CHAPITRE V
LêB eomtofl dR Totilouse et d« Foii prennent congé du Saint- Père. — lU quittent Rome et passent h Viterbe lêi fêtes de Noél. — Ils vont attendie à Oftnes le jeune Ramon. — L'infant reste encore quarante jours à Rome. Il reçoit la bénédiction du pontife et ▼« ri(|<iladris loii pèN â 04o«t — Les ooBitM ■^•mbarqQont poar Marseille.
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GBAPlTRe VI.
Retour de Rome fies envojée de MoAtfort. 11 apprend que le coadle lai a adjugé ea oonquéte, hormia la ProTenee. *— 11 réeout d*aller prêter l'hominage-lige à Philippe- A u^mste. Mais auparavant il veut enlever à rkrchevôque de NarLonne le dnrht; de Gothie. — Il eniv- dan"* Narbonne. — Il est excommunié trois foi». — Il pi'i ie l'alVairo devant le pape. — Il part pour la Fr^tnce, est reçu en triouipiie et prête seraient À Philippe-Auguste. — Mort d^Innocent III
PendaDt que les princes pyrénéens s'embarqaent
à Gènes, les mandataires de Montfort, Gui, Foulques, Dominique, arrivent à Toulouse. Ils apprennent à Simon les décrets du concile. Sa conquête lui est «aeorée. Encore a-Uil fallu l'arracher au pontife. II réeerre la FroTence au jeone comte Ramon , et laisse la conquête des croisés à la décision des bn*taiUes. Ainsi, après le concile tout reste en suspens. Deyant cette incertitude du pontife, Montfort cherche
1. Voir pour ce livre : Dont Vaistette, pour la chrottolosiê. — Hour le récit, l'Anonjme. — Ciuilhem de Tudelle. — Pierre de Yaux-Cernay. — Guillaume le Breton. OuiUaame de Puiiaureue. — Uurter, hist. dlnnoceat lll.
à s'appuyer sur Philippe-Auguste : il est capétien, allié des capétiens de Bourgogne, vanal et agent secret des capétiens de Paris. Philippe a été effrayé et irrité de la superbe du conquérant. Celui-ci dissipera ses dmbra^ en tombant anx pieds du monarque. Il s'étayera du Louvre contre le Vatican.
Mais avant de se rendre outre Loire, il veut vider sa querelle avec l'archevêque de Narbonne. Le concile n*a rien décidé sur le duché de Gothie. Amalric, prétendant revenir de Rome duc de Narbonne, exigeait rbommage du vicomte Améric, ordonnait aux habitants de relever les murailles et de construire deux forteresses. Montfort interjeta appel au pape (30 janvier 1216) et ajourna l'archevêque à Rome pour la Pentecôte. Le primat répondit : « Si le comte usurpe le duché de Narbonne, je Texcommunie^ lui et ses fauteurs. » Lesévéques s'interposèrent entre les deux grands cbefe de la croisade. Us supplièrent Montfort de ne pas entrer dans Narbonne. Amalric et Simon acceptèrent l'arbitrage des évêques; mais Tarchevêque leur défendit d'entrer dans Narbonne. Montfort ne tint aucun compte de la défense du primat ; il se présenta à la porte du bourg et il y trouva le terrible Amauld. L'archevêque voulut fermer les portes; mais les Français le repoussèrent Tépée à la main; Montfort entra dans Narbonne, et fit arborer sa bannière sur le palais vicomtal. Amalric doubla, tripla, quadrupla ses foudres; il excommunia le chef de la croisade en présence du chapitre, des consuls et du vicomte. 11 interdit toutes les églises de Narbonne, et BOtamm^t l'oratoire vicomtal ; il fit taire tontes les clocbes, ces voix de bronsee de la cité. Simon,
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l'archange de l'excommunication, se vit uu instant le roi des excommuniés. Mais il ne s'en troubla pas : il fit dire la messe dans sa chapelle et chanter joyeusement dans l'air la crécerelle dn campanile féodal. L'officiant fut un clerc français, et peut-être Pierre de Vaux-Gernay, l'historien de la Croix et le séide de Montfort. Simon était un ferme esprit : il prenait et laissait des vokntés des évèques et faisait la sourde oreille aux admonestations des papes. 11 n'avait nullement l'intention d'exécuter les décrets d'Innocent III : il yoolait toute l' Aquitaine, des Alpes à l'Océan. Sentant vaciller sous lui le Vatican, il résolut de s'arc-bouter du Louvre. II était sûr de trouver en France un refuge et un triomphe. L'arcbevéque vint l'excommunier jusque dans son donjon. Le comte le menaça de la voix et du fer; ses valets lancèrent des pierres contre le palais archiépiscopal ; ils lapidèrent dans son manoir sacré l'exterminateur deBéziers. L'Amùtança populaire dut rire amèrement de ces querelles scandaleuses entre les deux princes de la spoliation. L'insurrection romane allait les mettre d'accord. C'était le commencement de la justice de Dieu. Montfort, content d'avoir mis sa main de fer sur le duché de Gothie, et laissant sa querelle avec l'archevêque se traîner devant la cour romaine, hâta son départ pour la France.
