscrit dans lears chftteanx de Casenac et de Doms. Mais après la chute de Tonloase ils dorent se retirer dans les Pyrénées, et Jordan trouva réunies à Montségur ses deux héroïnes, la Ciorinde de la Dordogne et THerminie de l'Avejron.
L'épopée de Ooilhem de Tudella oâire une lacane de deux ans, inaperçue jusqu'ici. Il est probable que le Taillant troubadour, qui chevauchait et chantait Cdté des comtes de Foiz, fut grièvement blessé dans la mêlée sanglante do Muret. Son chant s'inter* rompt à la mort du roi d'Aragon et ne recommence qu'à l'ouverture du concile de Latran (12i3-1215). Ce long silence ne peut avoir d'autre raison qu'une blessure qui Téloigna des champs de bataille, et qu'il alla soigner au château de Fois, puis, après la reddition volontaire de l'inexpugnable donjon, au champ d'asile du Thabor.
Guiihabert de Castres, depuis sa sortie de Fanjaus, vivait à Sainl-Paoul de Jarrats, au pied du Thabor. L'archidiacre y était l'hôte des Lantar.
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Mais Foizet Layelanet pris par les croisés^ il suivit ses barons à MoDtsôgar» inangurant son pontificat par la fondation d'on nouvel asile pjrénôen. Les fagitife, les blessés^ encombraient le Thabor.
Guilhabert en fit une colonne et se mit-à lear tôte. Il remonta l'Ers jusqu'aux goulfres fatidiques, redescendit pnr le ruisseau de Pissa-Vacca vers Lordat et la vallée de TAriège, et par les cascades d'Orlus gagna les conques d'Andorre et de Palhars. Castelbon, à cheval sur cette crôte, domine les cours de la Balira et de la Noquera. C^était le berceau de l'infante Ermessinde, le domaine d'un rameau de Commènges. Ermessinde et Roger-Bernard firent de leur vicomté une succursale de Montségur. Guilhabert donna pour base à sa colonie la conversion d 'Ermessinde et de son père Arnauld de Castelbon. Désormais ils appartenaient au Paraclet, Guilhabert se partagea entre les deux asiles pyrénéens.
Parmi les exilés de Castelbon se trouvaient deux amis, Ramon' Batalha et Arnauld Roquier, l'Oreste et le Pylade albigeois. Batalha était un Bellissen de Mirepois; Roquier, de Belpech, le grand chirurgien dçs guerres romanes. Batalha se mourait de ses blessures; touto la science et toute la tendresse de Roquier ne purent sauver son ami. Le vieux guerrier mourant légua son cheval de bataille au Paraclet et eu laissa la jouissance et la tutelle à TEsculape du Consolateur. Le coursier ne servit plus à la mort, mais au salut. Roquier revint de l'exil sur le noble animal. Le généreux palefroi eut un bonheur que n eut pas son premier maître infortuné; il revit
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ses prairi«8 natales de PEra et monnit peot-ttre
potir la défense nationale. Ils deyraient n'avoir qu'un môme tombeau. Mais toute Tépaisseur des Pyrénées sépare les sépulcres iaconnas da cheval et dach6?alier.