‹ Histoire des albigeoisChapitre 422 sur 442 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Montfort revient vaincu à Toulouse. — La victoire de Beaucaire fait bouillanner la métropole romane. Elle envoie des parlementaires. — lia sont retenus prisonniers. » Soulèvement, barrieades, bataille dans les mars de Tonlonae.

Monlfort revint vers Touloase, vaincu » réfractaire aux décrets du pape, et pourtant l'indispensable champion dn Vatican. Il bondit des bonches dn Rh4>ne aux sources de la Garonne. La victoire de

Beaucaire convulsionnait tout le Midi et Toulouse s'agitait orageusement, centre du danger insurrectionnel et de la défensf^ militaire. De là Simon se portera sur los porls de Catalogne et d'Aragon, car il sait que le lion ibère rôde en rugissant derrière les Pyrénées.

Deux camps se dressent encore indépendants sur leurs sommets neigeux: en deçà, Monlségur; en delà, Caslelbon. Du premier le comte deFoix est le chef; du second, Ramon VI. Déjà Ramon a passé le port de Salao; il va surprendre Toulouse et placer Montfort entre deux feux, Toulouse et Beaucaire. Mais l'habile Simon a cédé Beaucaire et marche- précipitamment

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sur Toulouse, Ramon, devancé et trop faible, recule, repasse la grande Montagne, et pendant un an edcore attendra une occasion dans la conque de Palhars.

Montfort cependant s'avance à grands pas et menaçant vers Toulouse. La ville est en pleine insurrection. Les consuls assemblent le conseil. Que fautil faire? Combattre ou se soumettre? Les murailles sont entr'ouverteSy les tours particulières abattues, les chaînes des mes coupées» le peuple désarmé, le comte disparu. Résister parait impossible aux prudents, mais possible aux hardis. Montfort s*est arrêté à Monlgiscard, à quatre lieues de Toulouse. Il attend ses troupes, et fait tâter la ville par quelques cavaliers ; la ville retient comme otage celte cavalerie. Montfort s'élance furieux et en bataille. Les consuls sortent pour le fléchir et prévenir le combat :

« —> Seigneur comte, lui disent*ils doucement, vous plaît-il de nous écouter? Voici de quoi nous émerveiller : comment se fait-il que vous veniez armé de glaives et de fer mortel? Vous nous avez octroyé et promis que, de votre part, il ne nous arri- .verait jamais de mal. Vous devriez entrer sur vos palefrois, sans armes, sans armures, en jupons d*orfiroi, avec des chants et des guirlandes, comme il convient à un seigneur. Maintenant vous nous effrayez et montrez un cœur de lion courroucé. — Barons, répond le comte, qu'il vous plaise ou déplaise, armé ou désarmé, j'entrerai dans la ville et saurai ce qui s y fait. Pour cette fois c'est vous qui m'avez attaqué à tort ; vous m'avez enlevé Beaueaire, le Venaîssin, la Provence et le Valentinois. Vous

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m HiiTOiKS DU Atmaioit

vous ôtes liés par serment contre moi avec le comte RamoDi poar qa'il reconyre Toulouse. Mais, [)ar k mie mix! je n'Otorai point mon haoboi et mon heaume de Paris que je n'aie choisi des otagee paratl la Heur de la TUle* ~ Seigneur» a jei merci de nofis, de la ville et da peuple; nous ne tous aïons rien fait ni rien pris ; le Christ en est témoin. — Barons^ c'est trop pour moi de votre offense et de votre défense; ni avant ni depuis la conquête vous ne m'aTss aim6« Seigneur oomte, dit Alard de Roucjy vous anriea besoin d'un frein pour retenir Totre ouummz. Vdue déehoires en abaissant Toulouse^ ^ 8ei<^ gneur, j*ai tout dépensé, rentes et cens ; mes gaerriera sont dans la misère. Que ces députés soient incarcérés au Castel-rsarbonnais; avec leurs biens nous reprendrons la Provence, mais auparavant ruinons Toulouse. Seigneur frère^ dit le prinee de SidoDi ne prsnsa que le quart ou le oinquièiae^ oar si atee ?otre <MBdr IMon tous déimissi la yiUe, vous serez honni par toute la chrétienté et vous offeù' serez Jésus-Christ. — Seigneur comte, ajoute maître Kobert^ légiste savant^ le pape a fait choii de vous; agisses avec droiture, pour ne pcnnt jeter la tribulatios dans rfi^Use^ Toukoee ne tous a put trahi; ne la eondanmes point sans jugenent} aliène doitt en toute justiee^ souHKr ni perte ni tourmenli « Devisant ainsi, ils arrivent aux portes de la ville, et les députés sont jetés dans les cachots du Gastel- Narbonnais.

Mais Toici Téoir l'évéque Foulquee : il éperanne son ehefal dans les rdeei il donne sa bteédicliODi

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Il crie : « Sortez au-devant du comte, qui est si bon. Et puisque c'est Dieu, l'église et moi qui vous l'avons âouaé, FeoeT6f*le an grande proosssion; tous en aoret récompense dans'ce monde et dans raatre«<

« Seigneurs, s'écrie l'abbô de Satnt-Semin, c'est chose

vraie ce que dit mon seigneur l'évêque; allez au-devant du comte recevoir son lion. » Là-dessus les citoyens se rendent dans la campagne. Mais voilA que dans toute la ville se répand un murmure : « Retoamez- ▼ous-eny le comte veut des otages; il vous traitera comme racaille* » Et en effet les hommes du comte brisent les coffres, enlèvent les trésors. « Rachetez* vous ou vous serez mis à mort ! » Les citoyens murmurent entre leurs dents : « 0 mon Dieul comme vous nous avez livrés à Pharaon ! »

Les femmes et les enfants pleurent. Tout à coup y par toute la ville , retentit un seul cri : « Barons, prenons les armes ! Voici le moment de nous défendre contre le fer et le lion; mieux vaut une mort glorieuse ! » Tous alors se rassemblent de toutes partSj courant ou éperonnant, chevaliers et bourgeois» serviteurs et valets.... un écu ou un armet, un pourpoint ou un gonioui hache émoulue^ faucille ou javelot, arc on arbalète ou bonne 6pée de Planson, coûtai, gorgère, camail ou cotte de mailles. Ei, lorsqu'ils sont tous réunis, pères et fils, dames etdemoi-* selles, concurremment, commencent à élever, chacun devant sa maison, des barrières. Les bancs, les coffres, les cuves, les pieux, les tonneaux rou-^ lants, les poutres, les chevrons, montent de terre sur des tables jusqu'aux balcons. On fait par toute la TiUe de tels apprêts de défense que les cris et le va-

us mSTOIBB OBS ALBIGEOIS

carme, mêlés au son des trompes, font bruire et retentir les raesetleciel. € — Montfort! » s*écrieDt les Bourguignons et les Français. < — Tooloose, Beaucaire, Avignon! « répondent ceux de la ville.

Et, là où ils se rencontrent, avec transport ils s'entre-

frappent, furieux et acharnés. Les lances, lesépées, les piques ou les tronçons, les iièches

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