Il se rendit à Carcassoone, puis à Toulouse. Rentré au Gastel-Narbonnais, il convoqua dans son manoir comtal (7 mars 1216) les consuls, le conseil commun et le peuple de Touloase. Il voulut s'unir avec les vaincus par un dernier serment solennel
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et reçut leur liomniiijze ; ils le reconnurent leur seigneur, ainsi que sou ûls Amauri, et les actes officiels forent signés : Simon^ comte de Toulouse, Le leo* demain (8 mars) le comte, entouré de tous les évéqoesda Midi, fit à aon tour aux consuls, au conseil, au peuple, le serment suivant : « Moî, Simon de Moiitfort, par la grâce de Dieu, comte de Toulouse et de Leycester, vicomte de Béziers et de Carcassonne, je jure et promets de bonue foi que je serai bon et fidèle seigneur, à l'honneur de Dieu et de la sainte Église, envers tous les hommes de Toulouse. Si je manque, je me corrigerai, par le conseil des prudbommes, pour ne pas dire parjure, ce qu'à Dieu ne plaise ! • Amauri prêta le même serment. On voit que, docile aux décrets du concile, Simon ne prit pas le titre de marquis de Provence. Mais il ne lâcha pas néanmoins le Rhône et les Alpes. Il acheva d'é?entrer la cité, d'aplanir les fossés, d'abattre les tours des manoirs, d'enlever les chaînes des rues et de fortifier le ch&teau Narbonnais; il y perça une poterne du côté du L«îvant pour entrer et sortir à Tiusu de la cité, dont il le sépara par un large fusse palissade et rempli d'eau de la Garonne.
Après avoir muleté et mutilé la ville et le peuple, il partit pour son voyage triomphal* U laissa sa femme, sa famille et sa conquête, sous la garde de son frère Oui. U emmena avec lui ses compagnons de guerre, et entre autres son cousin et fidèle Acliate, Bouchard de Marli. Tant qu'il lut sur la terre roman<', sa marclie fut silencieuse ou u*eut que les acclamations des prêtres* Mais au delà de la Loire commencèrent les ovations *
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les villes, les bourgs, les hatneaax se rendaient à sa rencontre, ôvôques et prêtres en tête, avec des bannières, des hymnes et des fleur», cet encens de la terre; et le carillon des cloches, cette salotation du ciel. On jonchait son chemin de rameaux Terts sons les pieds de son chevaL Les images des saints d'argent et d'or faisaient cortège h Thomme de fer, à l'Attila icoriolâtre. On chantait : € Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur *, appliquant à rhomme de guerre l'acclamation triomphale de rHomme-Dieu. On baisait ses vêtements, les housses de son harnais, les baves de son palefroi. Ëtait-ce le Maure ou le Lion? L'un et l'autre de ces coursiers célèbres partageaient le triomphe du héros catholique et féodaU
C'est ainsi que Montfort traversa Bourges, métropole de la conquête; Orléans, où fumait depuis cent ans le premier bûcher capétien; Chartres, où il confirma une donation faite à la cathédrale par sa mère Amicia, cette Anglo-Normande dont les fortes entrailles avaient conçu de deux hommes trois héroa de fer. On achevait alors la célèbre basilique, dont Tarchitecte sculpta sur le contrefort du sud cetle épigramme de granit, peut-être à l'occasion de ces fêtes : un âne jouant du théorhe! 11 revit son humble manoir, d*où il sortait naguère simple baron, et où il rentrait, après sept ans d'absence, roi d'un territoire plus vaste que la France, et avec une renommée sinistrement immortelle. Enfin il rentrait dans PariSf dans le Louvre, et le superbe, fléchissant le genou, prosternait ses crimes et ses exploits aux pieds de son chier sire P/ùlippCf, iiiusire roi des François»
