‹ Histoire des albigeoisChapitre 87 sur 442 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les Vûfixijn d'amour. — La vicomtesse de Die. — Geoffroi Kadel. — Qailbem de Capistan.

Mais c'est ft one femme qae revient la palme de la poésie élégiaque, à la yicomtesse de Die et de

\\ilentinois. Elle était fille et héritière de la maison d'Isoard, et femme de Guilhem, un infant de la dynastie maintenant royale de.Poitiers. Ces l^oitiers da midi descendaient, selon la conjecture de Don Vaissette. d'un bâtard de Guillaume IX, né à Toulouse pendant l'invasion poitèvine^ et recueilli par les comtes de cette cité. Isoarda serait alors consine au second degré de la reine Ëléonore. Elle fut mère d'Adhémar yicomte de Valentinois, de Geoffroi gouverneur de Ramon VII, et de BôatriZj une flenr mystique de la Brôme. Elle brilla aux cours de Montels, d'Avignon, de Marseille, et fut aimée de Kambaud vicomte d'Orange. Uanibaud, modèle des élégances, avait écrit la Maestria crAmor. Or, c'est sur l'abandon de ce prince troubadour que son crour blessé fait entendre ce gémissement de colombe. « Le si^jet de mes chants sera pénible et doulou-

HISTOIBB DBS ALBIOBOlS

reux. Hélas! j'ai à me plaindre de celui dont je suis la tendre amie. Je Taime plus que chose qui soit au monde* Mais auprès de lui rien ne me sert, ni merei, ni eonrtoîsie, ni ma beauté, ni mon mérito, ni mon esprit. Je suis trompée, je sois trahie, comme si j'ayais commis qnelqoe faute envers lui. Ce qui, do moins, me console, c'est que je ne ▼ons manquai jamais en rien, 6 mon cher ami, dans aucune circonstance. Je vcas ai toujonrs aimé, je vous aime encore plus que Séguin n'aima Valence ; oui, je me complais à penser que je vous surpasse eu tendresse, ô cher ami, comme vous me surpassoz en brillantes qualités. Mais quoi ! vos discours et vos manières sont sévères envers moi, tandis que tontes les antres personnes trouvent en moi tant de bonté et de politesse. Ohl combien je suis étonnée, cher amiy que tous affectiez envers moi tant de sévérité! Ponrrais-je n*en être pas affigéelNon, il n'est pas juste qn'nne antre dame m'enlève votre cœar, quelles que soient pour vous sés bontés et ses manières. Ah! souvenez-vous du commencement de notre amour: Dieu me frarde que la cause d'une rupture ne vienne de moi. Le grand mérite que vous aviez, la haute puissance qui vous entoure, me rassurent. Je sais bien qu'aucune dame de ces contrées 00 des contrées lointaines, si elle veut aimer, fiftit en vous aimant le choix le plus honorable. Mais, 6 cher ami, vous tous connaisseB en amour, vous savez quelle est la femme la plus sincère et la plus tendre ; souvenes-vous de nos accords. Je devrais compter sur mon mérite et sur mon rang, sur ma beauté, encore plus sur mon attachement. Aussi je

voasadresse» cher ami, aux lieux où voas êtes, cette chanson messagère et interprète d'aujour. Gai» mon beaOy mon aimable ami, je veux connaître pourquoi ▼008 me traitez d'une manière si dure, si barbare. Est-ce l'effet de la haine? Est-ce Teffet de l'orgueil t — Je recommandé à mon message de tous faire sonTenir combien Torgueil et la dureté deTîennent quelque fois nuisibles * ». Que de tendresse, que de sensibilité, de résignation, de pudeur, de grâce ineffable dans celte admirable éié^ne. Sapho n'est qu'une bacchante auprès de l'amante du chevalier. Comme la muse de Lesbos, la comtesse eut une ûlle qui reproduisit non sur la harpe^ mais dans le sacrifce, le cœur maternel. Mais cette GlalSy que sa mère idolâtre compare aux fteun dorées, le cède' évidemment encore & ce Ijs virginal des Alpes* B6atriz était l'objet de Tamour silencieux du chevalier Guilhem d' Adhémar. A son lit de mort, le chevalier fit appeler la jeune comtesse et lui fit Taveu de la passion qui le mettait au tombeau. Béatrix accueille cet aveu et regarde ce sentiment comme un lien nuptial qui l'attache indissolublement à ^un amant, même dans la mort. Veuve volontaire, elle quitte le monde et se retire dans un convent à Taraseon^

Cette passion mystique se retrouve dans tout son charme mélancolique, mais plus aventureuse et plus éclatante» dans l'histoire de Rudel et de Méliasende

Page 1