CHAPITRE VU
La cardinal Bertran. — Montfort porte la gaarre Tara la Rhône at laa Alpes. — Il rejoint le cardioal et guerroie contre le jauna comte Ramon. — Il est repoussé de Saint^élia. — > U raprand Orange, Montélimart, Die et Grès t.
Le pape Honorius II uomma an nouveau l^at a laterey maître Bertran, cardinal-prêtre da titre de
Saint-Jean et de Saint-Paul. Sa mission embrassait les provinces ecclésiastiques d'Embrun, Vienne, Arles, Narbonne et Auch, et les diocèses d'Albi, de Mende et du Puy en Vêlai. C'est le théâtre de Thérésie et de la guerre, lie pontife écrivit aussi à l'évéque de Toulouse, Foulques, qui Tavait supplié de le décharger de son épiscopat et de son diocèse, trop étendu et trop orageux. Soit mélancolie de moine vieillissant, soit lassitude de meurtre, soit nausée du sang répandu, soit apparition vengeresse d'un million de spectres remontant du tombeau, soit pressentiment de Tinsurrection imminente des vivants répondant à cette immense lamentation des morts, ce grand criminel demandait à s^ensevelir dans ses monastères de Grandselve ou de Fioréja. Le pontife
romain refusa : il attacha le boucher à son abattoir, le bourreau à son pilori; il dut aller jusqu'au bout de sa besogne tragique. Mais Honorins lui donnait
des auxiliaires : il ordonnait aux uKiîtres et aux écoliers renommés de Paris d'aller prêcher les doctriues orthodo.xe.s à Toulouse : germe et semence qui lèveront quinze ans plus tard, quand Grégoire IX fondera dans Toulouse ces deux institutions jumelles, l'inquisition et rUniyersité.
Foulques et Montfort se rendirent à la rencontre du proconsul pontifical, recomniandé à tous lesévôques, archevêques et chefs d'abbaye coname un homme d*un vaste savoir et à' Xïïïe immense vertu. Il arriva vers la fin de février en Provence. Bertran portait la guerre da Vatican et Simon portait la bataille de Toulouse. Leur abord et leur accord se firent sur le Rbdne. Montfort bondissait partout oft se montrait le fantôme de Ramon VI : Ramon était apparu sur la Garonne, et Montfort avait fermé les ports des Pyrénées; il reparaissait quelques mois après en Provence, et Simon accourait pour Tex* puiser du Rhône et des Alpes. Le grand prosent semblait doué du don d'ubiquité. Cette fois, c'était une ruse de guerre : il n'apparaissait en ProTence que pour attirer Montfort et découvrir Toulouse. Il augmenta bruyamment les libertés d'Avignon, de Beaucaire et de Marseille, puis se rembarqua furtivement pour Barcelone et rejoignit le camp exilé de Gastelbon, prêt à passer les Pyrénées.
Avignon était la capitale provençale du jeune Ramon. Il s'intitulait : « Ramon, par la grftce de Dieu comte de Toulouse, marquis de Provence, duc
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HISTÛiaS DKS ALBIGEOIS «53
de Narbonne. » Son petit empire, tracé par le Vatican, s'étendait à Test jusqu'aux Alpes, à l'ouest jusqu'aux Cévennes et jusqu*à l'Hérault. La ville de Saint-Gélis, berceau de sa dynastie, appela le glorieux infant. Dès qu'il fut dans ses mars, Tabbé en sortit processionneliement avec ses moines, nnpieds, emportant le SaintrSacrement, chantant dee hymnes et lançant Teiccommunîcation sur le peuple et rintei'dil sur la cité. Montfort, incarnation de cetanathème, accourut pour châtier la noble Uhodanuse. Gérard, archevêque de B )urges, et Robert, évôque . de Clermoiit, se joignirent à lui avec leurs pèlerins. Saint-Gôlis leur ferma ses porfes, les repoussa et se mit sous la protection da cardinal Bertran. Montfort recala, abattit sa colère sur Vauvert, surBemis, dont il fit pendre les habitants, et remonta jusqu'au Pont- Saint-Esprit 'pour conférer avec le légat. Bertran, bloqué dans Orange, ne put passer le lleuve qu'à Viviers, harcelé par les citoyens de Tarascon, Beaucaire, Saint-Gélis, Avignon, Marseille, qui traitaient en ennemi ce proconsul hostile au comte de Tonlouse, et réfractaire anx décrets du Vatican. Après sa conférence avec le cardinal, Montforl prit et ruina le donjon de Dragon<>t, gouverneur provençal du jeune comte, donjon qui dominait le Rhône, et dont U lit mettre les défenseurs aux fers comme oppresseurs du fleuve et spoliateurs de ses rivages, mais en réalité comme déprédateurs des nefs et des pèlerins de la croisade.