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Le Tienx lion de France, naguère ombrageux et menaçant, se dérida devant l'hommage du rampant et famélique 'chacal de Montfort. Philippe, sans pitié pour son cousin Ramon VI, accorda à l'usurpateur l'investiture de Toulouse. Non content d'un diplôme royal, Simon, défiant, s'en fit délivrer deux. Voici le plus bref : « An nom de la aainte et indivisible Trinité, Philippe, par la grftce de Dieu, roi des Français : Sachent tous, présents et à venir, que nous avons reçu notre cher vassal, Simon de Montfort, pour notre bomme-lige, pour les tiefs et terres qui ont été conquis sur les hérétiques et ennemis de Jésns-Cbrist dans le duché de Narbonne, le comté de Toulouse et les vicomtés de Béziers et de Carcassonne; dans les fîefsque Ramon, autrefois comte de Toulouse, tenait de nous, et pour les terres qui sont de notre fief. Sauf le droit d'autrui et celui de nos vassaux. Donné au Pont-de-l' Arche, Tannée 1216 et la trente-septième de notre régne. »
Montfort accompagna le monanpie autour de Paris, prolongeant son triomphe parmi les donneur;, la plus grande bienveillance et la plus aima' hle familiarité de Philippe. Le vieux renard capétien redoublait d'autant plus d'amabilité qu'il voyait bien que le tigre qui venait d'engloulir le. bélier solaire de Toulouse n'en pouvait digérer les oornes, et qu'il revomirait cette constellation du printemps. Simon cependant, aux verrières de la chapelle de Monlfort-l'Amaury, faisait peindre ses conquêtes, des sièges, des batailles, les bannières de la Croix ; ses nouveaux titres, mêlés aux anciens, de vicome de Béziers^ de comte de Toulouse, de duc de Gothie ; son
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clioval de guerre, ferré par saint Éloi, le célèbre forgerou, qui déhanchait le coursier boiteux de la croisade et rajasUit son fémur disloqué, par un miracle chevaleresque ; symbole de sinistre augure, et sainte malice du maréchal limousin . Montfort décorait ainsi de ses trophées les sanctuaires du Nord : les Hautes- Bruyères, qui devaient recevoir bientôt son cercueil; Port-Royal, sépulture des Marli, et Saint-Denis, nécropole des rois de France. Il se rapprochait des morts. Craignant d'en manquer, il se faisait construire deux sépulcres décorés de victoires, et déguisait sous ces chimères triomphales les lugubres •réalités de son trépas et de son néant. Pendant qu'il prolongeait et multipliait les échos de ses fanfares, .un messager arriva, sur son coursier haletant, annonçant, de la part du prince de Sidon^ que les bords du Rhône étaient en feu.
C'était la fin de la Croisade. Innocent III avait déchaîné l'invasion ; il vît le commencement de l'insurrection nationale. Toute la croisade est comprise entre le massacre de Béziers el le concile de Latran. Innocent en est le Démiurge; Montfort, le Titan. La réaction populaire tuera Innocent et Montfort. Innocent vit la première défaite de Simon. Dans cet échec, il prévit la ruine finale et le triomphe suprême de la patrie romane. Le regret, plus que le remords, éloulFa ce vice-Dieu. 11 mourut avant l'âge, à Pérouse (août 1210), six mois après le concile de Latran. Ce concile est sa souveraine apothéose : c'est là que ce maître du monde trôna entouré du Nord et du Midi, de l'Orient et de TOccident. Il avait égorgé les Albigeois, abattu l'empire