‹ Histoire des albigeoisChapitre 82 sur 442 · Tronb. Âm. de Marveil · texte numérisé non relu

Tronb. Âm. de Marveil

HISTOIRB DBS ALBIGSOIS 101

au tourment de contempler le triomphe de son rival. Il se retira à la cour de GoilheinVIU, comte de Montpellier, prince magnifique, ami des poètes/ trcobadour lui-même, et qui s'était fait grayer sur son sœl, la harpe à la main. lA, le troubadour gémissant repalt encore son amoar de souvenirs et de vagues espérances. « On a pu, dit-il, m'éloigner'de sa présence ; mais rien ne pourra rompre le nœud qui lui attache mon cœur. Ce cœur si tendre et si constant, Dieu seul le partage avec elle, et la part que Dieu en possède, il la tiendrait comme mouvante de son domaine, si Dieu pouvait ôtre vassal, et relever de fief. Lieux fortunés qu'elle habite, quand me sera-t-il permis de vous revoir? N apercevrai-je personne qui arrive de ce côté-là ? Un • pâtre qui viendrait de son château serait pour moi un baron ! Que ne puis-je être confiné dans un désert et Yj rencontrer. Ce désert me tiendrait lien de Paradis. » Cet insolent triomphe du roi, inspira peut-être au • troubadour cette âpre invective contre les princes. « Établis uniquement pour tenir le monde en paix, pour donner l'exemple delà clémence, delà justice, de la générosité, leur corruption est telle aujourd'hui que tous ceux qui en dépendent sont condamnés k l'oppression et & la servitude! »0n sent palpiter dans ses paroles un accent^amer de vassal et d'amant opprimé. Amauld était digne de l'affection. d'Aladals. 11 ne célébra jamais que la dame de Carcassonne ; ce nom remplit uniquement sa harpe et son cœur. 11 s'éteignit dans cet amour, et cette pureté de senti* ment Télève au-dessus de Bernard son modèle, trop oublieux peut-être de la vicomtesse de Ventadour.

lOi • lllSToniK DES ALBlUKdlS

Un critiqae l'appelle le Pétrarque de la Dordogne. Ce tendre et gracienz tronbadour est peint dans sa vignette : téle nne, un bandea'n sur le front retenant sa cherelure et vétn d*Dne vaste et flottante tunique

d'azur*.

La vie de Rambaud deVaquières, inspire un inléi ôt moins pur, mais plus dramatique et non moins attachant. 11 était tils d'un pauvre chevalier^ nommé Peyrol, seigneur du château de Vaquières en Provence, de la cour de Rambaud, comte d'Orange. Le jeune et valeureux Rambaud» se rendit à la cour de Boniface» marquis de Montferrat, en Piémont. Il s'énamoura de la sœur du marquis, doua Béatrix qui charma le trôubadonr par ses grâces chevaleresques. 11 aperçut un jour la princesse qui seule da;is sa tour avait revêlu l'armuio de son frère et jouait délicatement avec cette forte épée qui devait dépecer Tem- •pire d'Orient. Dès lors, il la célébra sous le nom voilé deBelChevalie7\ Mais, dit le vieux chroniqueur., dont nous allons en l'abrégeant suivre le naïf récit; il mourait de désir et de crainte, car il n'osait.lui par 1er d'amour. Enfin, il lui dit un jour : « J'aime une dame d'un hàut mérite, mais je n'ose lui déclarer mon amour. 0 dame, donnez-moi conseil, je vous en supplie : dois-je lui ouvrir mon cœur, ou bien mourir en gardant le silence*? »

« Dona Béatrix comprit que Rambaud mourait de langueur pour elle; elle fut touchée de pitié et d'à-

Page 1