Montfort se rendit avec diligence et alh^gresse à Saint-Saturnin. Il tomba aux pieds du légat et lui rendit à' inexprimables honneurs ; pour le séduire
le lion 8e faisait dragon : il n'était, disait-il, que le soldat du Saint-Siège. Il lui demanda la permission
de passer lo Rhône pour combattre les ennemis de Jésus- Christ. Bertraii la lui accorda. C'était contraire au concile, contraire surtout à la volonté d'Innocent III. Pendant qu'ils délibéraient sur la prairie du Rhône, les matelots da port lancèrent contre eox nne nnée de flèches dont Tnne blessa le secrétaire du pape, assis auprès du légat.
Montfort et Bertran passèrent hardiment le Rhône en face des ennemis, campés sur l'autre bord. Rambn VU voulut les combattre dans le lit du fleaye; mais Dragonet, son gonvemear, (qui était un traître) retint son jeune héroKme, et le perfide entraîna la fidélité des barons. Montfort passa superbement entre les nefs des Avignonnais et les escadrons provençaux, etfarés de tant d'audace. Dès qu'il eut touché le bord, barques et chevaux se dispersèrent ; la terreur et l'horreur volaient devant la Croix ; les gibets de Bernis faisaient son ayantgarde; il ne tronya que des chftteanz déserte. Il marcha snr Montélimar ; c'était la ville des Adhémard. Guitard d'Adhémar était avec Ramon VII. 11 n'avait pas voulu rendre sa ville au cardinal ; mais un cousin de Guitard, partisan des croisés, l'ouvrit à Simon. Le traître eut la ville, foyer de chevalerie, de poésie et de patriotisme cathare.
Montfort reçut cent chevaliers du nord, envoi de Philippe-Auguste, et qui devaient le servir pendant six mois. Les évêques des Alpes vinrent avec leurs contingents se grouper autour du légat et du soldat de Dieu. Il s'élança sur les terres d'Adhémar,
comte de Valentinois : Adhémar était û\s de la cé' lèbre comtesse de Die, la Sapho tendre et pudique de la Drôme; son frère Geoffroi était gouverneur de Ramon VII. Ils étaient très dévoués à la maison de
Toulouse. Simon vint assiéger Grest, très fort et très noble château, située comme son nom l'indique, sur la crête d'un rocher. 11 était défendu par Arnaud de Die, cousin d 'Adhémar, qui repoussa les calabres et les escalades des croisés. Les évéques s^interposèrent entre les deux comtes : on négocia un mariage entre une fiUe de Montfort et le fils d'Adhémar ; on réconcilia aussi Adhémar avec Tévôque de Valence, llumbert de Mirabel, et le comte livra en garantie, à Humbert et à Simon, plusieurs châteaux de la Drôme. Alors, seul, Arnaud de Die rendit Crest. L'évôque de Valence fit une grande infamie, il livra Die, le noble château des Isoard. (C'est alors aussi que Dragonet se réconcilia avec Montfort et trahit le jeune comte, de quoi il sera pendu sur le
champ de victoire de Bazuges ) Mais Adhémar,
conddent des deux Hamon, savait bien qu'il amusait Simon de Montfort et que ce vainqueur allait être précipitamment rappelé vers Toulouse. Un grand événement inattendu éclata vers les Pyrénées.